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Les errements d'un quadra' célib'
Perso | Voyages | 17.08.2016 - 12 h 32 | 0 COMMENTAIRES
Mes vacances aux îles Féroé
Stunning coastal scenery and the Mykinesholmur lighthouse, a footbridge connects this islet with the island of Mykines over a 35 metre deep gorge.

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Comme tu es un pédé de classe A, tu ne vas pas partir en vacances à Sitges, Ibiza ou Saint Trop comme le pédé du coin de la rue. Tu préfères choisir pour tes vacances une destination hors des sentiers battus et protégée du tourisme de masse. Tu as donc opté cet été pour une destination atypique : les îles Féroé. Et au risque de spoiler la lecture de ce post, tu as a-do-ré !

Imagine un îlot paradisiaque : des plages de sable blanc ourlées d’une mer turquoise, agrémentées de cocotiers sur lesquels tu te délecteras d’un mojito ou d’un cocktail de fruits sucrés et juteux. Si tu penses ça, c’est que tu n’as rien compris !

Non… au cœur de l’Atlantique Nord, les îles Féroé, c’est 18 îles au climat hostile (la bruine et le brouillard y sont omniprésents), à la végétation rare et à la nature sauvage. Et puis pour le sexe, vaut mieux kiffer les moutons… tu aborderas cette question un peu plus loin dans l’article. (mais non, tu n’es pas devenu zoophile)

A waterfall cascading over the black sand beach of Bour into the Sorvagsfjorour, in the background is the uninhabited islet of Tindholmur with its many peaks.

voyage féroé

 

Pourquoi les îles Féroé ?

Cet été, pour la première fois depuis longtemps, tu allais pouvoir partir en longues vacances (3 semaines consécutives… ça ne t‘était pas arrivé depuis 7 ans ½) et tu avais envie de nature vierge, d’air pur et de balades le nez au vent. Et surtout… après l’année que tu as passée (alcools en tous genres, excitants, contrôle fiscal, sexe débridé, augmentation du chiffre d’affaires de ta boite de 45% ce qui ne s’est pas fait sans effort), tu avais envie d’un break de villes, de folles, de bruit et de pollution. Alors pas question de te retrouver à Barcelone sur une plage bondée empestant l’huile solaire, où des tapettes hurlantes se précipiteraient sur un chiringuito qui exhalerait des vapeurs d’alcool et de poppers.

Comment aller aux îles Féroé ?

Une seule compagnie dessert les îles Féroé : Atlantic Airways. Elle dessert Vagar (à l’ouest de l’archipel) au départ de Copenhague (2 ou 3 vols par jour ; un peu plus en été). Elle rapproche aussi les îles Féroé de Bergen, Edimbourg, Reykjavik, Billund et Aalborg  (2 ou 3 vols par semaine). De juin à août, elle vole vers Barcelone et Palma de Majorque. Il faut bien que les Féringiens voient le soleil de temps en temps.

En réservant 6 mois à l’avance, on peut trouver un vol Paris/Féroé via Copenhague pour 400 €. En t’occupant de tes vacances 3 semaines avant le départ, tu as trouvé un billet à 530 €. Acceptable.

Quand aller aux îles Féroé ?

Au risque de te répéter, tu en profites pour indiquer au lecteur (ébahi) que dans ce soin de l’Europe, il fait 10 à 15 degrés l’été et entre 0 et 5 l’hiver (il gèle rarement aux îles Féroé). Tu vois la Bretagne en novembre ? C’est les îles Féroé en juillet. En faisant ton sac, tu t’étais dit qu’une tenue « à la française » te donnerait tétons durcis et membre recroquevillé. Tu as donc acheté une doudoune et exhumé ton k-way Albertville 1992 de ton placard. Le k-way, ça va à tout le monde et ça va avec tout, c’est bien connu.

Découvrir les îles Féroé :

La meilleure solution est de louer une voiture à l’aéroport et de sillonner les routes pendant toute la durée de son séjour. Tu as confié l’organisation de ton voyage aux îles Féroé grâce à une agence de voyages spécialiste des voyages sur-mesure hors des sentiers battus. Elle t’a réservé une voiture de location, des chambres dans les rares hôtels de l’archipel (tu as dormi à Sørvágur, à Gjógv, à Runavík et à Tórshavn) et des billets de bateau pour l’île de Mykines (rien à voir avec Mykonos) où tu as pu voir des milliers de macareux royaux en liberté. (et non pas des Italiens bruyants et des tapettes musculeuses).

A chaque détour de chemin, tu as découvert des paysages à couper le souffle, des étendues de steppe, de lande et de toundra absolument vierges, des troupeaux de moutons et des colonies d’oiseaux. Un grand bol d’air pur rafraîchissant pour couper avec tes habitudes de citadin stressé.

puffins macareux féroé

Sortir le soir aux îles Féroé :

En Province, c’est bien simple : il n’y a rien de prévu. Il est bien entendu possible d’aller boire une bière dans une station-service, les seuls lieux de vie hors de Tórshavn, la capitale des îles Féroé (avec 17000 habitants, elle est considérée comme la plus petite capitale d’Europe)

A Tórshavn, il est possible d’aller faire un tour dans un bar de nuit. Tu as passé quelques minutes au Circus, dont tu ne garderas pas un souvenir impérissable. Faire une recherche du type « gay Faroe islands » sur Google search peut laisser espérer un semblant d’activité nocturne où tu pourras croiser des gens de ton espèce. Tu soupçonnes les rédacteurs de ces informations d’avoir voulu faire une bonne blague en recensant des lieux qui n’existent pas, ou où le dernier « gay » qui serait passé dans les lieux en question serait un marin hétéro mais tellement frustré qu’il serait prêt à tout pour un moment charnel. C’était en 1977 et il cherche encore…

Faire du sexe aux îles Féroé :

Voici qui doit être bien compliqué. Il y a 17000 habitants à Tórshavn, 4800 à Klaksvík (la deuxième ville des îles Féroé) et 48000 au total dans tout l’archipel. C’est l’équivalent de la population d’Albi ou de Brive-la-Gaillarde. Le tout dans un endroit à une heure de vol de tout autre lieu habité… Les opportunités doivent donc être bien peu nombreuses.

Nos amis zoophiles peuvent sans doute se consoler en draguant un mouton. Il y en a 85000 environ dans l’archipel, de 30 races différentes. (note pour les pisse-froid : c’est de l’humour).

Pour avoir une approche la plus scientifique possible de ce que Grindr réserve à ceux qui s’égarent jusqu’aux îles Féroé, tu as demandé à ton ami Stéphane (qui t’accompagnait dans ce voyage) de connecter Grindr à des horaires aléatoires, pour avoir une vision globale de perspectives offertes par l’appli… Tragique. La seule fois où il y avait plus de 4 connectés à moins de 300 kilomètres à la ronde, il y avait les deux résidents de la chambre 209 de l’hôtel Stryem de Tórshavn (avec Stéph, vous étiez chambre 208), deux Allemands (avec qui Steph a convivialisé pendant le petit dej) qui n’étaient aux îles Féroé que pour 3 jours, en transit vers l’Islande.

Après une enquête approfondie, on t’a expliqué que nombre de gays qui veulent vivre un peu s’expatrient bien volontiers à Copenhague où ils auront bien plus de possibilités de vivre leur sexualité.

Notons avec satisfaction l’existence d’un groupe militant LGBT aux îles Féroé. Il anime un site web (dont certains articles sont traduits en anglais) et un groupe facebook qui relaie des informations sur la vie gay du territoire et l’actu internationale. (en Féringien uniquement, et tu reconnais que ça n’est pas la langue la plus apprise à l’école)

Le grind aux îles Féroé :

Le grind, ce douloureux problème… Si les îles Féroé sont (un peu) connues du grand public, c’est surtout parce qu’une association de défense de la nature a décidé de médiatiser une pratique coutumière des îles Féroé : le grindadrap, aussi appelé grind. Rien à voir avec une application de rencontres sur smartphone. Le grind est le nom donné à la chasse à la baleine, pratiquée autrefois à Terre-Neuve, au Groenland, dans d’autres îles de l’Atlantique nord et dans les eaux de toute la Scandinavie. A ce jour, elle n’est plus pratiquée qu’aux îles Féroé (et encadrée par le gouvernement). La chasse à la baleine représente 25% des apports en protéines des Féringiens. Il arrive que les chasseurs chassent en même temps des dauphins qui s’égarent dans les eaux féringiennes. On estime que 1000 mammifères marins sont tués chaque année sur les côtes féringiennes (dont un orque en 1978).

Tu as reçu bien des messages de tes connaissances, choquées par cette tradition et sans vouloir te justifier (tu estimes ne pas avoir d’avis à donner), tu as fait le parallèle avec d’autres pratiques traditionnelles d’autres pays d’Europe comme le gavage des oies ou la corrida, dont la cruauté n’a rien à envier au grind. Ce à quoi ces défenseurs de la nature t’ont répondu [en gros] « oui mais bon, quand même… les taureaux et les oies, c’est pas aussi choupinet que les dauphins ». Devant cet argument choc, tu n’as pas continué le débat. A ceux que le grind intéresse, tu invites :
1) à la consultation de cette page wikipedia (où les photos ne sont pas photoshopées comme celles des associations de lutte contre le grind qui trafiquent les couleurs pour que la mer ait l’air rouge)
2) à la méditation sur le sort des oies et des taureaux
3) à un jugement sur le non-respect des droits humains dans nombre de pays dits civilisés.

(et puis il faut que tu l’assumes : écrire ou prononcer le mot grind te fait toujours sourire…)

La gay pride aux îles Féroé :

C’était la surprise de ton voyage. Tu n’as pas fait exprès mais tu es arrivé à Tórshavn le jour de la gay pride. Elle a lieu chaque année le 27 juillet. Ce jour-là, 5000 personnes environ défilent dans les rue de Tórshavn (soit 10% de la population féringienne. Tu imagines s’il y avait 6 millions de manifestants pour la marche des fiertés à Paris ?). Tu ne sais pas combien de gays y participaient (il y avait surtout des familles) mais tu as pu identifier quelques dizaines de jeunes lesbiennes à l’air fâché qui visiblement ne broutaient pas que de l’herbe.

La marche s’est terminée par un discours des organisateurs de la manifestation. L’invité d’honneur de la marche ce 27 juillet 2016 était l’ambassadeur des Etats-Unis à Copenhague. Tu as omis de préciser cette subtilité géographique : les îles Féroé sont un territoire du Danemark, comme l’est le Groenland. Le territoire est administrativement rattaché à la couronne danoise même s’il est très majoritairement patriote (sur chaque maison, on trouve un drapeau des îles Féroé et les Féringiens ne manquent pas une occasion de le hisser).

Après les discours militants, il y avait un concert où se pressaient des groupes locaux populaires. Une ambiance un peu « bal des pompiers » du 14 juillet dans un village français. Elle était certes assez rafraichissante mais puisqu’on parle de frais, rappelons qu’il faisait genre 10 degré et que le brouillard était aussi épais qu’une tranche de steak de mouton. Tu n’as pas insisté bien tard. Tu notes avec un peu d’émotion que l’an dernier, Samantha Fox s’y est produite. Elle avait un peu excité tes sens quand tu étais un ado boutonneux inconscient de son orientation sexuelle. Tu as appris à l’occasion d’une discussion avec un Féringien qu’elle était lesbienne assumée. Tu t’es réjoui de cette nouvelle.

LGBT Féroé

Lesbienne aux cheveux bleus

Les îles Féroé sont l’un des 10 seuls pays au monde où les gays et les autres bénéficient de l’égalité parfaite devant le mariage et la filiation. Réjouissons-nous pour les quelques centaines de personnes LGBT+ des îles Féroé. Et regrettons que la France n’en fasse pas partie.

Manger aux îles Féroé :

Le voyageur aux îles Féroé jouit d’un large choix de gastronomie à base de mouton et de saumon. Les végétariens doivent y être bien malheureux. La vie est chère aux îles Féroé : compter 7€ pour une bière ou un sandwich ; 50€ pour un dîner au restaurant. Le seul gros supermarché de l’archipel est situé dans le centre commercial SMS, à l’entrée de Tórshavn. Les voyageurs qui choisissent un hébergement en maison peuvent y acheter de quoi se préparer à dîner. Tu as apprécié dans ce supermarché le grand choix de pâtes sans gluten (tu es une vieille folle parisienne bobo et tu l’assumes).

Rapporter des souvenirs des îles Féroé :

Tout est cher et 90% des produits vendus aux îles Féroé sont importés. L’économie des îles Féroé est dominée (à 93% !) par la pêche. Tu aurais éventuellement pu rapporter de la morue (mais tu as passé ton tour) ou un pull en laine de mouton made in Faroé islands. Il t’en aurait coûté environ 150 €. Tu as contribué à l’économie de l’île en rapportant quelques magnets qui ont rejoint ta collection sur ton frigo. Et on dit que les pédés ont du goût…

En résumé, tes notes :
Dépaysement : 5/5
Accessibilité avion et rapport km/prix : 3/5
Rapport qualité prix : 3/5
Bouffe : 3/5 (et tu te réjouis d’être carnivore). Le bon mot de Stéphane cette semaine : « ce qui a le plus de goût dans mon sandwich, c’est le concombre »
Intérêt : 5/5 si tu as envie de nature vierge, de grands espaces intacts et que tu as un intérêt pour l’ornithologie. C’est ton cas. De toute façon, on ne va pas par hasard aux îles Féroé…

Perso | Voyages | 11.08.2015 - 21 h 18 | 0 COMMENTAIRES
En week-end en Lettonie

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Dans le cadre de tes activités professionnelles, tu voyages beaucoup ! Mais ton petit punk et toi adorez dormir ensemble, alors tu limites tes escapades européennes au strict nécessaire professionnel pour pouvoir lui mettre des races le câliner le plus possible. Parfois, tout de même, le devoir ou l’amitié t’appelle. Ainsi, le mois dernier, tu es allé en Lettonie.

Alors…  la Lettonie… Là, le lecteur se gratte la tête « ça me dit quelque chose ». Oui, mais quoi ?DSC01747       DSC01825

La Lettonie est l’un des 3 pays baltes, celui du milieu (en bon bayrouiste, tu te devais de commencer par celui-ci). On récapitule ?
– Lituanie, Vilnius
– Estonie, Tallinn
– Lettonie : Riga. (mais pas que… on verra ça par la suite)

Pourquoi la Lettonie ? Il se trouve que dans la cadre de tes activités professionnelles, tu es en relation avec un hôtelier qui exploite un petit lodge au fin-fond de l’Afrique. Ce garçon est Italo-Allemand (ou Germano-Italien), parle un français bizarre (qu’il a appris sur le tas dans les docks de Hambourg grâce à des Sénégalais à gros-bras) mâtiné de toutes les langues européennes, qu’il est tombé amoureux d’une Lettone (qui elle aussi travaille dans les profondeurs africaines) et qu’ils t’ont invité à leur mariage (en Lettonie, donc).

Comme tu ne recules devant rien (et surtout pas devant l’inconnu) et qu’en plus, tu les aimes beaucoup, tu as écouté ton instinct et tu as sauté dans le premier avion pour Riga.

Comment aller à Riga ? Pour aller à Riga, tu n’as quand même pas pris le premier avion  parce que la première solution proposée par les comparateurs, c’est Wizzair au départ de Beauvais. Et ça, c’est pas possible… parce que 1) Tu ne vas pas à Beauvais parce que la Picardie est une terre hostile, 2) Tu ne peux pas te résoudre à emprunter les vols d’une compagnie aérienne low-cost au logo à dominante rose « originaire de Hongrie et de Pologne » même si elle dessert plus de 100 destinations à partir de 16 bases. Wizzair a 2 vols par semaine entre Beauvais et Riga mais tu ne prends pas cette chose.

Tu as découvert l’existence de la compagnie Air Baltic. Air Baltic dessert plus de 50 destinations en Europe (dont Paris & Nice) au départ de Riga et 8 (dont Paris) au départ de Vilnius, la capitale de la Lituanie.
Au départ de Paris CDG2D, Air Baltic propose 2 vols par jour (oui, par jour !) en partage de code avec Air France et en Boeing 737. Pas de bagage ni de bouffe dans le prix du billet mais le service est acceptable, pour 150 à 250 € aller-retour.

Au départ des régions, on peut voyager avec Lufthansa via l’Allemagne ou avec Brussels Airlines au via Bruxelles.

Quand aller à Riga ? Il faut quand même une bonne raison pour aller à Riga ; gageons qu’on n’y va pas sur un coup de tête. Le climat est horrible froid : très rigoureux l’hiver, et juste froid (et souvent pluvieux) l’été. Toi, tu y es allé début juillet ; le thermomètre frôlait les 40° à Paris et n’a jamais percé au-delà de 20° quand tu y es allé. On veillera donc à se munir d’une petite laine (voire une grosse).

Découvrir Riga : On peut se déplacer à pied dans Riga pour découvrir quelques joyaux arts-déco et attractions au goût plus ou moins douteux. Retenons
– la maison des têtes noires, le symbole de la ville de type « renaissance flamande »,
– les Eglises Saint Jean et Saint Pierre, voisines, et de style gothique,
– le Château de Riga, d’un jaune vif assez dégueu,
– le KIF, un petit musée d’art contemporain, pas si inintéressant que ça (mais de la à kiffer, n’exagérons rien),
– le monument de la liberté, une espèce de colonne de 42 mètres de haut, coiffée de 3 étoiles grotesques, le symbole, du mouvement indépendantiste  des années 80. Tellement laid qu’on en regretterait l’URSS,
– la cathédrale byzantine absolument surchargée de dorures,
– le marché central, où tu peux te gaver de fruits pour trois sous.

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Riga by night : Tu as passé ton unique soirée à Riga au Coco Loco (c’est marrant : tu penses avoir traîné tes baskets dans une dizaine de Coco Loco dans le monde). Le Coco Loco de Riga est un bar sympa avec terrasse, à l’excellent accueil et aux prix raisonnables. Il y a du wifi (gratuit) au Coco Loco, ce qui t’a permis de te connecter à Grindr dans l’unique but scientifique de mieux appréhender la sexualité des Lettons de tous âges jeunes Lettons.

Faire du sexe à Riga : Dans le cadre de tes recherches web, et malgré une investigation profonde, tu n’as pas trouvé de lieu officiellement gay à Riga. Tu as vu plein de très beaux garçons dans la rue et tu es allé sur Grindr pour faire une petite enquête sociologique. Tu en ressors avec les informations suivantes :
– Il faut aimer les Slaves : le Letton est peu métissé, très grand (la moyenne doit être de +/- 1.85), imberbe et en général sur-gaulé.
– Est-ce parce que l’homosexualité est réprimée ou parce que la ville est petite ? Les Lettons n’affichent pas spontanément de photo de leur visage et se contentent en général de dévoiler leur torse.
– Le Letton est polyglotte et à quelques exceptions près, tous les profils sont rédigés en au moins 3 langues (letton, anglais et russe), voire plus (surtout polonais et allemand) ; la Lettonie est fort pauvre et tu imagines que seuls les plus aisés peuvent se payer un ordiphone.
– Tu ne t’étais pas connecté à Grindr depuis 18 mois mais tu as trouvé qu’il n’y avait pas grand monde sur le réseau (tu voyais des mecs à 80 kilomètres)
– Le Letton recherchait fréquemment et sans scrupule des pratiques assez odieuses, à la limite du SM
– Tu n’es pas allé jusqu’au rendez-vous mais tu as ressenti quelques chatouillis dans le bas du ventre qui t’ont presque fait regretté tes engagements d’exclusivité sexuelle avec Solal.

Bref, si tu vas à Riga pour manger local, y’a de quoi se faire un festin… Tu as tenté de te connecté à Gayromeo mais ton profil a été désactivé. Comme tu n’avais pas que ça à faire et que Grindr t’avait donné de bons éléments de réponse, tu n’as pas poussé plus loin l’investigation.

Sortir de Riga : Le mariage de tes copains était célébré à Liepaja, à 200 kilomètres à l’Ouest de Riga, sur les côtes de la mer Baltique. Liepaja est desservie de Riga par deux trains hebdomadaires (très spartiate, du style de ce que devait être la troisième classe en France dans les années 1930) et une dizaine de bus par jour. De ton expérience limitée des transports lettons inter-urbains, il convient de privilégier le bus (moins cher que le train, plus confortable et ponctuel).

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Il n’y a strictement aucune raison d’aller à Liepiaja quand on est un être normalement constitué. On peut tout de même y faire une étude sociologique assez poussée de ce que peut être une petite ville (30 000 habitants) d’un petit pays moisi pauvre qui a dû lutter pour sortir du joug communiste. Il y a un vieux tram délabré, des rues pavées défoncées et ravagées par la mousse, des maisons abandonnées et une jeunesse sale et désœuvrée. Un peu comme si la ville avait été envahie par les punks à chiens pleins de puces (les punks comme les chiens) à la vilaine peau, et habillés comme aux puces de 1958. Tu avais l’impression d’être dans un vieux James Bond. Le prochain de tes potes qui te fait la promotion du communisme à la mode XXIè siècle, tu l’envoies à Liepaja en train des années 30, ça devrait le calmer.

Bon. Sois honnête : le week-end où tu es à allé à Liepaja, il y avait une espèce de festival rock et techno sur la plage, ce qui t’a permis de mâter des minets et des bûcherons en tenue légère. Délicieux.

Pour rejoindre le centre de Riga de l’aéroport, tu as pris le taxi à l’aller (12 €) et comme tu avais le temps au retour, tu as pris le bus 222 depuis la gare routière (2 €).

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Manger à Riga : Tes repas ont été composés essentiellement de protéines animales caloriques, épaisses et peu raffinées. Ça n’est rien de dire que l’alimentation lettone est riche ! Elle est généreusement arrosée de bières du monde entier et agrémentée de fruits en quantité.

Détail appréciable : il y a peu de Mac Do, de Starbucks et autres chaines internationales de bouffe mondialisée. On est bien en Lettonie et non pas « quelque part dans le monde ». C’est suffisamment rare pour que l’on apprécie à sa juste valeur cette petite signature authentique.

Rapporter des souvenirs de Riga : Ami lecteur, ne perds pas ton temps. L’artisanat local est rigolo mais ridicule. Tu peux commencer une collection de vases multicolores en verre, acheter des napperons mais ne t’encombre pas ! Comme tu es prévisible, tu as consolidé ta collection de badges communistes des années 50 et 60 (celle que tu avais commencée à Cracovie il y a deux ans).

En résumé, tes notes :
Dépaysement : 3/5
Accessibilité avion et rapport km/prix : 3/5
Rapport qualité prix : 3/5
Bouffe : 3/5 (et encore… parce que c’est pas cher…)
Intérêt : 2/5 ; si tu n’as rien de spécial à faire à Riga, tu peux facilement t’épargner un déplacement qui sera le plus souvent jugé bien superfétatoire.

Amour | Perso | 06.07.2015 - 18 h 49 | 2 COMMENTAIRES
Les fantômes du passé
fantome

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Un jour, pour te consoler et essayer de te faire relativiser ton malheur, Clément t’avait écrit « ça s’estompera avec le temps et ça passera avec un autre ». Dans six semaines, ça fera deux ans que Solal, que tu appelles souvent ton intérimaire vit à tes côtés et si tu donnes le plus souvent l’illusion que ta détresse s’estompe, tu sais bien que ça ton amour pour Clément ne passe pas. Comme quoi, il avait tort.

Comme tu refuses de vivre dans le souvenir, tu as tout fait pour oublier jusqu’à son existence. Tu évites le Marais comme la peste (tu sais qu’il y passe toutes ses soirées), tu tentes de ne plus passer par Oberkampf où il habitait quand tu l’as rencontré (tu sais qu’il n’y habites plus mais c’est plus fort que toi : quand tu passes, tu trembles…), tu fais semblant de ne pas t’entendre avec le nouveau mec de ta copine Paola (uniquement parce que, comme l’élu, il s’appelle Clément et que la simple évocation de ce prénom te donne envie de pleurer), tu n’iras plus jamais à Bruxelles, où vous aviez passé un week-end dans les bras l’un de l’autre, bref : tu as organisé ta vie pour éviter que quiconque puisse te rappeler son existence.

C’est sans compter que Paris est un village.

Par exemple, le 6 mai 2012, le soir de l’élection de François Hollande, le réseau téléphonique ne marchait pas. Clément et toi aviez tenté d’entrer en contact l’un avec l’autre mais vos SMS n’arrivaient à leur destinataire que bien longtemps après leur envoi. Dans une espèce de dialogue de sourds, vous vous étiez résignés à attendre le 8 mai pour vous retrouver et passer la journée ensemble. Vous étiez au même endroit tous les deux mais tant pis : la probabilité de vous retrouver  parmi les 300 000 personnes pleines d’espoir à Bastille ce soir-là était nulle.

C’était sans compter le destin. Dans la foule, vous étiez tombé l’un sur l’autre. C’est arrivé à nouveau bien des fois et tu sais que cela ne peut pas être le fruit du hasard.

Les dernières fois que tu as croisé Clément, c’était lors de l’hiver 2013/2014. Un soir, tu étais allé danser à la Docteur Love (c’était avant que la programmation ne vire au RnB moisi) avec Romain, avec qui tu as eu une petite histoire. Romain voulait provoquer Clément en duel mais tu as fait en sorte qu’il renonce à ce projet. Quelques semaines plus tard, alors que tu traversais le Marais à vélo, tu étais tombé sur Clément (à moins qu’il ne s’agissait que de son fantôme) et tu étais tombé de ton vélo.

Depuis, plus d’un an c’était écoulé et tu te disais que peut-être, Clément avait déménagé à Tahiti puisque tu ne le croisais plus jamais en ville (comme disent nos amis des régions).

Mardi 5 mai 2015. Tu revenais d’une semaine de mission au grand air, le printemps venait de percer à Paris et on venait de vivre la première belle journée de la saison. Tu portais ton costard le plus ajusté et ta chemise blanche mettait en valeur à la fois ton hâle naissant et le bleu de tes yeux.

Ce jour-là, tu avais déjeuné avec une chef de rubrique du Figaro Magazine et lors de ce rendez-vous, vous aviez défini un sujet qui allait donner de la visibilité à ta petite entreprise. Tu étais donc de fort bonne humeur. De son côté, Solal venait de recevoir une convocation à un entretien qui allait lui permettre, six semaines plus tard, de rejoindre la marque de ses rêves.

Tous deux heureux de votre journée, vous aviez décidé de quitter tôt vos obligations professionnelles et de prendre ensemble un verre en terrasse. Accaparés par vos jobs respectifs, il est bien rare que vous puissiez vous offrir ce type de parenthèse à deux. Vos bières avalées, vous aviez repris le chemin de ce qu’il convient d’appeler désormais votre domicile conjugal. Vous étiez rue Thorel, ce genre de rue de 50 mètres que personne ne connait ni n’emprunte et dans laquelle la probabilité de croiser quelqu’un de sa connaissance est d’une sur un million. Solal venait de décider de faire un détour jusqu’à une épicerie exotique pour acheter de quoi préparer l’une de ses spécialités, tu irais chez Nicolas acheter une bonne bouteille.

Tu avais alors aperçu un visage familier. Tu avais souri. En face, l’homme souriait lui aussi et faisait mine de s’arrêter, sans doute pour te saluer et échanger quelques mots avec toi. Le moment n’a sans doute duré que quelques nanosecondes mais le temps que ton œil transmette l’information  à ton cerveau, tu avais blêmi. Dans 5 ou 6 pas, tu allais croiser Clément. Dix  mètres plus tard, Solal tournerait à gauche pour aller à l’épicerie exotique alors que tu partirais à droite chez Nicolas. Il fallait que tu tiennes bon quelques secondes. Tu as été fort. Tu as attendu que Clément comme Solal soient hors de portée de vue et de son pour laisser exploser ton chagrin.

Tu avais croisé Clément. Il était donc vivant et il n’avait pas besoin de toi.

En mai, tu l’as croisé trois fois en sortant du bureau. Il faut dire que ton bureau n’est qu’à quelques encablures du Café Bonne Nouvelle où il semble que Clément passe bien souvent ses soirées.  Depuis, tu as changé ton itinéraire et fait en sorte de ne jamais passer devant le Café Bonne Nouvelle après 17 heures (Clément sort tôt de son travail l’endroit où il attend que les journées passent et il a le lever de coude facile).

En juin, tu n’as pas croisé Clément.

Ce premier week-end de juillet, tu es resté à Paris. Il est rare que tu sois à Paris les week-ends de juillet (les mauvaises langues diront que tu n’es jamais à Paris le week-end et elles n’ont peut-être pas complètement tort), mais la vie est ainsi faite.

Le week-end avait été délicieux et en ce dimanche après-midi, tu étais allé Porte de Clignancourt à une espèce de fête bobo-hétéro-électro avec quelques amis. Le soleil caressait vos  visages, le DJ mêlait les bits électro au son naturel de son saxophone, l’ambiance était bon enfant… tu n’avais pas regretté l’épreuve de la ligne 4. Et puis au moins, tu étais détendu car tu pensais qu’il n’y avait aucun risque que Clément ne traîne Porte de Clignancourt.

C’était sans compter le destin. Il était 20 heures, tu étais dans le métro (toi… dans le métro), rentrais chez toi après ces quelques heures de joie frivole en plein air et là, à la station Marcadet-Poissonniers (tu n’étais jamais allé si au Nord), au moment où ta rame entrait en station, tu as levé le nez de ton ordiphone. Une seule personne attendait le métro sur le quai.

Clément.

Pourquoi as-tu levé la tête tout juste à ce moment-là ? Vos regards se sont croisés. Tu as surpris l’air atterré de Clément de te croiser ici. Il est monté dans la rame, est passé à quelques mètres de toi et tu as fait semblant d’être très absorbé par ce qui défilait sur ton ordiphone. Tu savais qu’il était juste derrière toi.

Barbès, Gare du Nord, Gare de l’Est, la foule se pressait, entrait et sortait de cette rame maudite où celui que tu aimes et toi n’étiez que voisins et la vie a continué. Comme si  pour l’un et l’autre, l’autre n’existait pas. Le destin.

Non classé | 03.01.2015 - 16 h 59 | 4 COMMENTAIRES
L’heure du choix
trop de mains

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Quand tu as eu 40 ans, tu as su que c’était fini : tu n’avais plus aucune chance d’être en couple. Ta quête était vaine depuis tant d’années et à ton âge, quand on a laissé passer la date limite de fraîcheur, c’est définitivement trop tard. Sans doute les vilaines fées qui s’étaient penchées sur ton berceau avaient choisi de te programmer célibataire-à-vie. A réflexion, c’était peut-être mieux ainsi : tu profitais d’une totale liberté et tu laissais exprimer tes envies de sexe avec de nombreux amants !

Quand tu as rencontré Clément, ton grand amour, tu avais repris confiance en toi. Ne nous étendons pas sur ce sujet. Ton amour pour Clément est ton cancer, ce truc que tu as en toi et qui ne passera jamais même si à certaines périodes de ta vie, tu te sens en rémission.

Depuis 18 mois, tu vis une espèce de truc indéfinissable avec Solal. Mais le 11 octobre dernier, tu as rencontré l’homme idéal.

La vie est bizarrement faite : tu avais fini à accepter le fait que tu n’étais pas programmé pour être heureux à deux, épanoui en couple ou satisfait de ta condition. Tu savais que Clément t’a arraché le cœur, qu’il l’avait tordu, piétiné et broyé, que tu devais vivre sans cet organe que d’aucun croit vital.

On peut vivre sans amour. Tu avais fini par l’accepter.

Et puis tu as rencontré Fabrice. La vie est bizarre. Tu ne l’attendais plus. Le problème (il y a toujours un problème…), c’est que depuis quelques mois, tu t’étais laissé envahir par Solal. Solal vivait chez toi, partageait ton quotidien, tes soirées, tes nuits et une grande partie de ton temps libre.

Certes, Solal, trop jeune, trop fou, alcoolique et drogué ne pouvait pas être l’homme de ta vie. Il occupait quand même le terrain et tu devais bien reconnaître que sa présence ne te déplaisait pas.

Tu l’as quand même envoyé aller voir ailleurs si tu y étais quand tu as rencontré Fabrice. En vrai sultan, tu as géré ton emploi du temps pour honorer ton harem (ne sois pas trop prétentieux : ton harem n’était composé que de deux hommes ; certains ont un planning plus exigent)

Pendant un mois, tu as jonglé entre Fabrice et Solal comme tu le pouvais, tu changeais tes draps tous les deux jours pour qu’ils ne puissent pas sentir l’odeur de l’autre, et tu as fait beaucoup de lessives (elles contenaient une proportion démesurée de serviettes de toilettes).

Tu as réussi à faire croire à Solal que tu avais « rencontré quelqu’un qui te troublait » et que tu « dev[ais] être seul pour faire le point sur [t]es envies ». Tu es parvenu à convaincre Fabrice que Solal n’était qu’un intérimaire et que tu n’étais pas plus engagé que cela avec lui (la preuve : Fabrice passait bien des nuits chez toi et si tu n’étais pas toujours disponible, c’est que ton job t’accaparait vraiment).

Tu avais quelque mauvaise conscience à tromper les deux mais tu n’allais pas lâcher la proie pour l’ombre (pas folle, la guêpe) : il fallait que tu testes tes sentiments, tes envies, et que tu fasses davantage connaissance avec Fabrice.

Et puis, un samedi, le drame a bien failli se passer.

Il était convenu que Solal sorte ce soir-là avec son amie Mathilde. Ils iraient voir un concert post-punk ensemble, il dormirait chez elle et tous deux te rejoindraient chez toi pour bruncher le dimanche vers 11 heures. Tu avais passé la journée avec Fabrice et il était convenu qu’il dormirait chez toi « à condition de partir à 8h du mat’ ». Tu avais prétexté une obligation familiale à Versailles en hommage à ton défunt grand-père (c’était le week-end de la Toussaint, et c’était très crédible ; en tout cas, Fabrice avait tout gobé). Le laps de temps entre 8 et 11 était largement suffisant pour aérer, changer les draps, faire une lessive, et gommer tout signe d’adultère.

La journée avec Fabrice avait été parfaite entre brunch gourmand, sieste crapouilleuse, balade romantique et dîner fin. Sans doute avais-tu trop mangé car au dessert, tu avais souffert de maux de ventre (tu les avais affrontés avec dignité et courage).

En rentrant chez toi vers minuit, en proie à des douleurs vives, tu t’étais tout de même ému auprès de Fabrice de tes souffrances :
«  je ne sais pas ce que j’ai mais je ne me sens pas bien.
– je ne te l’avais pas dit mais depuis le dessert, je te trouve bien pâle. Qu’est-ce qui t’arrive ?
– des sueurs froides, j’ai mal au bide et là, je n’arrive presque plus à marcher ».
Tu avais peur de passer une mauvaise nuit. Vous aviez convenu qu’il était plus raisonnable (comme tu vieillis pour employer ces mots…) que Fabrice rentre chez lui et que vous ne passiez pas la nuit ensemble.

Tu étais rentré chez toi, avais vomi (non, tu n’es pas toujours le garçon glamour que tout le monde connait), pris un bain brûlant, et t’étais couché en jogging avec des grosses chaussettes (la quintessence de la sexy-attitude).

A 5 heures tu matin, on tambourinait à la porte : Solal avait fait une crise d’angoisse (ou une mauvaise descente de MDMA, l’histoire ne le dit pas), s’était réveillé en tremblant et pris de panique, avait sauté sur un Vélib pour se lover dans tes bras.

Tu as remercié le destin de t’avoir infligé des troubles intestinaux. Si tu ne t’étais pas senti mal à minuit, tu n’aurais pas prié Fabrice de rentrer chez lui et la confrontation entre Solal et Fabrice au petit jour aurait été bien cruelle. Comme dans un cauchemar, tu imaginais Solal te demander si vraiment, c’était pour passer du temps seul à réfléchir que tu l’avais éconduit… et Fabrice s’étonner du fait que cet intérimaire sur-réagissait de façon très disproportionnée puisque ton espèce de relation avec lui était si légère.

Bref, tu as frôlé la catastrophe.

Tu t’es donc donné 10 jours pour prendre une décision. Tu as retourné ton cerveau en tous sens. Et puis tu as choisi : il a fallu que tu rencontres Fabrice, l’homme parfait pour te rendre compte que finalement, tu étais heureux avec Solal, qui était si imparfait.

Penaud, tu as demandé audience à Fabrice et as commencé à lui expliquer que…
« tu sais, après mon histoire avec Clément il y a deux ans et demi, je croyais que je ne rencontrerais  jamais quelqu’un avec qui je pouvais envisager de former un couple.
– et… ?
– et je t’ai rencontré
– et… ?
– je t’ai dit que je n’étais pas complètement prêt, que Clément m’entêtait, que j’avais mon intérimaire, mais tu n’es pas loin de représenter pour moi l’homme idéal.
– mais ? »

Fabrice avait tout compris : il y avait un « mais ». Tu ne savais pas comment aborder le sujet mais Fabrice t’avait mis sur la voie : Fabrice était parfait mais Solal était dingue de toi et tu ne voulais pas le faire souffrir ; Solal avait de gros défauts mais tu avais des sentiments pour lui ; Solal était trop jeune, alcoolique et drogué mais adorable. Tu étais conscient de ces embûches mais tu ne te sentais pas capable de laisser Solal sur le bord de la route. Fabrice était un mec bien (et même très bien) mais vous alliez cesser de vous fréquenter.

Fabrice a eu le souffle coupé mais il a accepté la défaite. Vous avez discuté encore une petite heure. Ses yeux s’étaient mouillés mais au moment de repartir chacun de votre côté, il t’avait souhaité bonne chance « avec Solal ou sans lui » pour ton avenir.

Fabrice était décidemment un mec bien. Tu savais que tu risquais de le regretter mais tu avais fait un choix. Et il n’était pas question de revenir dessus. Alors voilà : tu as accepté d’être en couple avec Solal et de ne plus risquer de te brûler à jouer avec le feu.

Fabrice était une victime collatérale de ce choix. Désormais, tu es vraiment en couple avec Solal. Tu as décidé de l’accepter.

Amour | Perso | 29.11.2014 - 13 h 04 | 3 COMMENTAIRES
Bref, tu es dans la merde. Et grave…
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Un jour, (c’était le 11 octobre), tu as rencontré le mec parfait. (mais bon… c’est pas la première fois).

Avant de lire ce post, le lecteur de ton blog devra se souvenir comment tu as rencontré Solal (l’épisode 1 est ici) et comment votre plan cul s’est transformé en une espèce de relation (l’épisode 2, c’est par là). Ensuite, tu reviens ici. C’est fait ? Le récit de ce 11 octobre, et des semaines qui suivent, c’est parti :

Tu n’as jamais pris Solal au sérieux. Tu avais décidé au premier regard que tu ne pouvais pas avancer bien loin avec lui : on n’épouse pas un garçon de 17 ans son cadet, cocaïnomane, alcoolique, sans projet, sans structure. L’affaire était entendue : tu jouissais du moment présent avec lui mais cette histoire ne te mènerait nulle part.

Tu ne sais pas pourquoi, mais six semaines après votre rencontre, tu l’avais emmené à la soirée d’anniversaire de ton amie Barbara. Quand tu avais évoqué cette soirée à Solal, il t’avait répondu « oh la la, moi ? Avec tes amis ? On verra. ». Et puis ce vendredi soir, tu avais reçu un SMS juste avant 20 heures : « ça marche toujours, ta boum ? ». Oui, ça marchait toujours.

A la hâte, tu avais envoyé un SMS collectif aux convives de Barbara : « je viens avec le petit Solal. Soyez gentil avec lui : il est timide, et il ne connaitra personne ». Tu étais allé le chercher à son squat, avais débarqué à la soirée de Barbara avec lui, il avait rencontré nombre de tes amis et la soirée avait été réussie pour tous. Cette soirée, c’est de l’histoire ancienne :

Depuis un an, Solal a appris à connaitre tes amis et certains d’entre eux ont fait plus que l’adopter. Ça t’a fait tout bizarre, l’autre jour, de fêter à nouveau l’anniversaire de Barbara. ça faisait donc déjà un an que tu [… quel verbe choisir ?…] que tu… avec Solal ?

Tu n’avais pas attendu le dernier moment pour proposer à Solal de venir avec toi : Barbara et Solal sont « amis » sur Facebook depuis bien des mois et elle n’a pas besoin de ton entregent pour entrer en contact avec lui. Il avait quand même attendu que tu évoques cette soirée (que tu n’aurais manquée pour rien au monde) pour répondre à Barbara que oui, bien sûr, vous viendriez tous les deux.

Barbara a plusieurs cercles d’amis et tu n’avais pas vu certains convives présents depuis au moins six mois. Alors bien entendu, plusieurs se sont étonnés que « Solal et toi, vous êtes toujours ensemble ? C’est super ». Tu avais répondu du bout des lèvres, dans un soupir que « oui, il est adorable, mais bon… c’est quand même compliqué : trop jeune, sans repère… on ne va nulle part ensemble mais bon, je profite du moment présent ».

Valérie, qui craque sur lui et qui t’avait demandé un jour si « Solal n’avait pas un frère jumeau, mais hétéro » avait rétorqué un cinglant « c’est l’homme de ta vie et tu ne t’en rends même pas compte 
Val, arrête : c’est presque un enfant, il se défonce, il ne sait pas où il va. C’est pas le genre de mec avec qui on peut construire quelque chose
– Regarde le : il est beau, il a vachement progressé depuis un an et toi aussi. D’ailleurs Barb m’a dit l’autre jour que tu ne la saoulais plus avec ton Clément. C’est bien grâce à Solal, non ? »
Valérie avait raison. Solal était devenu ta bouée, ton repère. Tu ne pouvais pas le nier.

Comme d’habitude, ce soir-là, Solal s’était mal tenu. Après 15 ou 20 verres, il avait du mal à tenir debout, il parlait trop fort, avait des gestes de moins en moins assurés, n’arrivait plus à articuler et lorsqu’à cinq heures du matin, la musique avait cessé, Solal avait titubé jusqu’à la sortie et serait tombé s’il ne s’était pas accroché à toi. C’est d’ailleurs accroché à toi qu’il a fait tout le chemin vers ce qu’il convient d’appeler désormais votre domicile conjugal.

Lors de ce petit matin blême, tu as sermonné Solal et lui as expliqué que tu ne supportais plus son comportement. Tu n’as pas dormi de la nuit et tu t’es dit « je perds mon temps ». Il est vrai qu’à désormais 45 ans, tu n’as plus beaucoup de temps pour trouver l’âme sœur. Non ?

En plus, ton ami Baptiste s’est mis dans l’idée de te faire rencontrer l’homme idéal et il t’a mis dans les pattes un dénommé Fabrice.

Fabrice a 39 ans (autant dire que vous avez le même âge, on ne va pas chipoter), il mesure un petit mètre 64 (comme tu aimes regarder les garçons de haut, ça te va très bien), il n’a pas un poil et à ses heures perdues, il se fait pousser les pecs. Du coup, il est très agréable à tâter. Un rencard arrangé par Baptiste, quelques verres, un deuxième rendez-vous (plus spontané celui-ci…) où vous avez échangé votre premier baiser (à ton corps défendant, c’est lui qui t’a sauté dessus), un troisième où sentant Fabrice frissonner quand tu lui tâtais le cul sous une porte cochère, tu lui avais glissé à l’oreille un très élégant « rassure-moi, tu es passif ? », question à laquelle il avait répondu par un non moins élégant : « graaaaave ». Tu savais qu’au rendez-vous suivant, il allait prendre cher vous feriez l’amour avec passion.

Au quatrième rencard, après dîner (et donc : avant l’acte), tu as été pris de remords anticipé (définition de remords : reproche que fait la conscience, regret douloureux d’une faute, d’un crime). En faisant l’amour avec Fabrice, que tu désirais ardemment, tu allais tromper à la fois Solal et Fabrice. Tu as des principes : tromper, c’est mal. Mais ce qui te troublait, c’est que tu avais davantage mauvaise conscience de tromper Fabrice que de tromper Solal. Vous étiez devant le portail de ton immeuble :

« Fab, avant qu’il ne soit trop tard, il faut que je te dise quelque chose.
– Ouh la, tu me fais peur. Accouche parce que je n’ai pas envie de jouer aux devinettes.
– Je ne suis pas complètement célib : j’ai une espèce d’intérimaire depuis quelques mois. Sans doute rien de très sérieux mais je ne suis pas complètement disponible.
– mais ce soir, tu es disponible pour moi ?
– toute la nuit
– j’ai très envie de toi. On monte ? ».

Vous aviez mis quelques minutes à comprendre comment vous emboiter, mais le premier coït a été au-delà de tes espérances les plus déraisonnables. Vous avez fait l’amour avec passion. Plusieurs fois. Et c’était parfait. Vous avez passé la nuit dans les bras l’un de l’autre, tu étais au septième ciel. Le lendemain, tu es arrivée au bureau avec des étoiles dans les yeux (et des douleurs aux cuisses). A midi, tu faisais un SMS à Fabrice « on déjeune ensemble ? ». Il n’avait pas osé de te demander. Vous aviez déjeuné ensemble, passé la soirée et même tout le week-end suivant ensemble.

Bref, tu es dans la merde, un peu comme dans la vidéo avec le petit chauve barbu qui te ressemble…

 

Amour | Perso | 05.07.2014 - 00 h 47 | 1 COMMENTAIRES
Un jour, il faudra bien que tu reconnaisses que tu es « en couple »
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La roue tourne et ainsi va la vie. Il y a an, tu croyais que tu allais mourir de chagrin. Après des nuits sans sommeil, tu te tordais de douleur chaque matin le teint blafard parce que Clément n’était pas près de toi, tu te trainais comme une loque, ne mangeais rien, tu croyais que tu étais condamné à ne plus voir la vie qu’en noir et blanc jusqu’au moment où la mort te délivrerait de tes chagrins.

Et puis, il y a eu Pascal, le sosie de Clément qui t’a prouvé qu’il n’était pas si unique. Et puis, il y a eu la rencontre avec Solal.

Le lecteur de ton blog pourra (re)lire le premier chapitre de votre petite histoire ici. Le plan cul qui dégénère en relation, c’est un grand classique des histoires d’amour (tu as eu un petit rictus en écrivant ces mots, et tu as décidé de les biffer plutôt que de ré-écrire, la vie est décidemment bien facétieuse) surprises de la vie.

Reconnais que la vie que tu mènes avec Solal te convient. Il s’est installé chez toi et tu ne remarques même plus certains de ses travers comme la présence de son tube de dentifrice éventré (le bouchon a disparu depuis plusieurs semaines, ce qui t’évite de le refermer deux fois par jour) ou les traces du même dentifrice au fond du lavabo.

Un jour, tu as expliqué à Solal que ses slips, ses t-shirts et ses chaussettes sales portés ne trouveraient jamais le chemin de la salle de bains tous seuls. Comme tu ne jettes ton linge que dans le panier de la salle de bains (parce que toi, tu ne laisses rien trainer), Solal a pris soin de regarder par terre de temps en temps et se penche pour ramasser (dingue…)

Tu as quand même un peu de mal avec certaines de ses habitudes grotesques. Quand Solal mange ou boit quelque chose, il a une fâcheuse tendance à ranger le paquet vide dans les placards, au milieu de ceux qui sont pleins. C’est ainsi que tes placards sont remplis de bouteilles qui ont autrefois contenu de l’huile ou du vinaigre mais qui sont désormais désespéramment vides, et de paquets de gâteaux où il ne reste que des miettes. Troublant…

Tout cela n’est que détails insignifiants. Solal est fou de toi. Il découvre la vie à deux et ce garçon qui refusait toute notion d’attachement te sort désormais spontanément des phrases que tu n’as jamais prononcées. En une semaine, il t’a dit « le seul endroit où je me sens bien, c’est dans tes bras » et « tu te rends compte que je t’aime chaque jour un peu plus ? ». il te dit ça en gardant la bouche entre-ouverte et en te regardant de ses grands yeux tristes. Toi, forcément, tu fonds (même si une partie de toi-même reste dure dès que Solal est près de toi).

Tu as de la tendresse pour ce petit punk. Il écoute de la musique de merde, avale et renifle des trucs qui font qu’il ne vivra sans doute pas bien vieux, a l’adresse de ceux qui ont deux mains gauches, se rebelle contre des détails du système, mais c’est ainsi. Tu as pris le package : Solal, ses défauts, ses névroses, mais surtout ses qualités de cœur.

A tes côtés, Solal est tout de même devenu (un peu) un autre : il a trouvé l’équilibre entre le fait de s’installer chez toi et de ne pas t’envahir. Tous les matins, il te demande comme si ça ne le concernait qu’à moitié « tu fais quoi, ce soir ? » et toi, tu réponds alternativement « j’ai un truc de taf, je ne rentrerai pas tard, genre 22h », « je dine avec les copines cougars » ou tu proposes un truc à faire à deux.

Parce que oui, depuis plusieurs mois, tu avances à ses côtés comme il progresse aux tiens. Il est devenu manager ? Tu le coaches. Tu te moquais de son amour pour toi ? Tu en redemandes désormais.

Sans en parler, vous vous êtes partagé jusqu’aux tâches ménagères. Ta femme de ménage vient le jeudi ? Solal joue à la tornade blanche le lundi (il ne travaille pas ce jour-là) pour réparer l’ouragan du week-end. Tu fais la plupart des courses de base mais Solal court les épiceries exotiques pour vous préparer des petits dîners. Tu prends en charge votre quotidien, il assume le superflu.

Et Solal, dont les week-ends courent officiellement du samedi soir au mardi matin 10h, a négocié quelques récup plusieurs mardis de juillet/août pour t’accompagner plusieurs fois en week-ends au bord de la mer pendant trois jours entiers.

Cette petite relation précaire, sans engagement ni promesse s’installe donc peu à peu dans une stabilité durable. Depuis plus de 10 mois, Solal partage avec toi ses soirées et ses nuits, ne passe chez lui qu’une fois par semaine (juste pour relever son courrier et tirer la chasse d’eau pour éviter que des algues ne se forment dans sa cuvette), accapare ta tendresse, et surtout, t’empêche le plus souvent de pleurer Clément, de penser à ton histoire avortée avec lui, bref… de souffrir.

De temps en temps, bien sûr, tu as de brusques remontées de douleur.

Tu as par exemple assisté la semaine dernière à un mariage gay et que tu te disais « c’est pas vraiment le mariage pour tous : moi, je ne peux pas me marier avec celui que j’aime ». A la mairie, tu t’es mis à pleurer comme une connasse adolescente et l’une de tes amies, compatissante, t’a fait pris la main et pris à témoin « c’est vrai qu’il est émouvant, ce mariage » ; tu as fait semblant de pleurer pour le mariage de tes potes, lui a serré la main et as souffert un peu plus. Clément n’était pas là.

L’autre jour, tu es tombé par hasard sur un défilé : les anti-faf célébraient à leur façon le triste anniversaire de la mort de Clément Méric (ce garçon s’appelle presque comme l’amour de ta vie…) et tu le reconnais, tu as pleuré comme une veuve à l’enterrement de son mari connasse. D’ailleurs, ça fait des mois que tu envisages de te faire tatouer sur le cœur leur slogan « ni oubli, ni pardon ».

Ni oubli de Clément, dont le souvenir ne s’efface pas, ni pardon parce qu’il t’a laissé croire pendant quelques semaines qu’il était prêt à se laisser aimer.

Solal ne te pardonnerait pas d’être si indifférent à son égard. Il ne t’oubliera pas parce que tu es le premier. Tu n’as jamais aimé les bonnes personnes. Parfois, tu te demandes pourquoi tu restes alors que c’est Clément que tu aimes. Pour te prouver que tu es capable d’être aimé ? Pour ne pas retomber dans les travers de la pratique intensive de Grindr ? Ou parce que peut-être, sans que tu ne daignes le reconnaitre, tu l’aimes finalement au moins assez pour accepter son amour sans prendre peur.

En tout cas, Solal partage ta vie depuis le 15 août alors il faudrait vraiment que tu assumes que vous êtes « ensemble ».

Non classé | 11.04.2014 - 21 h 38 | 2 COMMENTAIRES
Acheter un appartement, c’est se mettre à poil.
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Rappel : tu peux cliquer sur les photos pour les agrandir.

Dans la vie d’un adulte, il y a des étapes à peu près incontournables. Tu les as toutes à peu près vécues, souvent un peu en avance (tu as toujours été précoce).

Première clope à 11 ans, première boum et premier baiser « avec la langue » à 12, Premier vrai amour à 13 (elle s’appelait Lucie et tu voulais lui faire un enfant pour vos 15 ans).
15 ans et quelques heures, première fois que tu fais l’amour. Avec Lucie.
15 ans et 3 mois, première fois que tu es tombé amoureux d’un mec. Il s’appelait François et il était dans « l’autre 1ère B ». Les deux classes de 1ère B se mélangeait en sport (un groupe de mecs, un groupe de filles) et en LV2 (pas bonheur, vous faisiez de l’espagnol tous les deux). Tu n’as plus séché le sport et tu es devenu une bête en espagnol pour l’impressionner. Il ne l’a jamais su.
16 ans, première fois que tu couches avec un mec. Il s’appelait Christophe et il était dégueulasse.
17 ans, première fiche de paye, première sortie en boite gay.
17 ans ½, premier baiser avec Guillaume, que tu as tant aimé.
19 ans, premier job à temps complet, premier appart sans ta mère, première voiture.
23 ans, premier rail de coke et premier plan cul au bureau (à l’époque, tu bossais à quelques encablures du Queen. Ensuite, tu as bossé à deux pas du Palace ta boite a déménagé dans le même bloc que le Bonne Nouvelle, mais tout ça n’est qu’une succession de hasards)

Tu as monté ta boite à 30 ans, tu as signé un PaCS à 35 ans, l’as rompu à 41… tu as tout goûté et n’as rien regretté. Tu as cependant un petit problème avec l’engagement à long terme. Ainsi, toi, « le pédé de classe A » (cette expression a été employée pour te définir par un blogueur qui fait une revue de blogs et tu en parles dans ton blog, ce qui est une illustration amusante de ce que peut être une mise en abyme), toi, le pédé de classe A (on en était là), tu te voyais plutôt bien locataire toute ta vie.

C’était sans compter l’intervention de ton ami d’enfance (qui est un peu ton Jiminy Cricket) qui t’a fait remarquer « qu’un mec de ton âge et de ton statut » ne pouvait pas continuer à louer un petit deux-pièces dans un quartier un peu crade. Sans doute en a-t-il marre de squatter ton lit lorsqu’il passe 2 ou 3 jours à Paris et que tu lui accordes bien volontiers l’hospitalité. (dormir ensemble et papoter toute la nuit vous rappelle votre adolescence).

Tu t’es donc mis en chasse d’un appartement. Tu bosses dans la comm’ alors tu sais faire un brief : tu as donc expliqué aux agents immobiliers que tu as rencontrés que tu cherchais un appart’ à moins de 10 minutes à pied du Rex (ça leur donne un repère plus précis que «  à moins de 10 minutes du Bonne Nouvelle »), lumineux, calme (tu dors la fenêtre ouverte), avec un grand salon et (dans l’idéal), deux petites chambres. (une pour toi et une pour Jiminy Cricket qui vit à Barcelone mais vient souvent à Paris), mais « bon… la deuxième chambre n’est pas complètement indispensable ». Le tout pour un maximum de 450 000 €.

tw-carte-prix-appartements-anciens-parisLà, les lecteurs qui vivent en région s’étranglent : « 450 000 € ? ». Ben oui, ami d’outre-boulevard circulaire, vivre à Paris coûte un bras, un rein et la quasi-certitude d’être endetté au-delà de la soixantaine. Que fait Sylvia Pinel, notre nouvelle ministre du logement ? (Réponse : « rien. Pinel est une quiche et sa nomination au gouvernement est une vaste blague » mais on s’égare)          

Forcément, avec un brief pareil, l’agent immobilier te demande « pourquoi la deuxième chambre n’est-elle pas indispensable ». (traduction : « es-tu vraiment prêt à lâcher 50 K€ de plus pour une chambre dont tu ne sembles pas avoir vraiment l’utilité ? »)

C’est juste que tu aimerais bien avoir cette petite pièce en plus pour en faire un bureau/une chambre d’ami(s)/une chambre d’appoint à louer sur air b&b/héberger de jeunes Danois et/ou te faire un peu de thune pour ne pas être obligé de te priver pour payer une mensualité à prix d’or.

Les bases essentielles étant posées, tu dois répondre à un interrogatoire nourri :
– non, tu n’as pas besoin de revendre un autre bien pour acheter celui que tu cherches,
– oui, tu es le seul décideur de cet achat (traduction : tu es célibataire, mais si le jeune et joli Sylvain de l’agence Connexion te fait une proposition indécente, tu veux bien envisager un petit quelque chose avec lui),
– non, tu n’envisages pas de casser des murs / dératiser : tu cherches un appart’ et pas un taudis : tu n’es pas très bricoleur (là, l’agent immobilier devrait peut-être comprendre et écrire « fiotte » dans le logiciel de recherche)
– non, tu n’as pas vraiment besoin d’une vraie cuisine : un bout de planche pour poser ton micro-ondes suffira (poke Picard).

Les agents immobiliers essaient de cerner ta personnalité, tes goûts. Ils te proposent alors de visiter des trucs. C’est ainsi que
– tu te rends compte qu’aux alentours immédiats de la rue Montorgueil (que tu targettais carrément), tu ne peux même pas acheter 40 m², même en rallongeant ton budget jusqu’aux limites du raisonnable,
– tu as un grand moment de solitude en entrant dans un appartement que tu reconnais (et visiblement, le propriétaire-vendeur te reconnaît aussi alors que la première fois que tu as « visité » son appartement, il t’attendait chez lui de dos et préalablement lubrifié). Tu envisages alors de passer ton annonce « recherche appartement » sur Grindr. C’est pratique la géolocalisation : tu peux ainsi informer les vendeurs potentiels à moins d’1,2 km de ton bureau et ça t’économiserait les frais d’agence,
– tu te rends compte que ta recherche est la recherche typique de ce que lâche un « jeune couple » : la plupart des appart’ que tu visites sont des espèces de petits lofts avec une chambre casée dans un coin et un lit-bébé : « on part parce qu’on cherche un peu plus grand » t ‘expliquent l’œil épuisé nombre de jeunes mamans.
– tu te demandes si tous les appart’ à vendre ont un défaut rédhibitoire : tu as vu des trucs dégueulasses et après 20 visites, les 3 appart’ qui ont à peu près retenu ton attention ont tous un truc qui te fait tiquer :
Le premier fait 2m15 sous plafond (tu mesures 1m72 et tu ne baises qu’avec des elfes mais quand même, tes mains touchent le plafond quand tu lèves le bras).
Le deuxième est au-dessus d’un kebab « mais je vous assure, on n’entend pas les clients » (tu repasses un mardi de novembre à 23h30 et 20 personnes font la queue sur le trottoir en papotant)
Le troisième est en duplex aux sixième et septième étages sans ascenseur. Bien entendu, toi, tu es athlétique et sain mais si à chaque fois que tu lèves un mec fumeur, il faut le passer au défibrillateur avant de lui mettre la misère, c’est tout de même gênant, non ?  

Un jour, tu trouves l’appartement de tes rêves. Il est à 7 minutes de ton bureau, donne sur cour (donc hyper calme), au deuxième étage d’un immeuble de 3 étages, il est baigné de lumière (à force de passer ton temps sur seloger.com, tu parles comme une annonce immobilière), est équipé d’une grande chambre avec dressing (tu n’as plus d’argent pour aller au Printemps de l’Homme mais c’est un détail), une petite chambre de 5 m² (il faudra que tes locataires Danois ne soient pas trop costauds), un grand salon avec une cuisine planquée derrière un bar.

Tu fais une offre, elle est acceptée. Une autre épreuve commence : tu dois trouver 300 000 € pour financer cette petite plaisanterie.

Tu n’as jamais vu la banquière qui est sensée « suivre ton compte ». De temps en temps, elle t’appelle pour « faire un point » et depuis des années, tu l’envoies balader. Tu n’as jamais d’incident, tu ne veux pas placer tes maigres économies, tu ne veux pas faire d’investissement.

Là, tu la sollicites : tu as « besoin de [la] voir pour contracter un emprunt ». Elle roucoule : elle est « raaaaavie de faire ta connaissance et de t’accompagner sur cette nouvelle étape de [ta] vie ».

Tu débarques un beau jour (à 8h45 de l’aube, c’est dire si tu es de bonne humeur) dans les bureaux feutrés de ta banque où tu n’as pas mis les pieds depuis au moins 10 ans. Tu demandes à ta chargée de clientèle (une morue à quelques mois de la retraite, choucroutée comme Patsy Stone et couverte de bijoux) de te prêter de la thune. Elle ne l’entend pas de cette oreille :  elle veut « cerner ton profil investisseur ».

Dingue comment tu es obligé de te mettre à poil dans ce genre de situation. Tu as juste envie de hurler « meuf, je veux pas investir : je veux juste 300 000 balles pour acheter un putain d’appart parce que Jiminy Cricket m’a mis la pression et que, c’est vrai, j’en ai un peu marre de claquer 15 000 € par an en loyer ».

Pourtant, tu réponds patiemment à ses questions :
– Oui, tu as 100 000 € d’économies dans une autre banque. Tu avoues, tu as pêché : tu as un compte dans une banque en ligne où on ne t’emmerde jamais et qui te rapporte presque 3% l’an.
– Oui, ton salaire est à la limite du ridicule, mais en mars/avril, tu touches des dividendes de ta boite et ça double ton salaire de misère référence
– Oui, tu empruntes seul. Là, elle glousse et croit être spirituelle en te demandant pourquoi « à [ton] âge, un beau garçon comme [toi], avec une belle situation, est encore célibataire ». Tu as envie de lui parler de Clément et de ton incapacité à aimer un autre homme mais tu te tais. Tu aurais dû parce que là, elle ajoute « c’est pas seulement 300 000 € que je dois vous trouver, mais aussi une femme… je suis sûre que dans ma clientèle, je pourrais trouver la perle. Oh la la, qu’est-ce que je raconte comme bêtises… ». Quand elle t’a demandé tes déclarations d’impôt des trois dernières années et qu’elle a vu qu’en 2010, tu étais lié par un PaCS à un certain Sylvain, elle a dû en ravaler ses rangs de perle, la bourgeoise).

Le comble est le moment où tu as dû remplir un questionnaire médical de l’assurance du prêt et certifier que tu étais non-fumeur, sans cholestérol et… séronégatif. Tu sais bien que tu es séronégatif, tu le vérifies régulièrement.

Mais voilà. Ça t’a choqué de devoir l’écrire et le signer.

Pour acheter un appart’ d’une taille décente dans un quartier pas trop pourri de la capitale, il faut (au moins) être de classe A. Il faut aussi se foutre presque à poil devant l’agent immobilier (poke Sylvain, tu as mon numéro de mobile, c’est quand tu veux), donner 500 pages de diverses paperasseries à un(e) banquier(e), ne pas fumer et être séronégatif. Et le prouver.

A de nombreux moments, tu t’es senti découragé. Mais après 6 mois de recherches, frustrations, tractations, démarches en tous genres et doutes, tu as fini par voir un jour un camion de déménagement se garer devant chez toi. Jiminy Cricket avait raison : tu mérites cet appartement. Et lui aussi. D’ailleurs, la chambre d’amis a été décorée et le futon installé. Jiminy pourra venir quand bon lui semble.

Photo de couverture (c) http://golem13.fr/

Amour | Perso | 03.03.2014 - 13 h 25 | 0 COMMENTAIRES
Le prince charmant n’habite pas au château indiqué
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Note : pour comprendre ce billet, il faut (re)lire le premier épisode de ton histoire avec Solal…  

Tu te souviens très bien ce que tu as répondu à la première question de celui qui allait devenir « ton psy » la première fois que tu t’es assis en face de lui. Il t’avait demandé « qu’est-ce qui vous amène ? ». Tu avais répondu : « 3 trucs : 1) ma mère est morte il y a 3 ans et je n’arrive pas à m’en remettre, 2) je n’aime pas mon père, 3) je viens de me rendre compte que le prince charmant n’existe pas ».

Le mec avait levé un sourcil et t’avait demandé « vous avez quel âge ?
– 37 ans
– normalement, les petites filles arrêtent de croire au prince charmant à genre 7 ou 8 ans…
– oui, voilà. Je suis une petite fille et j’ai genre 6 ans 1/2 ». 

Tu ne sais plus ce que le mec avait répondu à ça mais tu venais de signer sans t’en rendre compte un contrat de 20 ans. Depuis, chaque mardi à 15h30, tu craches 90 balles. Tu as pris les problèmes un par un. Pour digérer le décès de ta mère, 2 mois ont suffi (810 €). Pour assumer de ne pas aimer ton père, 6 mois. (un peu plus de 2000 €). Pour faire descendre Sylvain de son destrier, lui arracher sa cape et lui tondre sa mèche, genre 2 ans (et pas loin de 10 000 €).

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Les 3 problèmes pour lesquels tu avais commencé à consulter étaient réglés. Pourtant, tu as continué à saouler et enrichir ce mec qui sait poser les bonnes questions.

Pourtant, plus ou moins consciemment, tu as reproduit les mêmes erreurs avec tous les mecs que tu as rencontrés après Sylvain. En février 2012, tu avais eu un petit coup de cœur pour Gaétan, un minet de 25 ans aux yeux clairs, aux dents blanches et au corps gracile. Tu lui avais couru après, il t’avait mené par le bout du nez. Classique. Ce garçon te rendait malheureux.

Tu entends encore ton ami Aurélien te dire « laisse tomber cette tapette qui t’éblouit avec sa gueule parfaite. Vous ne vous apporterez jamais rien l’un à l’autre. Le mec idéal pour toi, il a déjà au moins 30 ans, il a déjà un peu roulé sa bosse avec les mecs et il a souffert, il n’a pas exactement le physique de rêve qu’a Gaétan (qui te donne juste des complexes), il est fragile et il aime les quadra pour ce qu’ils peuvent lui apporter : ta force et ta douceur et ton côté rassurant ».

Aurélien s’est brusquement tu, t’a regardé comme si il venait de découvrir par hasard la théorie de la relativité et a fébrilement dégainé son ordiphone en criant « merde, comment je n’y ai pas pensé avant ? »

« attends, il faut que je te montre mon pote Clément ». Facebook. Recherche de ses amis. Photos du profil de Clément. « Regarde ». Défilaient alors des photos d’un mec aux yeux noirs (dont l’un était un peu plus fermé que l’autre) et qui semblait avoir morflé toute sa vie : jamais un vrai sourire, toujours l’air apeuré. Une vraie gueule de chien battu. Le type de mec qui semblait avoir besoin de quelqu’un pour le consoler.

Tu étais troublé et tu avais demandé à Aurélien de te décrire la bête.

« Clément, 30 ans. On se connaît depuis nos 20 ans. 1m68/1m70 à tout casser, BCBG, IEP de Province. Il habite à Oberkampf, tombe toujours sur des quadra connards sans intérêt qui lui font morfler sa race. N’arrive pas à se résoudre à mettre un terme à une histoire moisie avec un type dégueulasse qui le manipule depuis 2 ans. Son type de mecs, c’est les quadra barbus un peu costauds genre DILF. Les mecs comme toi, quoi ».

Tu avais posé quelques questions supplémentaires, avais appris qu’il était imberbe et passif, et que ses névroses étaient dues (Aurélien n’était pas rentré dans les détails) à une histoire familiale assez dégueu : « je m’en veux de ne pas y avoir pensé avant. Vous êtes faits l’un pour l’autre ». Aurélien se voyait déjà témoin de ton mariage avec Clément.

La suite, on la connaît et c’est pas très joli. Diabolique, Aurélien a fait en sorte que Clément et toi vous croisiez « par hasard » (ça a duré 20 secondes mais c’était suffisant pour que tu sois certain qu’il te plaisait physiquement) et vous vous êtes retrouvés deux fois chez Aurélien pour une bouffe (Là, tu as appris que Clément avait enfin plaqué le gros connard qui lui en faisait baver) puis une boum où vous vous êtes enfin embrassés. C’est à ce moment que tu as décidé de te laisser pousser la barbe puisque Clément aimait les hommes barbus…

L’histoire n’a pas duré, tu as hurlé de douleur, perdu 14 kilos, voulu en finir et depuis près de deux ans, tu voudrais t’arracher le cœur et le jeter au feu pour ne plus souffrir. (parfois, tu es capable de résumer deux ans de ta vie en deux lignes alors que tu n’es pas d’habitude un garçon de peu de mots).

Tu as ensuite cloné Clément et tu as vécu des petits trucs avec ses (pâles) copies :

Avec Ben pour commencer : le même que Clément en un peu plus jeune, un peu plus grand et plus costaud. Tu le frappais pour le punir de ne pas être Clément.

Avec Jérôme ensuite. Même IEP que Clément (mais 3 promo avant), même gueule et même job moisi (un poste de gratte-papier inutile dans une administration qui pourrait disparaître) et un mec quadra qui le rend malheureux et dont il n’arrive pas à se débarrasser.

Avec Pascal après. Pascal est en quelque sorte la caricature (et le sosie presque parfait) de Clément mais en plus brillant. Clément a fait un petit IEP ? Pascal est énarque. Clément moisit dans un poste de catégorie B dans une administration inutile ? Pascal est hors catégorie et a une vraie mission d’envergure dans un ministère. Clément est un petit militant politique de base ? Pascal est tête de liste aux municipales de 2014. Pour le reste, Pascal est une copie conforme de Clément et pendant ta brève relation avec lui, tu ne voyais en Pascal que le reflet de celui que tu aimes.

Quand tu demandes de définir le mec idéal, tu es capable de faire un portrait-robot :
30/35 ans, BCBG et lisse, pas plus grand que toi ou à peine, un job qui fait marcher ses neurones, fragile voire écorché vif, sans trop d’attaches familiales, sain et sportif.

Quand au mois d’octobre, tu as rencontré Romain, tu t’étais dit qu’il ressemblait carrément à ce portrait-robot : 1m68, 31 ans, banquier, mince et sportif, visiblement fragile et désireux de nouer une vraie relation. Il était lisse mais avec ce petit grain de folie charmant qui t’intriguait. Le seul truc qui lui manquait pour être ta vraie cible, c’est que visiblement, il n’avait pas de névrose due à une histoire familiale moisie. Tu penses que si ça n’a pas marché avec Romain, c’est parce qu’il était trop fier (et toi aussi).

Ton ami Gilles a l’habitude de dire que pour que histoire entre deux hommes puisse démarrer, il faut se connaître un peu et que les deux soient détachés. Mais attention « il faut l’être vraiment et pas faire semblant d’être détaché parce que sinon, le mec en face le voit tout de suite et ça foire ».

Tu n’étais pas détaché de Ben, de Jérôme, de Pascal. Tu les attendais. En revanche, tu étais totalement détaché de Solal. Tu le considérais comme un toy-boy et tu le sautais depuis 3 mois. Tu n’envisageais rien de plus que ce qu’on appelle de façon délicieuse « un plan cul régulier ».

Physiquement, il entrait dans toutes les cases de la définition du mec parfait (pas plus grand que toi, mince, imberbe, avec une bouche pulpeuse et des grands yeux). Sexuellement, la fusion était totale. Socialement, cependant, tu n’étais pas prêt à assumer de « sortir » avec un punk cocaïnomane tatoué au look improbable de minet-rockeur-hipster, vendeur de fringues d’une marque vulgaire et à la limite SDF.

Et pourtant…

Sous la carapace du punk agressif se cachait une fragilité non-feinte qui te faisait craquer lorsque tu voyais Solal lové dans tes bras, quand son sourire éclatait quand il se réveillait près de toi le matin ou quand il était à la limite de te supplier de lui faire l’amour.

Tu étais tellement détaché que tu ne remarquais même pas que tu le voyais de plus en plus souvent et que vous ne passiez plus uniquement des nuits ensemble mais aussi des soirées. Solal a fini peu à peu à apporter à manger chez toi et préparer des petits plats que vous dégustiez ensemble (en vidant deux bouteilles de vin chaque soir). A partir de quand assumeras-tu qu’il s’est installé chez toi ? Reconnais qu’il ne dort plus dans sa coloc que les soirs où tu pars en déplacement pour le boulot.

Un jour, Solal t’a avoué les yeux mouillés que « ça [le] rend[ait] malade de le reconnaître, mais [qu’il était] un peu amoureux de toi ». Tu lui avais gentiment expliqué que tu n’étais pas le genre de garçon auquel il fallait s’attacher parce que tu n’étais plus capable de sentiment depuis qu’un mauvais garçon t’avait brisé le cœur. Solal ne s’est pas laissé décourager. Il est resté. Mieux, il s’est peu à peu impliqué dans ta vie sociale, a rencontré tes amis, t’a fait connaître les siens…

Ses amis t’adorent, se félicitent que « depuis qu’il t’a rencontré, Solal n’est plus le même ». Les tiens le considèrent comme charmant et voient bien qu’il est amoureux de toi. « il te fait du bien » t’a fait remarquer un jour ton amie Barbara. Elle a raison. Tellement raison que sans t’en rendre vraiment compte, tu as cessé de baiser avec d’autres mecs que Solal. Tu n’en as plus envie. Tu remarques aussi que ta relation avec lui a évolué. Bref, tu as fait fi de tes préjugés et as accepté les différences entre Solal et le prince charmant. Ca y est : tu as peut-être fini par accepter le fait que le prince charmant n’existait que dans l’imaginaire des petites filles.

Tu as 44 ans et 8 mois. Tu n’es plus une petite fille. Un mec dort dans tes bras et il est amoureux de toi. Et tu dois reconnaître que tu n’es pas complètement indifférent.

Amour | Associatif | Perso | 16.02.2014 - 20 h 10 | 3 COMMENTAIRES
L’angoisse semestrielle du résultat du test VIH
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Tu n’y penses jamais. Tu es un grand garçon et depuis 27 ans que tu couches avec des mecs, tu le sais : il faut mettre une capote. Voilà, c’est comme ça.  

Mais tous les six mois environ, c’est une espèce de rituel : tu demandes à ton généraliste (il est en face de ton bureau, tu as juste à passer un coup de fil et traverser la rue) ou à ton psy (tu le vois tous les mardis à 15h30) de te faire une petite ordonnance « test dépistage VIH ».

Après, tu fonces au labo d’analyses médicales (à 2 minutes à pied de ton bureau, c’est dire si tu pourrais vivre en autarcie dans le Xème arrondissement), tu présentes négligemment l’ordonnance et ta carte vitale en précisant avec une indifférence feinte  « c’est juste un contrôle de routine » et un Monsieur te plante une aiguille dans le bras pour te pomper un litre et demi de sang  de quoi remplir 3 ou 4 petites éprouvettes de 0 + .

Bon… Tu viens de relire le premier paragraphe et tu dois être honnête avec toi-même : tu ne mets pas une capote tout le temps. C’est dit. En fait, jusqu’à tes 40 ans, les seuls mecs avec qui tu n’avais pas mis de capote, c’était les deux avec qui tu avais vécu : Emmanuel (période 22-23 ans) et Sylvain (période 31-39 ans).

Tu ne te souviens pas vraiment comment c’était arrivé avec Emmanuel (à ta décharge, ça fait plus de 20 ans !). Avec Sylvain, vous étiez tombé amoureux l’un de l’autre assez vite, vous étiez tous deux certains de votre statut sérologique et vous aviez décidé un peu vite qu’une petite épaisseur de latex ne viendrait pas s’immiscer entre vos deux corps.

L’un comme l’autre, vous considériez ça comme une preuve d’amour : un message puissant vous prouvait que nulle « protection » ne pouvait exister entre vous et dans votre histoire. Tu as été fidèle à Sylvain pendant 7 ans. Le jour où tu l’as trompé, tu avais bien pensé à acheter (et enfiler) un préservatif. Quand Sylvain l’a su (que tu l’avais trompé), il avait acheté des préservatifs et t’avait imposé de les utiliser quand vous faisiez l’amour ensemble. Etait-ce pour se protéger de l’éventualité du vilain virus ou pour te punir de l’avoir trompé ? Sans doute pour les deux raisons.

En 2010, tu avais rencontré Igor. C’était un plan cul et vous utilisiez des préservatifs. Un jour, Igor t’avait fait une espèce de déclaration, t’avait « avoué » que depuis 6 semaines, il ne couchait avec personne d’autre (toi non plus) et t’avait demandé si tu voulais « devenir [s]on petit ami ». Vous étiez ensuite tous deux allés au labo et 3 jours après, dès vos résultats reçus, le latex disparaissait de vos vies. Tu as eu du mal à le définir mais ce jour-là, vous aviez arrêté de « baiser sous capote » pour « faire l’amour sans préservatif ». Tu sentais la relation plus accomplie. Mais elle n’a duré que quelques mois.

Au risque d’être très très politiquement incorrect, tu dois bien reconnaître que tu trouves que « sans, c’est meilleur ». D’ailleurs, l’an dernier, tu as fait beaucoup de rêves érotiques où les deux rôles principaux étaient tenus par Clément (l’amour de ta vie) et toi. Dans tes rêves, c’était systématique : tu ne mettais jamais de capote et à chaque fois, tu inondais Clément de ton amour.

Aimer quelqu’un, c’est tout partager avec lui, croire en lui, se sentir invulnérable, se dire qu’avec lui, c‘est différent, unique. Alors de quoi se protéger ?

En 2013, c’est mal (et même très mal), mais avec Benoît, en mars-avril, tu n’as mis de capote qu’une fois. Une heure ou deux après avoir rempli ta Durex, tu étais retourné à son assaut et lui comme toi saviez très bien que cette fois-ci, tu n’en avais pas mis. C’est seulement après coup que vous vous étiez juré être tous deux certains de vos statuts sérologiques respectifs.

Cet été, avec Solal, tu as enfilé une capote la première fois que tu l’as… (comment éviter une répétition ?) et puis plus jamais : vous veniez de vous faire tester et vous saviez que vous n’aviez pas besoin de protection contre un risque qui n’existait pas.

Donc, si on analyse les statistiques du nombre de mecs que tu as baisés sans capotes ces dernières années, on a :
– de 2000 à 2009 : 1
– 2010 : 1
– 2011 : 0
– 2012 : 0
– 2013 : 2.
Les statistiques sont formelles : tu baises de plus en plus sans capote. C’est mal.

Comme le nombre de tes conquêtes se compte en 4 chiffres, il est certain que tu as déjà eu des rapports sexuels avec nombre de garçons séropositifs. Quelques-uns t’en ont d’ailleurs informé avant ou après que vous ne couchiez ensemble. Peu importe en fait : tu as toujours su comment prévenir tout risque de contamination.

Tu considères donc que tu ne prends pas de risque (puisque tu utilises des préservatifs avec presque tous tes amants) ou plutôt un « risque calculé » (hypocritement, tu dis que « le risque zéro n’existe pas » mais tu pourrais être plus vigilent).

Du coup, tu ne penses jamais à un éventuel risque de contamination. Tu n’es qu’insouciance et liberté. Mais à chaque fois que tu entres dans le labo d’analyses médicales, tu as un petit tremblement.

Ensuite, jusqu’au lendemain, 18 heures, tu flippes ta race : « et si tu avais chopé le virus ? »

En fait, non. Mais il y a deux ans, tu as vraiment flippé : une troisième ligne est apparue :
Après « Test VIH 1 » (négatif) et « Test VIH 2 » (tout aussi négatif), il y avait une nouvelle ligne un peu moisie « antigène p24 » et le papier précisait que si le résultat était inférieur à 0,8, tu étais négatif. Or, ton résultat annonçait 0,28 soit 1/3 seulement du seuil d’alerte.

Tu as commencé à t’inquiéter. Et si tu étais porteur du VIH ? Mais comment aurais-tu pu choper ça ? C’est vrai que tu couches beaucoup… peut-être que tu aurais blessé les amygdales d’un mec qui t’aurait fait une gorge profonde, qu’il aurait saigné, que du sang serait rentré dans ton corps par l’urètre. Il faut que tu en aies le cœur net. Tu vas aller regarder sur internet ce qu’était ce nouveau truc qui apparaissait pour la première fois sur les résultats de tes analyses.

Premier réflexe : aller rechercher sur wikipedia-qui-sait-tout. Réponse : « Principe : dans le cas d’une recherche d’antigène, on utilise un anticorps primaire qui le reconnaît, puis on utilise un anticorps secondaire, qui reconnaît l’anticorps primaire. L’anticorps secondaire étant couplé à une enzyme qui va réagir avec son substrat, cela produit une coloration mesurée par la densité optique. À noter : comme plusieurs anticorps secondaires se fixent en même temps sur l’anticorps primaire on a une amplification du signal. »

Et bien nous voilà bien avancés… ce que tu voudrais savoir c’est juste pourquoi tu n’as pas « zéro » à ce truc. A la question « suis-je porteur du virus ? », tu sais bien que les seules réponses possibles sont « oui » ou « non ».

Tu continues tes recherches et tu tombes sur un article qui parle des étapes de la séroconversion. Ça dit ça : « A partir de la deuxième semaine (J14-J15), la protéine du VIH p24 ou antigène p24 devient détectable par l’antigénémie p24 ou les tests ELISA combinés. A partir de la troisième semaine en moyenne (de deux à cinq), les anticorps anti-VIH deviennent à leur tour détectables ». C’est quand même plus clair que sur wikipedia (merci les sites de vulgarisation médicale) et ça veut donc dire que tu n’es pas encore séropositif mais que tu vas le devenir…

Angoisse.

Et puis ça : « Il est facile de mettre en évidence les anticorps spécifiques des protéines du VIH qui persistent plusieurs années dans le sang. Ils prouvent l’infestation par le virus sans dire s’il s’agit d’une infection récente ou ancienne. Lorsqu’il y a ces anticorps, le sujet est séropositif. S’il n’y a pas d’anticorps, il est séronégatif. ». Tu relis les lignes une fois, puis deux, puis 10 : « Lorsqu’il y a ces anticorps, le sujet est séropositif. S’il n’y a pas d’anticorps, il est séronégatif. ».

Bon. Tu as des anticorps. Tu en as même 0,28. Donc sous le seuil d’alerte. Mais tu as des anticorps. Tu es donc en séroconversion. Bien fait pour toi.

Mais pourquoi ce seuil de 0,80 ? Tu poursuis tes recherches… et tu tombes là-dessus :  Un type qui a posté 822 messages écrit que « tu parles d’antigène p24 détectable. Cela implique que ta prise de risque est récente, puisque celui-ci apparaît deux à trois semaines après la contamination et disparaît après. L’antigène p24 donne une bonne indication. Qu’il soit positif, ce n’est pas très bon signe, en effet. Te dire le contraire serait mensonger ».

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Tu ne dors plus.

En 6 mois, tu as fait 3 tests. Tu n’arrivais à parler de tes doutes à personne. Tes p24 sont passés de 0,28 à 0,15 puis à 0,08. Tu n’allais quand même pas subir de séroconversion en un an… A chaque fois, tu tremblais en allant au labo et encore plus en y retournant le lendemain chercher tes résultats.

La dernière fois, tu as fini par demander au médecin biologiste une explication du résultat. Le mec a soupiré et t’a répondu « vous avez toujours été largement sous le seuil de 0,80 donc pas d’inquiétude ». Tu voulais comprendre. Il a évoqué un contrôle qualité, des principes de précaution moisis et a reconnu que ce type de résultat ne devrait pas être communiqué au grand public (comme si toi, tu étais du « grand public »).  Tu as réclamé encore des explications. Il t’a embrouillé avec une histoire de protéines voisines qui se reflétaient dans un truc chelou.

Bref, tu n’as rien compris. Tu es séronégatif, tu as 44 ans et tu es en pleine santé et maintenant, tu arrêtes de te prendre la tête. Prends juste une heure ou deux pour rassurer les internautes qui, comme toi, cherchent à comprendre ce qu’il leur arrive et tombent sur des articles moisis.

Et la prochaine fois, mets des capotes. Ça t’évitera de te poser des questions.

Non classé | 26.01.2014 - 10 h 40 | 2 COMMENTAIRES
Tu n’as pas toujours été célibataire
0914

Comme dans tous les articles de ce blog, les prénoms ont été modifiés.

Tu dois reconnaître que tu n’as pas toujours été un handicapé de l’amour. Tu as même été plutôt heureux en couple pendant quelques années. Tu as fait ce constat l’autre jour en parlant à ton ami Xavier. Il se lamentait que l’un de ses ex (avec qui il n’avait vécu qu’une liaison de quelques semaines) venait de lui offrir un livre avec une dédicace adorable qu’il avait dévorés et adorés (le livre, comme le mec et la dédicace), alors que celui avec qui il vit depuis 3 ou 4 ans n’a jamais été capable de lui dire « je t’aime » sans avoir l’air de penser à autre chose. Il est vrai que Xavier vit avec un connard homme pudique et compliqué qui ne sait pas exprimer ses sentiments. Mais là n’est pas le propos (on pourra évoquer le sujet un autre jour…)

Tu avais regardé Xavier, tourné sept fois ta langue dans ta bouche (parce que tu as souvent des déclarations désastreuses) mais ne t’étais pas retenu. Tu lui as juste répondu que « [v]otre problème (à Xavier et toi), c’était que [v]ous n’éti[ez] pas capables d’aimer les bonnes personnes ».

Xavier est encore plus bitch que toi et t’a répondu « c’est sans doute vrai, mais moi, au moins, j’essaie de me soigner ». Tu as baissé les yeux et n’a pas répondu car tu savais que tu n’étais pas capable de te défendre : Xavier a raison : il te connaît bien et aurait cité (en vrac) combien tu avais espéré conquérir Gaëtan qui ne t’a jamais regardé autrement que comme un pote (même si sa tendresse pour toi a quelques fois dégénéré en quelque chose de charnel), à quel point tu avais désespérément attendu Clément ou tenté d’attraper dans ta toile ce bâtard de Benoît (qui t’a juste considéré comme un gode ambulant)

Il avait ensuite filé la métaphore du saut à la perche et t’avait expliqué : « tu vois, t’es un mec bien, t’es capable de sauter des barres à 2 mètres, 2m50. Pourtant tu ne t’attaques qu’à des barres de moins d’un mètre (ça s’appelle la solution de facilité) ou des barres à 6 mètres, un peu comme Jean Galfione, alors que tu n’en as pas la capacité ».

Pour l’évocation de Jean Galfione, respect. Il avait touché ta corde sensible. Enfin, l’une de tes nombreuses cordes sensibles…

Tu t’es alors dit que Xavier n’avait pas tort. Pourtant, il y a 13 ans, en 2001 (OK, c’était presque au siècle dernier), tu t’es lancé dans une histoire qui n’a pas été un échec total.

La première fois que tu as croisé Sylvain, tu t’es dit « la bombasse, là, il fait des sourires à quelqu’un qui est planqué derrière moi ? ». Eh bien non. Tu t’es retourné et il n’y avait qu’un mur. C’était bien toi que Sylvain tentait de charmer.

Tu sortais de deux histoires insipides avec deux éphèbes de 18 et 21 ans façonnés dans le même moule à minets efflanqués. Deux petits blonds identiques que tu dominais et que tu méprisais. Sylvain était plus grand que toi, plutôt baraqué et n’avait que 4 ans de moins que toi. Autant dire que pour une fois, tu avais rencontré un homme, un vrai.

Tu l’avais attrapé dans tes filets, l’avais embarqué chez toi et vous aviez passé la nuit ensemble.

Sylvain avait réussi à te cacher qu’il était tombé amoureux de toi au premier coup d’œil mais tu avais rapidement vu clair dans son jeu. Il était beau mec, n’avait pas l’air trop taré, semblait quand même fragile… tu n’avais en fait rien à lui reprocher.

Vous aviez passé 4 ou 5 soirées et autant de nuits ensemble, vous vous étiez quittés à chaque fois par un « salut, à bientôt » et puis un soir, vers minuit, alors que tu rentrais tard du bureau, tu l’as aperçu sur le quai de métro d’en face. Il avait fait demi-tour et t’avait retrouvé à la sortie.

Tu avais été d’une amabilité délicieuse :
«  Qu’est-ce que tu fous là ?
– j’ai dîné chez des amis près de chez toi et j’ai tenté de t’appeler mais tu étais sur répondeur
(à l’époque, le portable ne passait pas dans le métro)
– ben ouai, j’étais dans le métro. Qu’est-ce que tu me voulais ?
– j’allais te proposer qu’on passe la nuit ensemble
– ben si tu veux
– ça n’a pas l’air de t’enchanter
– excuse-moi ; j’efface ce que je viens de te dire. Ça me ferait plaisir qu’on passe la nuit ensemble »

Alors Sylvain avait souri et vous étiez monté chez toi. Cette nuit-là n’a pas été vraiment comme les autres et vous aviez fait l’amour avec davantage de passion que de coutume. Le lendemain matin (c’était un jour férié), pendant que tu préparais une salade de fruits, Sylvain surveillait la cuisson des œufs à la coque en te préparant des mouillettes. Ce petit geste anodin t’avait ému et soudainement, tu t’étais dit que tu voulais qu’il fasse tes mouillettes bien d’autres fois.

Ça s’était enchaîné doucement mais surement. Six mois après, Sylvain partait à Montpellier pour son stage de fin d’études et c’est toi qui avais conduit le camion de déménagement. A son retour, il avait emménagé squatté chez toi quelques mois (tu ne lui avais pas laissé beaucoup de place) puis fini par trouver un appart’.

Guillaume (ton meilleur ami) et lui ne s’entendaient guère mais un jour, Sylvain l’avait coincé contre un mur et lui avait dit en substance « on ne s’aime pas mais on aime tous les deux Frédéric. Alors il va falloir qu’on fasse tous les deux des efforts ». Guillaume avait accepté le deal et ils avaient alors entretenu des relations de bon voisinage.

Sylvain et toi étiez tous les deux très différents mais vous vous êtes rapprochés. Tu as abandonné FG et Sylvain a renoncé à France Cul ; vous vous réveilliez désormais avec France Inter. Sylvain baillait dès 22 heures alors que tu ne te pensais pas capable de te coucher avant 2h du mat. Vous vous couchiez désormais vers minuit.

Et puis après six mois à vous découvrir, six mois d’allers retours entre Paris et Montpellier, six mois de squat, puis d’infinis allers retours entre le 20ème et le 18ème arrondissements pendant un an ou deux de plus, vous avez fini par signer un  bail à vos deux noms et emménager « ensemble ». Tu étais partagé entre l’enthousiasme et le flip total.

Deux ans après, quand Sylvain avait appris que son administration ne lui offrirait pas de poste à Paris et qu’il ne pouvait postuler que dans un petit nombre d’universités de Province, vous aviez analysé la liste ensemble : s’il avait été nommé à Rouen, Arras, Caen ou Orléans, il aurait pris un abonnement SNCF. Si ça avait été Mulhouse, tu serais mort. Tu lui avais promis que s’il était nommé à Bordeaux, Avignon, Marseille ou Toulon, tu étais d’accord pour « le suivre » et devenir provincial. C’est d’ailleurs ce qu’il s’est passé :

Pendant 4 ans, tu as passé 7 heures par semaine dans le TGV, a couru après le temps, t’es coupé en deux entre ton bureau (3 ou 4 jours par semaine) et ton amoureux (3 ou 4 jours par semaine aussi). Chacun des deux te trouvait trop absent, chacun te réclamait davantage mais tu as plutôt bien réussi à ménager la chèvre et le chou. Et puis, l’histoire s’est essoufflée puis terminée.

Mais pendant 8 ans, aux côtés de Sylvain, tu as grandi : tu as appris à vivre une relation adulte (c’était ta première véritable expérience de couple), tu as été plus que bienveillant, tu as été présent à ses côtés à chaque moment comme lui a été un soutien pour toi.

Pourtant, Sylvain n’était pas « ton genre ». Beau mec mais trop grand/costaud/vieux pour être l’objet de fantasmes. Complètement opposé à toi en terme d’opinions politiques (autant qu’on puisse être « opposé » à un centriste) mais tu as fini par basculer un peu à gauche (sans doute parce qu’il t’a ouvert les yeux). Incapables de comprendre les priorités professionnelles de l’autre (un fonctionnaire de la culture et de l’éducation et un entrepreneur en marketing peuvent-ils vraiment se mettre à la place l’un de l’autre ?).

Entre vous, rien n’a jamais été complètement flamboyant. Tu ne t’es jamais senti capable de déplacer les montagnes grâce à lui ou pour lui. Vous étiez souvent en conflit mais quoi ? Vous vous aimiez. Simplement. Vous avez signé un PaCS, adopté un chat faute d’enfant. Tu faisais partie de sa famille, tu as renoncé à la tienne parce qu’à un moment, ça a dû être elle ou lui. Et ça a été lui : tu n’envisageais pas de vieillir sans Sylvain.

Tu aurais considéré comme une réussite de le rendre heureux. Mais Sylvain est un vrai dépressif et même si tu as contribué à éclaircir son quotidien, le gris restait sa couleur dominante. Vous avez mis toute l’année 2008 à vous déchirer et vous séparer. En janvier 2009, le glas a sonné sur votre histoire.

Tu as l’habitude de dire que votre vie commune a été un échec (puisque votre histoire s’est terminée) et qu’il a réussi à te rendre malheureux alors que tu n’as jamais réussi à le rendre heureux. Vous avec peut-être raté votre vie commune mais vous avez réussi votre séparation :

Cinq ans après le terme de votre histoire, Sylvain t’est important comme tu lui es précieux. Chacun a les clefs de l’appartement de l’autre, vous vous partagez la garde alternée de votre chat, et même si tu as racheté les parts de Sylvain dans la maison que vous aviez achetée ensemble au bord de la mer et que tu l’as complètement transformée pour la rendre vraiment tienne, tu n’as pas changé la clause bénéficiaire de ton assurance-vie : si tu meurs demain, c’est à Sylvain que reviendra ta maison.

Si tu meurs demain, Sylvain sera aussi ton « dernier petit ami », le seul à être cité aux côtés de tes parents sur ta fiche individuelle d’état civil. Quand Sylvain t’a entendu dire un jour que tu voulais « être le numéro-un pour quelqu’un », il t’a serré très fort dans ses bras. Tu crois que même si depuis qu’il t’a quitté, il a été très amoureux de Sébastien, Raphaël, Thomas, Vincent et Felipe, c’est encore toi qui occupe la place de numéro-un dans son cœur. Ou au moins dans sa mémoire.

Cinq ans après votre séparation, Sylvain est encore ta famille. Tu sais que si demain, tu tombes dans le coma, il viendra chaque jour à ton chevet pour te lire Libé comme il te le lisait à haute voix sur les plages de Grèce ou de Provence où vous contempliez ensemble cette Méditerranée que vous aimez tant.

Sylvain et toi n’étiez pas faits l’un pour l’autre mais vous n’avez jamais renié les années où vous vous aimiez.    

 

Photo : la côte bleue, où vous aimiez vous balader, (c) Sylvain

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