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Les errements d'un quadra' célib'
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Perso | 22.07.2013 - 00 h 23 | 2 COMMENTAIRES
Tu as 44 ans, mais comme tu en fais 38, tu en avoues 41 (tout est normal…)
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Un dimanche soir normal. Il marquait la fin d’un week-end parfait. D’abord parce qu’il a commencé dès le jeudi soir. L’été, ta petite entreprise tourne au ralenti et tu n’hésites pas à prendre une journée de temps en temps des week-ends de quatre jours. Comme ça, la transition jusqu’à tes vacances (le 9 août) se fait en douceur.

Tu as passé ton week-end dans ta « résidence secondaire » : une petite maison toute simple mais que tu as aménagée avec le goût si sûr des garçons sensibles. Les volets sont bleus, les fleurs blanches, la vaisselle simple et la vigne vierge dégouline le long de la façade avec la même grâce qu’un vêtement souple qui souligne un bras mince.

Ce week-end, le soleil était de plomb, la mer tiède et le rosé frais. Tu as offert ton corps aux rayons du soleil, nagé des heures, lu un livre entier dans ton hamac, vu plein de copains, bu quelques vodka-pomme de trop, mais ton week-end était parfait.

Quoi que…

Il t’a manqué quelque chose. Quelque chose qui te chatouille là, au bas du ventre. Occupé à jouir de la douceur des moments présents, tu n’y as pas pensé ces quatre derniers jours mais là, dans la dernière heure du TGV qui te ramène à Paris, tu ne peux plus penser à autre chose.

Tu n’as pas niqué depuis mercredi (autant dire un siècle) et tu sais que tu seras odieux au bureau demain matin si tu ne trouves pas de chair ce soir. Solution : Grindr. Par chance, dans le TGV, la 3G fonctionne. Tu as une petite armée de réservistes et tu les as mis en « favoris » dans ta liste de contacts.

Fail : Michaël était connecté il y a une heure à 500 kilomètres (ses vacances en Roussillon n’en finissent pas), Pablo ton voisin espagnol préféré t’a prévenu : il est parti 2 mois chez ses parents, tu n’as pas envie de relancer Ben qui t’a fait comprendre avec un sens de la nuance assez limité que tu étais un poil trop collant, ni Fred (tellement fou de son corps qu’il regarde le tien avec dédain).

Trouver un inédit devient donc ta préoccupation immédiate. Ne pas brancher Grindr chez toi : tu connais déjà tout le quartier (il va falloir que tu envisages de déménager). Stratège, aux deux-tiers du trajet de métro entre la gare de Lyon et ton appart’, tu ouvres l’appli magique : ton profil va apparaître sur les écrans de garçons qui habitent à dix minutes de vélib de chez toi. Tu n’auras qu’à récolter les « saluts » en rentrant et finir ton casting. Il n’y a qu’un rôle mais les qualités de l’acteur sont assez mainstream. Tu sais que tu vas trouver : le dimanche soir, c’est presque trop facile : tout Paris est comme toi : avide de sexe furtif pour clore le week-end.

En dix messages courts, tu convaincs un Julien de te rejoindre. Ou un Bastien, tu ne sais plus : un nom court en « ien » en tout cas. On sonne, tu ouvres. Sourires. Le mec n’a pas hésité une seconde et entre chez toi. Ça veut dire que « ça colle » : tu vas donc faire le job et reproduire les gestes que tu fais à chaque fois. Tu connais ton rôle par cœur.

Tu t’es approché du garçon (qui s’appelle Romain, ça t’est revenu), tu l’as fixé avec la dureté de ton regard bleu acier, celui qui lui rappelle que tu n’es « que actif ». Les figures s’enchaînent. Tu sais appuyer là où ils aiment tous. Romain gémit. Il en fait sans doute un peu trop mais ça t’excite. Tu forces un peu plus. De toute façon, il a une demi-tête et 17 ans de moins que toi, il est épais comme un chat mal nourri et il t’a dit qu’il n’avait rien contre la « domination légère ». La bataille est inégale. Au moment de remplir ta capote, tu lui plantes tes dents dans l’épaule et tort ses tétons un peu plus fort. Tu as marqué ton territoire. Le garçon a marqué le sien : il faut impérativement que tu lessives rapidement les murs de l’entrée.

Il a le souffle court, le regard torve et le visage un peu rouge mais il te remercie de la force du coït. Il a kiffé, selon ses propres termes. Il te complimente sur l’épaisseur de ta barbe, ta gueule burinée par le soleil et ton regard bleu. En penchant la tête vers ton salon, il te dit que « t’as l’air d’avoir un chouette appart’. Dingue qu’un type comme toi n’ait pas de mec ».

Tu te retiens de lui en mettre une pour lui apprendre à ne pas parler des choses qui fâchent mais là, il te prend de court : « tu as quel âge, déjà ? »

Tu as 44 ans mais tu (lui) en avoues à peine 41. Et là, du haut de son insolente jeunesse, il te balance d’un air entendu « Je t’en aurais donné 38 à tout casser ». Il remonte le bermuda qui était resté aux chevilles, ajuste son débardeur, te balance un dernier sourire et claque la porte en s’exclamant « t’as assuré. Merci, mec »

M’appelle pas « mec » : mon prénom, c’est Fred, p’tit con.

 

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Un mec bien dans ses pompes, souriant, heureux, riche et en pleine santé, qui assume sa quarantaine alors qu'il ne parait avoir que 38 ans 1/2 mais affublé d'une tare immense : il est célibataire.
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LES réactions (2)
Tu as 44 ans, mais comme tu en fais 38, tu en avoues 41 (tout est normal…)
  • Par Lolo 23 Juil 2013 - 11 H 08

    Que c’est drôle ! Et tellement vrai ! Un bon moment de lecture !

     
  • Par Milkyway 22 Juil 2013 - 23 H 45
    Photo du profil de Milkyway

    Héhé j’adore ! Si on a opté pour Grindr et l’aventure d’un soir, ça ne change rien à la situation vécue, pour les 40 ans et les plus jeunes ! 🙂

     
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