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Les errements d'un quadra' célib'
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Non classé | 26.01.2014 - 10 h 40 | 2 COMMENTAIRES
Tu n’as pas toujours été célibataire

Comme dans tous les articles de ce blog, les prénoms ont été modifiés.

Tu dois reconnaître que tu n’as pas toujours été un handicapé de l’amour. Tu as même été plutôt heureux en couple pendant quelques années. Tu as fait ce constat l’autre jour en parlant à ton ami Xavier. Il se lamentait que l’un de ses ex (avec qui il n’avait vécu qu’une liaison de quelques semaines) venait de lui offrir un livre avec une dédicace adorable qu’il avait dévorés et adorés (le livre, comme le mec et la dédicace), alors que celui avec qui il vit depuis 3 ou 4 ans n’a jamais été capable de lui dire « je t’aime » sans avoir l’air de penser à autre chose. Il est vrai que Xavier vit avec un connard homme pudique et compliqué qui ne sait pas exprimer ses sentiments. Mais là n’est pas le propos (on pourra évoquer le sujet un autre jour…)

Tu avais regardé Xavier, tourné sept fois ta langue dans ta bouche (parce que tu as souvent des déclarations désastreuses) mais ne t’étais pas retenu. Tu lui as juste répondu que « [v]otre problème (à Xavier et toi), c’était que [v]ous n’éti[ez] pas capables d’aimer les bonnes personnes ».

Xavier est encore plus bitch que toi et t’a répondu « c’est sans doute vrai, mais moi, au moins, j’essaie de me soigner ». Tu as baissé les yeux et n’a pas répondu car tu savais que tu n’étais pas capable de te défendre : Xavier a raison : il te connaît bien et aurait cité (en vrac) combien tu avais espéré conquérir Gaëtan qui ne t’a jamais regardé autrement que comme un pote (même si sa tendresse pour toi a quelques fois dégénéré en quelque chose de charnel), à quel point tu avais désespérément attendu Clément ou tenté d’attraper dans ta toile ce bâtard de Benoît (qui t’a juste considéré comme un gode ambulant)

Il avait ensuite filé la métaphore du saut à la perche et t’avait expliqué : « tu vois, t’es un mec bien, t’es capable de sauter des barres à 2 mètres, 2m50. Pourtant tu ne t’attaques qu’à des barres de moins d’un mètre (ça s’appelle la solution de facilité) ou des barres à 6 mètres, un peu comme Jean Galfione, alors que tu n’en as pas la capacité ».

Pour l’évocation de Jean Galfione, respect. Il avait touché ta corde sensible. Enfin, l’une de tes nombreuses cordes sensibles…

Tu t’es alors dit que Xavier n’avait pas tort. Pourtant, il y a 13 ans, en 2001 (OK, c’était presque au siècle dernier), tu t’es lancé dans une histoire qui n’a pas été un échec total.

La première fois que tu as croisé Sylvain, tu t’es dit « la bombasse, là, il fait des sourires à quelqu’un qui est planqué derrière moi ? ». Eh bien non. Tu t’es retourné et il n’y avait qu’un mur. C’était bien toi que Sylvain tentait de charmer.

Tu sortais de deux histoires insipides avec deux éphèbes de 18 et 21 ans façonnés dans le même moule à minets efflanqués. Deux petits blonds identiques que tu dominais et que tu méprisais. Sylvain était plus grand que toi, plutôt baraqué et n’avait que 4 ans de moins que toi. Autant dire que pour une fois, tu avais rencontré un homme, un vrai.

Tu l’avais attrapé dans tes filets, l’avais embarqué chez toi et vous aviez passé la nuit ensemble.

Sylvain avait réussi à te cacher qu’il était tombé amoureux de toi au premier coup d’œil mais tu avais rapidement vu clair dans son jeu. Il était beau mec, n’avait pas l’air trop taré, semblait quand même fragile… tu n’avais en fait rien à lui reprocher.

Vous aviez passé 4 ou 5 soirées et autant de nuits ensemble, vous vous étiez quittés à chaque fois par un « salut, à bientôt » et puis un soir, vers minuit, alors que tu rentrais tard du bureau, tu l’as aperçu sur le quai de métro d’en face. Il avait fait demi-tour et t’avait retrouvé à la sortie.

Tu avais été d’une amabilité délicieuse :
«  Qu’est-ce que tu fous là ?
– j’ai dîné chez des amis près de chez toi et j’ai tenté de t’appeler mais tu étais sur répondeur
(à l’époque, le portable ne passait pas dans le métro)
– ben ouai, j’étais dans le métro. Qu’est-ce que tu me voulais ?
– j’allais te proposer qu’on passe la nuit ensemble
– ben si tu veux
– ça n’a pas l’air de t’enchanter
– excuse-moi ; j’efface ce que je viens de te dire. Ça me ferait plaisir qu’on passe la nuit ensemble »

Alors Sylvain avait souri et vous étiez monté chez toi. Cette nuit-là n’a pas été vraiment comme les autres et vous aviez fait l’amour avec davantage de passion que de coutume. Le lendemain matin (c’était un jour férié), pendant que tu préparais une salade de fruits, Sylvain surveillait la cuisson des œufs à la coque en te préparant des mouillettes. Ce petit geste anodin t’avait ému et soudainement, tu t’étais dit que tu voulais qu’il fasse tes mouillettes bien d’autres fois.

Ça s’était enchaîné doucement mais surement. Six mois après, Sylvain partait à Montpellier pour son stage de fin d’études et c’est toi qui avais conduit le camion de déménagement. A son retour, il avait emménagé squatté chez toi quelques mois (tu ne lui avais pas laissé beaucoup de place) puis fini par trouver un appart’.

Guillaume (ton meilleur ami) et lui ne s’entendaient guère mais un jour, Sylvain l’avait coincé contre un mur et lui avait dit en substance « on ne s’aime pas mais on aime tous les deux Frédéric. Alors il va falloir qu’on fasse tous les deux des efforts ». Guillaume avait accepté le deal et ils avaient alors entretenu des relations de bon voisinage.

Sylvain et toi étiez tous les deux très différents mais vous vous êtes rapprochés. Tu as abandonné FG et Sylvain a renoncé à France Cul ; vous vous réveilliez désormais avec France Inter. Sylvain baillait dès 22 heures alors que tu ne te pensais pas capable de te coucher avant 2h du mat. Vous vous couchiez désormais vers minuit.

Et puis après six mois à vous découvrir, six mois d’allers retours entre Paris et Montpellier, six mois de squat, puis d’infinis allers retours entre le 20ème et le 18ème arrondissements pendant un an ou deux de plus, vous avez fini par signer un  bail à vos deux noms et emménager « ensemble ». Tu étais partagé entre l’enthousiasme et le flip total.

Deux ans après, quand Sylvain avait appris que son administration ne lui offrirait pas de poste à Paris et qu’il ne pouvait postuler que dans un petit nombre d’universités de Province, vous aviez analysé la liste ensemble : s’il avait été nommé à Rouen, Arras, Caen ou Orléans, il aurait pris un abonnement SNCF. Si ça avait été Mulhouse, tu serais mort. Tu lui avais promis que s’il était nommé à Bordeaux, Avignon, Marseille ou Toulon, tu étais d’accord pour « le suivre » et devenir provincial. C’est d’ailleurs ce qu’il s’est passé :

Pendant 4 ans, tu as passé 7 heures par semaine dans le TGV, a couru après le temps, t’es coupé en deux entre ton bureau (3 ou 4 jours par semaine) et ton amoureux (3 ou 4 jours par semaine aussi). Chacun des deux te trouvait trop absent, chacun te réclamait davantage mais tu as plutôt bien réussi à ménager la chèvre et le chou. Et puis, l’histoire s’est essoufflée puis terminée.

Mais pendant 8 ans, aux côtés de Sylvain, tu as grandi : tu as appris à vivre une relation adulte (c’était ta première véritable expérience de couple), tu as été plus que bienveillant, tu as été présent à ses côtés à chaque moment comme lui a été un soutien pour toi.

Pourtant, Sylvain n’était pas « ton genre ». Beau mec mais trop grand/costaud/vieux pour être l’objet de fantasmes. Complètement opposé à toi en terme d’opinions politiques (autant qu’on puisse être « opposé » à un centriste) mais tu as fini par basculer un peu à gauche (sans doute parce qu’il t’a ouvert les yeux). Incapables de comprendre les priorités professionnelles de l’autre (un fonctionnaire de la culture et de l’éducation et un entrepreneur en marketing peuvent-ils vraiment se mettre à la place l’un de l’autre ?).

Entre vous, rien n’a jamais été complètement flamboyant. Tu ne t’es jamais senti capable de déplacer les montagnes grâce à lui ou pour lui. Vous étiez souvent en conflit mais quoi ? Vous vous aimiez. Simplement. Vous avez signé un PaCS, adopté un chat faute d’enfant. Tu faisais partie de sa famille, tu as renoncé à la tienne parce qu’à un moment, ça a dû être elle ou lui. Et ça a été lui : tu n’envisageais pas de vieillir sans Sylvain.

Tu aurais considéré comme une réussite de le rendre heureux. Mais Sylvain est un vrai dépressif et même si tu as contribué à éclaircir son quotidien, le gris restait sa couleur dominante. Vous avez mis toute l’année 2008 à vous déchirer et vous séparer. En janvier 2009, le glas a sonné sur votre histoire.

Tu as l’habitude de dire que votre vie commune a été un échec (puisque votre histoire s’est terminée) et qu’il a réussi à te rendre malheureux alors que tu n’as jamais réussi à le rendre heureux. Vous avec peut-être raté votre vie commune mais vous avez réussi votre séparation :

Cinq ans après le terme de votre histoire, Sylvain t’est important comme tu lui es précieux. Chacun a les clefs de l’appartement de l’autre, vous vous partagez la garde alternée de votre chat, et même si tu as racheté les parts de Sylvain dans la maison que vous aviez achetée ensemble au bord de la mer et que tu l’as complètement transformée pour la rendre vraiment tienne, tu n’as pas changé la clause bénéficiaire de ton assurance-vie : si tu meurs demain, c’est à Sylvain que reviendra ta maison.

Si tu meurs demain, Sylvain sera aussi ton « dernier petit ami », le seul à être cité aux côtés de tes parents sur ta fiche individuelle d’état civil. Quand Sylvain t’a entendu dire un jour que tu voulais « être le numéro-un pour quelqu’un », il t’a serré très fort dans ses bras. Tu crois que même si depuis qu’il t’a quitté, il a été très amoureux de Sébastien, Raphaël, Thomas, Vincent et Felipe, c’est encore toi qui occupe la place de numéro-un dans son cœur. Ou au moins dans sa mémoire.

Cinq ans après votre séparation, Sylvain est encore ta famille. Tu sais que si demain, tu tombes dans le coma, il viendra chaque jour à ton chevet pour te lire Libé comme il te le lisait à haute voix sur les plages de Grèce ou de Provence où vous contempliez ensemble cette Méditerranée que vous aimez tant.

Sylvain et toi n’étiez pas faits l’un pour l’autre mais vous n’avez jamais renié les années où vous vous aimiez.    

 

Photo : la côte bleue, où vous aimiez vous balader, (c) Sylvain

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Un mec bien dans ses pompes, souriant, heureux, riche et en pleine santé, qui assume sa quarantaine alors qu'il ne parait avoir que 38 ans 1/2 mais affublé d'une tare immense : il est célibataire.
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LES réactions (2)
Tu n’as pas toujours été célibataire
  • Par SG70 26 Jan 2014 - 11 H 27
    Photo du profil de SG70

    "Sylvain baillait dès 22 heures alors que tu ne te pensais pas capable de te coucher avant 2h du mat. Vous vous couchiez désormais vers minuit."
    Le compromis, la pierre angulaire de toute relation, ce truc qui vu de l’extérieur parait être un renoncement de chacun alors qu’en fait vécu au sein du couple c’est une acceptation sans contrainte d’un juste (ou injuste) milieu (ou subtile répartition), après il est bon que chacun garde aussi son jardin secret, mon mari ne partage pas toutes mes passions, et je ne partages pas toutes les siennes, ça permets ces petits moments de solitude volontaires et réparateurs qui rendent d’autant plus agréable les moments de complicité qui suivent.

     
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