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Les errements d'un quadra' célib'
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Amour | Perso | 05.07.2014 - 00 h 47 | 1 COMMENTAIRES
Un jour, il faudra bien que tu reconnaisses que tu es « en couple »

La roue tourne et ainsi va la vie. Il y a an, tu croyais que tu allais mourir de chagrin. Après des nuits sans sommeil, tu te tordais de douleur chaque matin le teint blafard parce que Clément n’était pas près de toi, tu te trainais comme une loque, ne mangeais rien, tu croyais que tu étais condamné à ne plus voir la vie qu’en noir et blanc jusqu’au moment où la mort te délivrerait de tes chagrins.

Et puis, il y a eu Pascal, le sosie de Clément qui t’a prouvé qu’il n’était pas si unique. Et puis, il y a eu la rencontre avec Solal.

Le lecteur de ton blog pourra (re)lire le premier chapitre de votre petite histoire ici. Le plan cul qui dégénère en relation, c’est un grand classique des histoires d’amour (tu as eu un petit rictus en écrivant ces mots, et tu as décidé de les biffer plutôt que de ré-écrire, la vie est décidemment bien facétieuse) surprises de la vie.

Reconnais que la vie que tu mènes avec Solal te convient. Il s’est installé chez toi et tu ne remarques même plus certains de ses travers comme la présence de son tube de dentifrice éventré (le bouchon a disparu depuis plusieurs semaines, ce qui t’évite de le refermer deux fois par jour) ou les traces du même dentifrice au fond du lavabo.

Un jour, tu as expliqué à Solal que ses slips, ses t-shirts et ses chaussettes sales portés ne trouveraient jamais le chemin de la salle de bains tous seuls. Comme tu ne jettes ton linge que dans le panier de la salle de bains (parce que toi, tu ne laisses rien trainer), Solal a pris soin de regarder par terre de temps en temps et se penche pour ramasser (dingue…)

Tu as quand même un peu de mal avec certaines de ses habitudes grotesques. Quand Solal mange ou boit quelque chose, il a une fâcheuse tendance à ranger le paquet vide dans les placards, au milieu de ceux qui sont pleins. C’est ainsi que tes placards sont remplis de bouteilles qui ont autrefois contenu de l’huile ou du vinaigre mais qui sont désormais désespéramment vides, et de paquets de gâteaux où il ne reste que des miettes. Troublant…

Tout cela n’est que détails insignifiants. Solal est fou de toi. Il découvre la vie à deux et ce garçon qui refusait toute notion d’attachement te sort désormais spontanément des phrases que tu n’as jamais prononcées. En une semaine, il t’a dit « le seul endroit où je me sens bien, c’est dans tes bras » et « tu te rends compte que je t’aime chaque jour un peu plus ? ». il te dit ça en gardant la bouche entre-ouverte et en te regardant de ses grands yeux tristes. Toi, forcément, tu fonds (même si une partie de toi-même reste dure dès que Solal est près de toi).

Tu as de la tendresse pour ce petit punk. Il écoute de la musique de merde, avale et renifle des trucs qui font qu’il ne vivra sans doute pas bien vieux, a l’adresse de ceux qui ont deux mains gauches, se rebelle contre des détails du système, mais c’est ainsi. Tu as pris le package : Solal, ses défauts, ses névroses, mais surtout ses qualités de cœur.

A tes côtés, Solal est tout de même devenu (un peu) un autre : il a trouvé l’équilibre entre le fait de s’installer chez toi et de ne pas t’envahir. Tous les matins, il te demande comme si ça ne le concernait qu’à moitié « tu fais quoi, ce soir ? » et toi, tu réponds alternativement « j’ai un truc de taf, je ne rentrerai pas tard, genre 22h », « je dine avec les copines cougars » ou tu proposes un truc à faire à deux.

Parce que oui, depuis plusieurs mois, tu avances à ses côtés comme il progresse aux tiens. Il est devenu manager ? Tu le coaches. Tu te moquais de son amour pour toi ? Tu en redemandes désormais.

Sans en parler, vous vous êtes partagé jusqu’aux tâches ménagères. Ta femme de ménage vient le jeudi ? Solal joue à la tornade blanche le lundi (il ne travaille pas ce jour-là) pour réparer l’ouragan du week-end. Tu fais la plupart des courses de base mais Solal court les épiceries exotiques pour vous préparer des petits dîners. Tu prends en charge votre quotidien, il assume le superflu.

Et Solal, dont les week-ends courent officiellement du samedi soir au mardi matin 10h, a négocié quelques récup plusieurs mardis de juillet/août pour t’accompagner plusieurs fois en week-ends au bord de la mer pendant trois jours entiers.

Cette petite relation précaire, sans engagement ni promesse s’installe donc peu à peu dans une stabilité durable. Depuis plus de 10 mois, Solal partage avec toi ses soirées et ses nuits, ne passe chez lui qu’une fois par semaine (juste pour relever son courrier et tirer la chasse d’eau pour éviter que des algues ne se forment dans sa cuvette), accapare ta tendresse, et surtout, t’empêche le plus souvent de pleurer Clément, de penser à ton histoire avortée avec lui, bref… de souffrir.

De temps en temps, bien sûr, tu as de brusques remontées de douleur.

Tu as par exemple assisté la semaine dernière à un mariage gay et que tu te disais « c’est pas vraiment le mariage pour tous : moi, je ne peux pas me marier avec celui que j’aime ». A la mairie, tu t’es mis à pleurer comme une connasse adolescente et l’une de tes amies, compatissante, t’a fait pris la main et pris à témoin « c’est vrai qu’il est émouvant, ce mariage » ; tu as fait semblant de pleurer pour le mariage de tes potes, lui a serré la main et as souffert un peu plus. Clément n’était pas là.

L’autre jour, tu es tombé par hasard sur un défilé : les anti-faf célébraient à leur façon le triste anniversaire de la mort de Clément Méric (ce garçon s’appelle presque comme l’amour de ta vie…) et tu le reconnais, tu as pleuré comme une veuve à l’enterrement de son mari connasse. D’ailleurs, ça fait des mois que tu envisages de te faire tatouer sur le cœur leur slogan « ni oubli, ni pardon ».

Ni oubli de Clément, dont le souvenir ne s’efface pas, ni pardon parce qu’il t’a laissé croire pendant quelques semaines qu’il était prêt à se laisser aimer.

Solal ne te pardonnerait pas d’être si indifférent à son égard. Il ne t’oubliera pas parce que tu es le premier. Tu n’as jamais aimé les bonnes personnes. Parfois, tu te demandes pourquoi tu restes alors que c’est Clément que tu aimes. Pour te prouver que tu es capable d’être aimé ? Pour ne pas retomber dans les travers de la pratique intensive de Grindr ? Ou parce que peut-être, sans que tu ne daignes le reconnaitre, tu l’aimes finalement au moins assez pour accepter son amour sans prendre peur.

En tout cas, Solal partage ta vie depuis le 15 août alors il faudrait vraiment que tu assumes que vous êtes « ensemble ».

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Un mec bien dans ses pompes, souriant, heureux, riche et en pleine santé, qui assume sa quarantaine alors qu'il ne parait avoir que 38 ans 1/2 mais affublé d'une tare immense : il est célibataire.
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LES réactions (1)
Un jour, il faudra bien que tu reconnaisses que tu es « en couple »
  • Par Ad 07 Oct 2014 - 22 H 33

    J’attends patiemment d’autres billets, ils sont vraiment bien faits (et surtout marrant !) 🙂

     
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