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Les errements d'un quadra' célib'
Actu | Amour | Perso | 09.04.2017 - 01 h 11 | 0 COMMENTAIRES
Le quinquennat des larmes

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Dans 15 jours, chaque électeur français qui voudra faire entendre sa voix se pressera dans une mairie, une école ou tout autre lieu public, prendra quelques bulletins sur une table, s’enfermera dans un isoloir et choisira celui (ou celle, même si ils sont moins nombreux), qui parmi les 10 autres impétrants, recueillera sa voix.

Toi, comme à chaque élection, tu seras entre 8h30 et 9h à l’école maternelle du coin de ta rue, tu auras un regard ému pour les dessins maladroits des enfants, et, avec solennité, tu prendras les bulletins des deux ou trois candidats que tu trouves acceptables (et, discrètement deux ou trois bulletins du candidat LR).

Au moment de glisser le bulletin de ton choix dans l’enveloppe, tu te diras que ce vote n’est pas très utile, mais juste symbolique… à quoi servira ton vote parmi ceux des 30 à 40 millions de citoyens qui s’exprimeront eux-aussi le même jour ?

Ce que tu trouveras utile, en revanche, c’est de jeter en évidence les bulletins de Fillon sur le dessus de la poubelle de « ton » isoloir. Comme ça, ceux qui passeront derrière toi auront sans doute un petit choc au cœur (dans ton bureau de vote, LR fait genre 70% des voix, et tu espères secrètement qu’un vieux réac’ fera une crise cardiaque en voyant tant de bulletins de son champion dans la poubelle).

Mais cette élection présidentielle ne sera pas pour toi comme les autres : elle aura un petit goût de page qui se tourne. Ce dimanche 23 avril 2017 marquera une étape importante de ton histoire personnelle. Et portant, tu ne sais pas encore pour qui tu vas voter.

Flash-back.

A la veille du premier tour de la dernière présidentielle, c’était le samedi 21 avril 2012, tu avais passé la soirée chez ton ami Aurélien et embrassé Clément pour la première fois.

La soirée terminée, Clément et toi aviez remonté main dans la main le boulevard Voltaire jusqu’à l’appartement qu’habitait Clément à l’époque, tout près du Bataclan. Vous étiez montés, aviez parlé jusqu’au petit jour et lorsqu’il n’avait plus répondu à tes questions, tu avais compris : il s’était endormi. Le sourire aux lèvres, tu l’avais regardé dormir quelques secondes, avais griffonné ton numéro de téléphone sur une enveloppe qui traînait sur la table de sa cuisine, avais doucement claqué la porte et là, aux premières lueurs de ce petit matin de printemps, tu savais que ta vie ne serait plus comme avant : tu étais amoureux.

Tu n’as appris que Clément était encarté au PS que le lendemain soir, en commentant avec lui les résultats du premier tour.

Quinze jours après, une rose rouge à la main, ivre de bonheur et de champagne, tu fêtais la défaite de Sarkozy place de la Bastille et tu étais tombé par hasard sur Clément. Par hasard ? Sans doute pas. Si tu l’avais croisé là, au milieu de cette foule compacte, au moment où tu voyais un drapeau arc-en-ciel barré du nombre « 31 » (le 31ème engagement de François Hollande, celui d’ouvrir le mariage aux couples de même sexe), ça ne pouvait pas être un hasard.

C’était un signe du destin :

Il était écrit quelque part que vous alliez vous retrouver ce soir-là et vous embrasser, place de la Bastille, au cœur des témoins de la victoire de « votre candidat » à tous les deux.

Tu as appris quelques mois après que ce que tu considérais comme un signe du destin a un nom : la synchronicité.

Selon wikipedia, dans la psychologie analytique développée par le psychiatre suisse Carl Gustav Jung, la synchronicité est l’occurrence simultanée d’au moins deux événements qui ne présentent pas de lien de causalité, mais dont l’association prend un sens pour la personne qui les perçoit.

Quelle était la probabilité pour que tu croises Clément à la Bastille ce soir-là dans une foule de 300 000 personnes ? Par quel mystère as-tu croisé Clément un soir de mai 2015 rue Thorel, cette rue que personne ne connait et où il ne se passe rien ? Pourquoi la seule fois où tu as pris la ligne 4 au-delà de Barbès, Clément est-il rentré dans le métro au moment où ta rame s’arrêtait à Marcadet-Poissonniers ?

Statistiquement, cela n’aurait jamais dû arriver. Pourtant, tu n’arrives pas à imaginer que cette occurrence d’événements est fortuite. Le destin (ou une force supérieure) a chaque fois choisi de vous faire rencontrer.

Et encore… tu ne considères pas que d’avoir croisé Clément au Bonne Nouvelle, au Freedj ou à la Docteur Love est un hasard car il passe le plus clair de son temps dans des bars-à-tarlouzes.

Reconnais tout de même que tu n’as jamais croisé Clément au Parc des Princes lors d’une rencontre PSG/Barça, alors que ni l’un ni l’autre ne manqueriez une occasion de voir l’un de vos clubs préférés mettre une raclée à celui que vous détestez tant.

Reconnais aussi que les deux fois où tu as été interviewé sur BFM, tu n’as pas vu Clément (qui travaille juste à côté) alors que tu as tremblé en passant devant son bureau.

Ton histoire avec Clément a été courte mais tu as pleuré pendant tout le quinquennat d’Hollande. (et tu ne fais ici aucune allusion à sa politique).

En 5 ans, tant de choses ont changé…

Aurélien, Clément et toi avez déménagé tous les trois.
Aurélien n’organisera plus de fête où Clément et toi vous embrasserez.
Le Bonne Nouvelle a été vendu.
Tu as supprimé le numéro de Clément de ton répertoire.
Tu n’as plus croisé Clément dans la rue depuis 18 mois.

Il y a 5 ans, tu avais de l’espoir. Celui d’avoir rencontré le grand amour. Désormais, tu n’as plus d’espoir, plus d’illusion, plus de rêve. Même pas celui de voter pour un président qui, par son action, ferait que la France serait plus belle.

Amour | Perso | 06.07.2015 - 18 h 49 | 2 COMMENTAIRES
Les fantômes du passé

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Un jour, pour te consoler et essayer de te faire relativiser ton malheur, Clément t’avait écrit « ça s’estompera avec le temps et ça passera avec un autre ». Dans six semaines, ça fera deux ans que Solal, que tu appelles souvent ton intérimaire vit à tes côtés et si tu donnes le plus souvent l’illusion que ta détresse s’estompe, tu sais bien que ça ton amour pour Clément ne passe pas. Comme quoi, il avait tort.

Comme tu refuses de vivre dans le souvenir, tu as tout fait pour oublier jusqu’à son existence. Tu évites le Marais comme la peste (tu sais qu’il y passe toutes ses soirées), tu tentes de ne plus passer par Oberkampf où il habitait quand tu l’as rencontré (tu sais qu’il n’y habites plus mais c’est plus fort que toi : quand tu passes, tu trembles…), tu fais semblant de ne pas t’entendre avec le nouveau mec de ta copine Paola (uniquement parce que, comme l’élu, il s’appelle Clément et que la simple évocation de ce prénom te donne envie de pleurer), tu n’iras plus jamais à Bruxelles, où vous aviez passé un week-end dans les bras l’un de l’autre, bref : tu as organisé ta vie pour éviter que quiconque puisse te rappeler son existence.

C’est sans compter que Paris est un village.

Par exemple, le 6 mai 2012, le soir de l’élection de François Hollande, le réseau téléphonique ne marchait pas. Clément et toi aviez tenté d’entrer en contact l’un avec l’autre mais vos SMS n’arrivaient à leur destinataire que bien longtemps après leur envoi. Dans une espèce de dialogue de sourds, vous vous étiez résignés à attendre le 8 mai pour vous retrouver et passer la journée ensemble. Vous étiez au même endroit tous les deux mais tant pis : la probabilité de vous retrouver  parmi les 300 000 personnes pleines d’espoir à Bastille ce soir-là était nulle.

C’était sans compter le destin. Dans la foule, vous étiez tombé l’un sur l’autre. C’est arrivé à nouveau bien des fois et tu sais que cela ne peut pas être le fruit du hasard.

Les dernières fois que tu as croisé Clément, c’était lors de l’hiver 2013/2014. Un soir, tu étais allé danser à la Docteur Love (c’était avant que la programmation ne vire au RnB moisi) avec Romain, avec qui tu as eu une petite histoire. Romain voulait provoquer Clément en duel mais tu as fait en sorte qu’il renonce à ce projet. Quelques semaines plus tard, alors que tu traversais le Marais à vélo, tu étais tombé sur Clément (à moins qu’il ne s’agissait que de son fantôme) et tu étais tombé de ton vélo.

Depuis, plus d’un an c’était écoulé et tu te disais que peut-être, Clément avait déménagé à Tahiti puisque tu ne le croisais plus jamais en ville (comme disent nos amis des régions).

Mardi 5 mai 2015. Tu revenais d’une semaine de mission au grand air, le printemps venait de percer à Paris et on venait de vivre la première belle journée de la saison. Tu portais ton costard le plus ajusté et ta chemise blanche mettait en valeur à la fois ton hâle naissant et le bleu de tes yeux.

Ce jour-là, tu avais déjeuné avec une chef de rubrique du Figaro Magazine et lors de ce rendez-vous, vous aviez défini un sujet qui allait donner de la visibilité à ta petite entreprise. Tu étais donc de fort bonne humeur. De son côté, Solal venait de recevoir une convocation à un entretien qui allait lui permettre, six semaines plus tard, de rejoindre la marque de ses rêves.

Tous deux heureux de votre journée, vous aviez décidé de quitter tôt vos obligations professionnelles et de prendre ensemble un verre en terrasse. Accaparés par vos jobs respectifs, il est bien rare que vous puissiez vous offrir ce type de parenthèse à deux. Vos bières avalées, vous aviez repris le chemin de ce qu’il convient d’appeler désormais votre domicile conjugal. Vous étiez rue Thorel, ce genre de rue de 50 mètres que personne ne connait ni n’emprunte et dans laquelle la probabilité de croiser quelqu’un de sa connaissance est d’une sur un million. Solal venait de décider de faire un détour jusqu’à une épicerie exotique pour acheter de quoi préparer l’une de ses spécialités, tu irais chez Nicolas acheter une bonne bouteille.

Tu avais alors aperçu un visage familier. Tu avais souri. En face, l’homme souriait lui aussi et faisait mine de s’arrêter, sans doute pour te saluer et échanger quelques mots avec toi. Le moment n’a sans doute duré que quelques nanosecondes mais le temps que ton œil transmette l’information  à ton cerveau, tu avais blêmi. Dans 5 ou 6 pas, tu allais croiser Clément. Dix  mètres plus tard, Solal tournerait à gauche pour aller à l’épicerie exotique alors que tu partirais à droite chez Nicolas. Il fallait que tu tiennes bon quelques secondes. Tu as été fort. Tu as attendu que Clément comme Solal soient hors de portée de vue et de son pour laisser exploser ton chagrin.

Tu avais croisé Clément. Il était donc vivant et il n’avait pas besoin de toi.

En mai, tu l’as croisé trois fois en sortant du bureau. Il faut dire que ton bureau n’est qu’à quelques encablures du Café Bonne Nouvelle où il semble que Clément passe bien souvent ses soirées.  Depuis, tu as changé ton itinéraire et fait en sorte de ne jamais passer devant le Café Bonne Nouvelle après 17 heures (Clément sort tôt de son travail l’endroit où il attend que les journées passent et il a le lever de coude facile).

En juin, tu n’as pas croisé Clément.

Ce premier week-end de juillet, tu es resté à Paris. Il est rare que tu sois à Paris les week-ends de juillet (les mauvaises langues diront que tu n’es jamais à Paris le week-end et elles n’ont peut-être pas complètement tort), mais la vie est ainsi faite.

Le week-end avait été délicieux et en ce dimanche après-midi, tu étais allé Porte de Clignancourt à une espèce de fête bobo-hétéro-électro avec quelques amis. Le soleil caressait vos  visages, le DJ mêlait les bits électro au son naturel de son saxophone, l’ambiance était bon enfant… tu n’avais pas regretté l’épreuve de la ligne 4. Et puis au moins, tu étais détendu car tu pensais qu’il n’y avait aucun risque que Clément ne traîne Porte de Clignancourt.

C’était sans compter le destin. Il était 20 heures, tu étais dans le métro (toi… dans le métro), rentrais chez toi après ces quelques heures de joie frivole en plein air et là, à la station Marcadet-Poissonniers (tu n’étais jamais allé si au Nord), au moment où ta rame entrait en station, tu as levé le nez de ton ordiphone. Une seule personne attendait le métro sur le quai.

Clément.

Pourquoi as-tu levé la tête tout juste à ce moment-là ? Vos regards se sont croisés. Tu as surpris l’air atterré de Clément de te croiser ici. Il est monté dans la rame, est passé à quelques mètres de toi et tu as fait semblant d’être très absorbé par ce qui défilait sur ton ordiphone. Tu savais qu’il était juste derrière toi.

Barbès, Gare du Nord, Gare de l’Est, la foule se pressait, entrait et sortait de cette rame maudite où celui que tu aimes et toi n’étiez que voisins et la vie a continué. Comme si  pour l’un et l’autre, l’autre n’existait pas. Le destin.

Amour | Perso | 29.11.2014 - 13 h 04 | 3 COMMENTAIRES
Bref, tu es dans la merde. Et grave…

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Un jour, (c’était le 11 octobre), tu as rencontré le mec parfait. (mais bon… c’est pas la première fois).

Avant de lire ce post, le lecteur de ton blog devra se souvenir comment tu as rencontré Solal (l’épisode 1 est ici) et comment votre plan cul s’est transformé en une espèce de relation (l’épisode 2, c’est par là). Ensuite, tu reviens ici. C’est fait ? Le récit de ce 11 octobre, et des semaines qui suivent, c’est parti :

Tu n’as jamais pris Solal au sérieux. Tu avais décidé au premier regard que tu ne pouvais pas avancer bien loin avec lui : on n’épouse pas un garçon de 17 ans son cadet, cocaïnomane, alcoolique, sans projet, sans structure. L’affaire était entendue : tu jouissais du moment présent avec lui mais cette histoire ne te mènerait nulle part.

Tu ne sais pas pourquoi, mais six semaines après votre rencontre, tu l’avais emmené à la soirée d’anniversaire de ton amie Barbara. Quand tu avais évoqué cette soirée à Solal, il t’avait répondu « oh la la, moi ? Avec tes amis ? On verra. ». Et puis ce vendredi soir, tu avais reçu un SMS juste avant 20 heures : « ça marche toujours, ta boum ? ». Oui, ça marchait toujours.

A la hâte, tu avais envoyé un SMS collectif aux convives de Barbara : « je viens avec le petit Solal. Soyez gentil avec lui : il est timide, et il ne connaitra personne ». Tu étais allé le chercher à son squat, avais débarqué à la soirée de Barbara avec lui, il avait rencontré nombre de tes amis et la soirée avait été réussie pour tous. Cette soirée, c’est de l’histoire ancienne :

Depuis un an, Solal a appris à connaitre tes amis et certains d’entre eux ont fait plus que l’adopter. Ça t’a fait tout bizarre, l’autre jour, de fêter à nouveau l’anniversaire de Barbara. ça faisait donc déjà un an que tu [… quel verbe choisir ?…] que tu… avec Solal ?

Tu n’avais pas attendu le dernier moment pour proposer à Solal de venir avec toi : Barbara et Solal sont « amis » sur Facebook depuis bien des mois et elle n’a pas besoin de ton entregent pour entrer en contact avec lui. Il avait quand même attendu que tu évoques cette soirée (que tu n’aurais manquée pour rien au monde) pour répondre à Barbara que oui, bien sûr, vous viendriez tous les deux.

Barbara a plusieurs cercles d’amis et tu n’avais pas vu certains convives présents depuis au moins six mois. Alors bien entendu, plusieurs se sont étonnés que « Solal et toi, vous êtes toujours ensemble ? C’est super ». Tu avais répondu du bout des lèvres, dans un soupir que « oui, il est adorable, mais bon… c’est quand même compliqué : trop jeune, sans repère… on ne va nulle part ensemble mais bon, je profite du moment présent ».

Valérie, qui craque sur lui et qui t’avait demandé un jour si « Solal n’avait pas un frère jumeau, mais hétéro » avait rétorqué un cinglant « c’est l’homme de ta vie et tu ne t’en rends même pas compte 
Val, arrête : c’est presque un enfant, il se défonce, il ne sait pas où il va. C’est pas le genre de mec avec qui on peut construire quelque chose
– Regarde le : il est beau, il a vachement progressé depuis un an et toi aussi. D’ailleurs Barb m’a dit l’autre jour que tu ne la saoulais plus avec ton Clément. C’est bien grâce à Solal, non ? »
Valérie avait raison. Solal était devenu ta bouée, ton repère. Tu ne pouvais pas le nier.

Comme d’habitude, ce soir-là, Solal s’était mal tenu. Après 15 ou 20 verres, il avait du mal à tenir debout, il parlait trop fort, avait des gestes de moins en moins assurés, n’arrivait plus à articuler et lorsqu’à cinq heures du matin, la musique avait cessé, Solal avait titubé jusqu’à la sortie et serait tombé s’il ne s’était pas accroché à toi. C’est d’ailleurs accroché à toi qu’il a fait tout le chemin vers ce qu’il convient d’appeler désormais votre domicile conjugal.

Lors de ce petit matin blême, tu as sermonné Solal et lui as expliqué que tu ne supportais plus son comportement. Tu n’as pas dormi de la nuit et tu t’es dit « je perds mon temps ». Il est vrai qu’à désormais 45 ans, tu n’as plus beaucoup de temps pour trouver l’âme sœur. Non ?

En plus, ton ami Baptiste s’est mis dans l’idée de te faire rencontrer l’homme idéal et il t’a mis dans les pattes un dénommé Fabrice.

Fabrice a 39 ans (autant dire que vous avez le même âge, on ne va pas chipoter), il mesure un petit mètre 64 (comme tu aimes regarder les garçons de haut, ça te va très bien), il n’a pas un poil et à ses heures perdues, il se fait pousser les pecs. Du coup, il est très agréable à tâter. Un rencard arrangé par Baptiste, quelques verres, un deuxième rendez-vous (plus spontané celui-ci…) où vous avez échangé votre premier baiser (à ton corps défendant, c’est lui qui t’a sauté dessus), un troisième où sentant Fabrice frissonner quand tu lui tâtais le cul sous une porte cochère, tu lui avais glissé à l’oreille un très élégant « rassure-moi, tu es passif ? », question à laquelle il avait répondu par un non moins élégant : « graaaaave ». Tu savais qu’au rendez-vous suivant, il allait prendre cher vous feriez l’amour avec passion.

Au quatrième rencard, après dîner (et donc : avant l’acte), tu as été pris de remords anticipé (définition de remords : reproche que fait la conscience, regret douloureux d’une faute, d’un crime). En faisant l’amour avec Fabrice, que tu désirais ardemment, tu allais tromper à la fois Solal et Fabrice. Tu as des principes : tromper, c’est mal. Mais ce qui te troublait, c’est que tu avais davantage mauvaise conscience de tromper Fabrice que de tromper Solal. Vous étiez devant le portail de ton immeuble :

« Fab, avant qu’il ne soit trop tard, il faut que je te dise quelque chose.
– Ouh la, tu me fais peur. Accouche parce que je n’ai pas envie de jouer aux devinettes.
– Je ne suis pas complètement célib : j’ai une espèce d’intérimaire depuis quelques mois. Sans doute rien de très sérieux mais je ne suis pas complètement disponible.
– mais ce soir, tu es disponible pour moi ?
– toute la nuit
– j’ai très envie de toi. On monte ? ».

Vous aviez mis quelques minutes à comprendre comment vous emboiter, mais le premier coït a été au-delà de tes espérances les plus déraisonnables. Vous avez fait l’amour avec passion. Plusieurs fois. Et c’était parfait. Vous avez passé la nuit dans les bras l’un de l’autre, tu étais au septième ciel. Le lendemain, tu es arrivée au bureau avec des étoiles dans les yeux (et des douleurs aux cuisses). A midi, tu faisais un SMS à Fabrice « on déjeune ensemble ? ». Il n’avait pas osé de te demander. Vous aviez déjeuné ensemble, passé la soirée et même tout le week-end suivant ensemble.

Bref, tu es dans la merde, un peu comme dans la vidéo avec le petit chauve barbu qui te ressemble…

 

Amour | Perso | 05.07.2014 - 00 h 47 | 1 COMMENTAIRES
Un jour, il faudra bien que tu reconnaisses que tu es « en couple »

La roue tourne et ainsi va la vie. Il y a an, tu croyais que tu allais mourir de chagrin. Après des nuits sans sommeil, tu te tordais de douleur chaque matin le teint blafard parce que Clément n’était pas près de toi, tu te trainais comme une loque, ne mangeais rien, tu croyais que tu étais condamné à ne plus voir la vie qu’en noir et blanc jusqu’au moment où la mort te délivrerait de tes chagrins.

Et puis, il y a eu Pascal, le sosie de Clément qui t’a prouvé qu’il n’était pas si unique. Et puis, il y a eu la rencontre avec Solal.

Le lecteur de ton blog pourra (re)lire le premier chapitre de votre petite histoire ici. Le plan cul qui dégénère en relation, c’est un grand classique des histoires d’amour (tu as eu un petit rictus en écrivant ces mots, et tu as décidé de les biffer plutôt que de ré-écrire, la vie est décidemment bien facétieuse) surprises de la vie.

Reconnais que la vie que tu mènes avec Solal te convient. Il s’est installé chez toi et tu ne remarques même plus certains de ses travers comme la présence de son tube de dentifrice éventré (le bouchon a disparu depuis plusieurs semaines, ce qui t’évite de le refermer deux fois par jour) ou les traces du même dentifrice au fond du lavabo.

Un jour, tu as expliqué à Solal que ses slips, ses t-shirts et ses chaussettes sales portés ne trouveraient jamais le chemin de la salle de bains tous seuls. Comme tu ne jettes ton linge que dans le panier de la salle de bains (parce que toi, tu ne laisses rien trainer), Solal a pris soin de regarder par terre de temps en temps et se penche pour ramasser (dingue…)

Tu as quand même un peu de mal avec certaines de ses habitudes grotesques. Quand Solal mange ou boit quelque chose, il a une fâcheuse tendance à ranger le paquet vide dans les placards, au milieu de ceux qui sont pleins. C’est ainsi que tes placards sont remplis de bouteilles qui ont autrefois contenu de l’huile ou du vinaigre mais qui sont désormais désespéramment vides, et de paquets de gâteaux où il ne reste que des miettes. Troublant…

Tout cela n’est que détails insignifiants. Solal est fou de toi. Il découvre la vie à deux et ce garçon qui refusait toute notion d’attachement te sort désormais spontanément des phrases que tu n’as jamais prononcées. En une semaine, il t’a dit « le seul endroit où je me sens bien, c’est dans tes bras » et « tu te rends compte que je t’aime chaque jour un peu plus ? ». il te dit ça en gardant la bouche entre-ouverte et en te regardant de ses grands yeux tristes. Toi, forcément, tu fonds (même si une partie de toi-même reste dure dès que Solal est près de toi).

Tu as de la tendresse pour ce petit punk. Il écoute de la musique de merde, avale et renifle des trucs qui font qu’il ne vivra sans doute pas bien vieux, a l’adresse de ceux qui ont deux mains gauches, se rebelle contre des détails du système, mais c’est ainsi. Tu as pris le package : Solal, ses défauts, ses névroses, mais surtout ses qualités de cœur.

A tes côtés, Solal est tout de même devenu (un peu) un autre : il a trouvé l’équilibre entre le fait de s’installer chez toi et de ne pas t’envahir. Tous les matins, il te demande comme si ça ne le concernait qu’à moitié « tu fais quoi, ce soir ? » et toi, tu réponds alternativement « j’ai un truc de taf, je ne rentrerai pas tard, genre 22h », « je dine avec les copines cougars » ou tu proposes un truc à faire à deux.

Parce que oui, depuis plusieurs mois, tu avances à ses côtés comme il progresse aux tiens. Il est devenu manager ? Tu le coaches. Tu te moquais de son amour pour toi ? Tu en redemandes désormais.

Sans en parler, vous vous êtes partagé jusqu’aux tâches ménagères. Ta femme de ménage vient le jeudi ? Solal joue à la tornade blanche le lundi (il ne travaille pas ce jour-là) pour réparer l’ouragan du week-end. Tu fais la plupart des courses de base mais Solal court les épiceries exotiques pour vous préparer des petits dîners. Tu prends en charge votre quotidien, il assume le superflu.

Et Solal, dont les week-ends courent officiellement du samedi soir au mardi matin 10h, a négocié quelques récup plusieurs mardis de juillet/août pour t’accompagner plusieurs fois en week-ends au bord de la mer pendant trois jours entiers.

Cette petite relation précaire, sans engagement ni promesse s’installe donc peu à peu dans une stabilité durable. Depuis plus de 10 mois, Solal partage avec toi ses soirées et ses nuits, ne passe chez lui qu’une fois par semaine (juste pour relever son courrier et tirer la chasse d’eau pour éviter que des algues ne se forment dans sa cuvette), accapare ta tendresse, et surtout, t’empêche le plus souvent de pleurer Clément, de penser à ton histoire avortée avec lui, bref… de souffrir.

De temps en temps, bien sûr, tu as de brusques remontées de douleur.

Tu as par exemple assisté la semaine dernière à un mariage gay et que tu te disais « c’est pas vraiment le mariage pour tous : moi, je ne peux pas me marier avec celui que j’aime ». A la mairie, tu t’es mis à pleurer comme une connasse adolescente et l’une de tes amies, compatissante, t’a fait pris la main et pris à témoin « c’est vrai qu’il est émouvant, ce mariage » ; tu as fait semblant de pleurer pour le mariage de tes potes, lui a serré la main et as souffert un peu plus. Clément n’était pas là.

L’autre jour, tu es tombé par hasard sur un défilé : les anti-faf célébraient à leur façon le triste anniversaire de la mort de Clément Méric (ce garçon s’appelle presque comme l’amour de ta vie…) et tu le reconnais, tu as pleuré comme une veuve à l’enterrement de son mari connasse. D’ailleurs, ça fait des mois que tu envisages de te faire tatouer sur le cœur leur slogan « ni oubli, ni pardon ».

Ni oubli de Clément, dont le souvenir ne s’efface pas, ni pardon parce qu’il t’a laissé croire pendant quelques semaines qu’il était prêt à se laisser aimer.

Solal ne te pardonnerait pas d’être si indifférent à son égard. Il ne t’oubliera pas parce que tu es le premier. Tu n’as jamais aimé les bonnes personnes. Parfois, tu te demandes pourquoi tu restes alors que c’est Clément que tu aimes. Pour te prouver que tu es capable d’être aimé ? Pour ne pas retomber dans les travers de la pratique intensive de Grindr ? Ou parce que peut-être, sans que tu ne daignes le reconnaitre, tu l’aimes finalement au moins assez pour accepter son amour sans prendre peur.

En tout cas, Solal partage ta vie depuis le 15 août alors il faudrait vraiment que tu assumes que vous êtes « ensemble ».

Amour | Perso | 03.03.2014 - 13 h 25 | 0 COMMENTAIRES
Le prince charmant n’habite pas au château indiqué

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Note : pour comprendre ce billet, il faut (re)lire le premier épisode de ton histoire avec Solal…  

Tu te souviens très bien ce que tu as répondu à la première question de celui qui allait devenir « ton psy » la première fois que tu t’es assis en face de lui. Il t’avait demandé « qu’est-ce qui vous amène ? ». Tu avais répondu : « 3 trucs : 1) ma mère est morte il y a 3 ans et je n’arrive pas à m’en remettre, 2) je n’aime pas mon père, 3) je viens de me rendre compte que le prince charmant n’existe pas ».

Le mec avait levé un sourcil et t’avait demandé « vous avez quel âge ?
– 37 ans
– normalement, les petites filles arrêtent de croire au prince charmant à genre 7 ou 8 ans…
– oui, voilà. Je suis une petite fille et j’ai genre 6 ans 1/2 ». 

Tu ne sais plus ce que le mec avait répondu à ça mais tu venais de signer sans t’en rendre compte un contrat de 20 ans. Depuis, chaque mardi à 15h30, tu craches 90 balles. Tu as pris les problèmes un par un. Pour digérer le décès de ta mère, 2 mois ont suffi (810 €). Pour assumer de ne pas aimer ton père, 6 mois. (un peu plus de 2000 €). Pour faire descendre Sylvain de son destrier, lui arracher sa cape et lui tondre sa mèche, genre 2 ans (et pas loin de 10 000 €).

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Les 3 problèmes pour lesquels tu avais commencé à consulter étaient réglés. Pourtant, tu as continué à saouler et enrichir ce mec qui sait poser les bonnes questions.

Pourtant, plus ou moins consciemment, tu as reproduit les mêmes erreurs avec tous les mecs que tu as rencontrés après Sylvain. En février 2012, tu avais eu un petit coup de cœur pour Gaétan, un minet de 25 ans aux yeux clairs, aux dents blanches et au corps gracile. Tu lui avais couru après, il t’avait mené par le bout du nez. Classique. Ce garçon te rendait malheureux.

Tu entends encore ton ami Aurélien te dire « laisse tomber cette tapette qui t’éblouit avec sa gueule parfaite. Vous ne vous apporterez jamais rien l’un à l’autre. Le mec idéal pour toi, il a déjà au moins 30 ans, il a déjà un peu roulé sa bosse avec les mecs et il a souffert, il n’a pas exactement le physique de rêve qu’a Gaétan (qui te donne juste des complexes), il est fragile et il aime les quadra pour ce qu’ils peuvent lui apporter : ta force et ta douceur et ton côté rassurant ».

Aurélien s’est brusquement tu, t’a regardé comme si il venait de découvrir par hasard la théorie de la relativité et a fébrilement dégainé son ordiphone en criant « merde, comment je n’y ai pas pensé avant ? »

« attends, il faut que je te montre mon pote Clément ». Facebook. Recherche de ses amis. Photos du profil de Clément. « Regarde ». Défilaient alors des photos d’un mec aux yeux noirs (dont l’un était un peu plus fermé que l’autre) et qui semblait avoir morflé toute sa vie : jamais un vrai sourire, toujours l’air apeuré. Une vraie gueule de chien battu. Le type de mec qui semblait avoir besoin de quelqu’un pour le consoler.

Tu étais troublé et tu avais demandé à Aurélien de te décrire la bête.

« Clément, 30 ans. On se connaît depuis nos 20 ans. 1m68/1m70 à tout casser, BCBG, IEP de Province. Il habite à Oberkampf, tombe toujours sur des quadra connards sans intérêt qui lui font morfler sa race. N’arrive pas à se résoudre à mettre un terme à une histoire moisie avec un type dégueulasse qui le manipule depuis 2 ans. Son type de mecs, c’est les quadra barbus un peu costauds genre DILF. Les mecs comme toi, quoi ».

Tu avais posé quelques questions supplémentaires, avais appris qu’il était imberbe et passif, et que ses névroses étaient dues (Aurélien n’était pas rentré dans les détails) à une histoire familiale assez dégueu : « je m’en veux de ne pas y avoir pensé avant. Vous êtes faits l’un pour l’autre ». Aurélien se voyait déjà témoin de ton mariage avec Clément.

La suite, on la connaît et c’est pas très joli. Diabolique, Aurélien a fait en sorte que Clément et toi vous croisiez « par hasard » (ça a duré 20 secondes mais c’était suffisant pour que tu sois certain qu’il te plaisait physiquement) et vous vous êtes retrouvés deux fois chez Aurélien pour une bouffe (Là, tu as appris que Clément avait enfin plaqué le gros connard qui lui en faisait baver) puis une boum où vous vous êtes enfin embrassés. C’est à ce moment que tu as décidé de te laisser pousser la barbe puisque Clément aimait les hommes barbus…

L’histoire n’a pas duré, tu as hurlé de douleur, perdu 14 kilos, voulu en finir et depuis près de deux ans, tu voudrais t’arracher le cœur et le jeter au feu pour ne plus souffrir. (parfois, tu es capable de résumer deux ans de ta vie en deux lignes alors que tu n’es pas d’habitude un garçon de peu de mots).

Tu as ensuite cloné Clément et tu as vécu des petits trucs avec ses (pâles) copies :

Avec Ben pour commencer : le même que Clément en un peu plus jeune, un peu plus grand et plus costaud. Tu le frappais pour le punir de ne pas être Clément.

Avec Jérôme ensuite. Même IEP que Clément (mais 3 promo avant), même gueule et même job moisi (un poste de gratte-papier inutile dans une administration qui pourrait disparaître) et un mec quadra qui le rend malheureux et dont il n’arrive pas à se débarrasser.

Avec Pascal après. Pascal est en quelque sorte la caricature (et le sosie presque parfait) de Clément mais en plus brillant. Clément a fait un petit IEP ? Pascal est énarque. Clément moisit dans un poste de catégorie B dans une administration inutile ? Pascal est hors catégorie et a une vraie mission d’envergure dans un ministère. Clément est un petit militant politique de base ? Pascal est tête de liste aux municipales de 2014. Pour le reste, Pascal est une copie conforme de Clément et pendant ta brève relation avec lui, tu ne voyais en Pascal que le reflet de celui que tu aimes.

Quand tu demandes de définir le mec idéal, tu es capable de faire un portrait-robot :
30/35 ans, BCBG et lisse, pas plus grand que toi ou à peine, un job qui fait marcher ses neurones, fragile voire écorché vif, sans trop d’attaches familiales, sain et sportif.

Quand au mois d’octobre, tu as rencontré Romain, tu t’étais dit qu’il ressemblait carrément à ce portrait-robot : 1m68, 31 ans, banquier, mince et sportif, visiblement fragile et désireux de nouer une vraie relation. Il était lisse mais avec ce petit grain de folie charmant qui t’intriguait. Le seul truc qui lui manquait pour être ta vraie cible, c’est que visiblement, il n’avait pas de névrose due à une histoire familiale moisie. Tu penses que si ça n’a pas marché avec Romain, c’est parce qu’il était trop fier (et toi aussi).

Ton ami Gilles a l’habitude de dire que pour que histoire entre deux hommes puisse démarrer, il faut se connaître un peu et que les deux soient détachés. Mais attention « il faut l’être vraiment et pas faire semblant d’être détaché parce que sinon, le mec en face le voit tout de suite et ça foire ».

Tu n’étais pas détaché de Ben, de Jérôme, de Pascal. Tu les attendais. En revanche, tu étais totalement détaché de Solal. Tu le considérais comme un toy-boy et tu le sautais depuis 3 mois. Tu n’envisageais rien de plus que ce qu’on appelle de façon délicieuse « un plan cul régulier ».

Physiquement, il entrait dans toutes les cases de la définition du mec parfait (pas plus grand que toi, mince, imberbe, avec une bouche pulpeuse et des grands yeux). Sexuellement, la fusion était totale. Socialement, cependant, tu n’étais pas prêt à assumer de « sortir » avec un punk cocaïnomane tatoué au look improbable de minet-rockeur-hipster, vendeur de fringues d’une marque vulgaire et à la limite SDF.

Et pourtant…

Sous la carapace du punk agressif se cachait une fragilité non-feinte qui te faisait craquer lorsque tu voyais Solal lové dans tes bras, quand son sourire éclatait quand il se réveillait près de toi le matin ou quand il était à la limite de te supplier de lui faire l’amour.

Tu étais tellement détaché que tu ne remarquais même pas que tu le voyais de plus en plus souvent et que vous ne passiez plus uniquement des nuits ensemble mais aussi des soirées. Solal a fini peu à peu à apporter à manger chez toi et préparer des petits plats que vous dégustiez ensemble (en vidant deux bouteilles de vin chaque soir). A partir de quand assumeras-tu qu’il s’est installé chez toi ? Reconnais qu’il ne dort plus dans sa coloc que les soirs où tu pars en déplacement pour le boulot.

Un jour, Solal t’a avoué les yeux mouillés que « ça [le] rend[ait] malade de le reconnaître, mais [qu’il était] un peu amoureux de toi ». Tu lui avais gentiment expliqué que tu n’étais pas le genre de garçon auquel il fallait s’attacher parce que tu n’étais plus capable de sentiment depuis qu’un mauvais garçon t’avait brisé le cœur. Solal ne s’est pas laissé décourager. Il est resté. Mieux, il s’est peu à peu impliqué dans ta vie sociale, a rencontré tes amis, t’a fait connaître les siens…

Ses amis t’adorent, se félicitent que « depuis qu’il t’a rencontré, Solal n’est plus le même ». Les tiens le considèrent comme charmant et voient bien qu’il est amoureux de toi. « il te fait du bien » t’a fait remarquer un jour ton amie Barbara. Elle a raison. Tellement raison que sans t’en rendre vraiment compte, tu as cessé de baiser avec d’autres mecs que Solal. Tu n’en as plus envie. Tu remarques aussi que ta relation avec lui a évolué. Bref, tu as fait fi de tes préjugés et as accepté les différences entre Solal et le prince charmant. Ca y est : tu as peut-être fini par accepter le fait que le prince charmant n’existait que dans l’imaginaire des petites filles.

Tu as 44 ans et 8 mois. Tu n’es plus une petite fille. Un mec dort dans tes bras et il est amoureux de toi. Et tu dois reconnaître que tu n’es pas complètement indifférent.

Amour | Associatif | Perso | 16.02.2014 - 20 h 10 | 3 COMMENTAIRES
L’angoisse semestrielle du résultat du test VIH

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Tu n’y penses jamais. Tu es un grand garçon et depuis 27 ans que tu couches avec des mecs, tu le sais : il faut mettre une capote. Voilà, c’est comme ça.  

Mais tous les six mois environ, c’est une espèce de rituel : tu demandes à ton généraliste (il est en face de ton bureau, tu as juste à passer un coup de fil et traverser la rue) ou à ton psy (tu le vois tous les mardis à 15h30) de te faire une petite ordonnance « test dépistage VIH ».

Après, tu fonces au labo d’analyses médicales (à 2 minutes à pied de ton bureau, c’est dire si tu pourrais vivre en autarcie dans le Xème arrondissement), tu présentes négligemment l’ordonnance et ta carte vitale en précisant avec une indifférence feinte  « c’est juste un contrôle de routine » et un Monsieur te plante une aiguille dans le bras pour te pomper un litre et demi de sang  de quoi remplir 3 ou 4 petites éprouvettes de 0 + .

Bon… Tu viens de relire le premier paragraphe et tu dois être honnête avec toi-même : tu ne mets pas une capote tout le temps. C’est dit. En fait, jusqu’à tes 40 ans, les seuls mecs avec qui tu n’avais pas mis de capote, c’était les deux avec qui tu avais vécu : Emmanuel (période 22-23 ans) et Sylvain (période 31-39 ans).

Tu ne te souviens pas vraiment comment c’était arrivé avec Emmanuel (à ta décharge, ça fait plus de 20 ans !). Avec Sylvain, vous étiez tombé amoureux l’un de l’autre assez vite, vous étiez tous deux certains de votre statut sérologique et vous aviez décidé un peu vite qu’une petite épaisseur de latex ne viendrait pas s’immiscer entre vos deux corps.

L’un comme l’autre, vous considériez ça comme une preuve d’amour : un message puissant vous prouvait que nulle « protection » ne pouvait exister entre vous et dans votre histoire. Tu as été fidèle à Sylvain pendant 7 ans. Le jour où tu l’as trompé, tu avais bien pensé à acheter (et enfiler) un préservatif. Quand Sylvain l’a su (que tu l’avais trompé), il avait acheté des préservatifs et t’avait imposé de les utiliser quand vous faisiez l’amour ensemble. Etait-ce pour se protéger de l’éventualité du vilain virus ou pour te punir de l’avoir trompé ? Sans doute pour les deux raisons.

En 2010, tu avais rencontré Igor. C’était un plan cul et vous utilisiez des préservatifs. Un jour, Igor t’avait fait une espèce de déclaration, t’avait « avoué » que depuis 6 semaines, il ne couchait avec personne d’autre (toi non plus) et t’avait demandé si tu voulais « devenir [s]on petit ami ». Vous étiez ensuite tous deux allés au labo et 3 jours après, dès vos résultats reçus, le latex disparaissait de vos vies. Tu as eu du mal à le définir mais ce jour-là, vous aviez arrêté de « baiser sous capote » pour « faire l’amour sans préservatif ». Tu sentais la relation plus accomplie. Mais elle n’a duré que quelques mois.

Au risque d’être très très politiquement incorrect, tu dois bien reconnaître que tu trouves que « sans, c’est meilleur ». D’ailleurs, l’an dernier, tu as fait beaucoup de rêves érotiques où les deux rôles principaux étaient tenus par Clément (l’amour de ta vie) et toi. Dans tes rêves, c’était systématique : tu ne mettais jamais de capote et à chaque fois, tu inondais Clément de ton amour.

Aimer quelqu’un, c’est tout partager avec lui, croire en lui, se sentir invulnérable, se dire qu’avec lui, c‘est différent, unique. Alors de quoi se protéger ?

En 2013, c’est mal (et même très mal), mais avec Benoît, en mars-avril, tu n’as mis de capote qu’une fois. Une heure ou deux après avoir rempli ta Durex, tu étais retourné à son assaut et lui comme toi saviez très bien que cette fois-ci, tu n’en avais pas mis. C’est seulement après coup que vous vous étiez juré être tous deux certains de vos statuts sérologiques respectifs.

Cet été, avec Solal, tu as enfilé une capote la première fois que tu l’as… (comment éviter une répétition ?) et puis plus jamais : vous veniez de vous faire tester et vous saviez que vous n’aviez pas besoin de protection contre un risque qui n’existait pas.

Donc, si on analyse les statistiques du nombre de mecs que tu as baisés sans capotes ces dernières années, on a :
– de 2000 à 2009 : 1
– 2010 : 1
– 2011 : 0
– 2012 : 0
– 2013 : 2.
Les statistiques sont formelles : tu baises de plus en plus sans capote. C’est mal.

Comme le nombre de tes conquêtes se compte en 4 chiffres, il est certain que tu as déjà eu des rapports sexuels avec nombre de garçons séropositifs. Quelques-uns t’en ont d’ailleurs informé avant ou après que vous ne couchiez ensemble. Peu importe en fait : tu as toujours su comment prévenir tout risque de contamination.

Tu considères donc que tu ne prends pas de risque (puisque tu utilises des préservatifs avec presque tous tes amants) ou plutôt un « risque calculé » (hypocritement, tu dis que « le risque zéro n’existe pas » mais tu pourrais être plus vigilent).

Du coup, tu ne penses jamais à un éventuel risque de contamination. Tu n’es qu’insouciance et liberté. Mais à chaque fois que tu entres dans le labo d’analyses médicales, tu as un petit tremblement.

Ensuite, jusqu’au lendemain, 18 heures, tu flippes ta race : « et si tu avais chopé le virus ? »

En fait, non. Mais il y a deux ans, tu as vraiment flippé : une troisième ligne est apparue :
Après « Test VIH 1 » (négatif) et « Test VIH 2 » (tout aussi négatif), il y avait une nouvelle ligne un peu moisie « antigène p24 » et le papier précisait que si le résultat était inférieur à 0,8, tu étais négatif. Or, ton résultat annonçait 0,28 soit 1/3 seulement du seuil d’alerte.

Tu as commencé à t’inquiéter. Et si tu étais porteur du VIH ? Mais comment aurais-tu pu choper ça ? C’est vrai que tu couches beaucoup… peut-être que tu aurais blessé les amygdales d’un mec qui t’aurait fait une gorge profonde, qu’il aurait saigné, que du sang serait rentré dans ton corps par l’urètre. Il faut que tu en aies le cœur net. Tu vas aller regarder sur internet ce qu’était ce nouveau truc qui apparaissait pour la première fois sur les résultats de tes analyses.

Premier réflexe : aller rechercher sur wikipedia-qui-sait-tout. Réponse : « Principe : dans le cas d’une recherche d’antigène, on utilise un anticorps primaire qui le reconnaît, puis on utilise un anticorps secondaire, qui reconnaît l’anticorps primaire. L’anticorps secondaire étant couplé à une enzyme qui va réagir avec son substrat, cela produit une coloration mesurée par la densité optique. À noter : comme plusieurs anticorps secondaires se fixent en même temps sur l’anticorps primaire on a une amplification du signal. »

Et bien nous voilà bien avancés… ce que tu voudrais savoir c’est juste pourquoi tu n’as pas « zéro » à ce truc. A la question « suis-je porteur du virus ? », tu sais bien que les seules réponses possibles sont « oui » ou « non ».

Tu continues tes recherches et tu tombes sur un article qui parle des étapes de la séroconversion. Ça dit ça : « A partir de la deuxième semaine (J14-J15), la protéine du VIH p24 ou antigène p24 devient détectable par l’antigénémie p24 ou les tests ELISA combinés. A partir de la troisième semaine en moyenne (de deux à cinq), les anticorps anti-VIH deviennent à leur tour détectables ». C’est quand même plus clair que sur wikipedia (merci les sites de vulgarisation médicale) et ça veut donc dire que tu n’es pas encore séropositif mais que tu vas le devenir…

Angoisse.

Et puis ça : « Il est facile de mettre en évidence les anticorps spécifiques des protéines du VIH qui persistent plusieurs années dans le sang. Ils prouvent l’infestation par le virus sans dire s’il s’agit d’une infection récente ou ancienne. Lorsqu’il y a ces anticorps, le sujet est séropositif. S’il n’y a pas d’anticorps, il est séronégatif. ». Tu relis les lignes une fois, puis deux, puis 10 : « Lorsqu’il y a ces anticorps, le sujet est séropositif. S’il n’y a pas d’anticorps, il est séronégatif. ».

Bon. Tu as des anticorps. Tu en as même 0,28. Donc sous le seuil d’alerte. Mais tu as des anticorps. Tu es donc en séroconversion. Bien fait pour toi.

Mais pourquoi ce seuil de 0,80 ? Tu poursuis tes recherches… et tu tombes là-dessus :  Un type qui a posté 822 messages écrit que « tu parles d’antigène p24 détectable. Cela implique que ta prise de risque est récente, puisque celui-ci apparaît deux à trois semaines après la contamination et disparaît après. L’antigène p24 donne une bonne indication. Qu’il soit positif, ce n’est pas très bon signe, en effet. Te dire le contraire serait mensonger ».

Cinetique_marqueurs P24

 

 

 

 


Tu ne dors plus.

En 6 mois, tu as fait 3 tests. Tu n’arrivais à parler de tes doutes à personne. Tes p24 sont passés de 0,28 à 0,15 puis à 0,08. Tu n’allais quand même pas subir de séroconversion en un an… A chaque fois, tu tremblais en allant au labo et encore plus en y retournant le lendemain chercher tes résultats.

La dernière fois, tu as fini par demander au médecin biologiste une explication du résultat. Le mec a soupiré et t’a répondu « vous avez toujours été largement sous le seuil de 0,80 donc pas d’inquiétude ». Tu voulais comprendre. Il a évoqué un contrôle qualité, des principes de précaution moisis et a reconnu que ce type de résultat ne devrait pas être communiqué au grand public (comme si toi, tu étais du « grand public »).  Tu as réclamé encore des explications. Il t’a embrouillé avec une histoire de protéines voisines qui se reflétaient dans un truc chelou.

Bref, tu n’as rien compris. Tu es séronégatif, tu as 44 ans et tu es en pleine santé et maintenant, tu arrêtes de te prendre la tête. Prends juste une heure ou deux pour rassurer les internautes qui, comme toi, cherchent à comprendre ce qu’il leur arrive et tombent sur des articles moisis.

Et la prochaine fois, mets des capotes. Ça t’évitera de te poser des questions.

Amour | Non classé | sexe | 17.12.2013 - 21 h 41 | 5 COMMENTAIRES
Ces garçons à qui tu as brisé le cœur

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Ce post a failli s’appeler « de la difficile inadéquation entre l’offre et la demande » mais tu trouvais que ça faisait trop petit traité d’économie.

Ta vie amoureuse, en fait, c’est essentiellement pleurer Clément, même si tu dois tout de même admettre (à ton corps défendant) que la perspective de vieillir vivre sans lui est quelque chose que tu commences enfin à accepter. (après 18 mois de larmes, il était quand même temps).

Bien heureusement, ta vie amoureuse en 2013 n’a pas été occupée que par Clément. Quand tu fais une espèce de bilan de l’année, ça n’est tout de même pas glorieux. Tu t’es vengé de Clément sur de pauvres victimes et tu as aussi ressenti cette année des petits sentiments amoureux pour de pauvres garçons qui n’avaient rien demandé.

Flash-back :

Tu regrettes de ne pas avoir réussi à obtenir de Benoît autre chose que son corps (tu as la désagréable sensation d’avoir attendu quelque chose d’un garçon qui ne te considérait que comme un gode ambulant). Mais voilà : pour que le cœur de Benoît puisse battre pour un homme, il faut que celui-ci lui fasse mal. Toi, tu ne lui voulais que du bien. Next.

Cet été, tu as eu cette petite histoire avec Pascal, un énarque brillant, beau penseur et beau parleur, romantique, écorché et surtout extrêmement tourmenté. Pascal n’est pas un mec pour toi. Il habite dans un appartement qui semble être resté dans les années folles, écoute des disques de charleston, a des lectures improbables, rêve de brutes épaisses poilues, milite au front de gauche et épouse toutes les causes LGBT.

Toi, tu n’as pas fait d’études, tu considères que tout ce qui a été créé avant 2007 est has been, tu n’écoutes que Britney, Kylie et assimilées, tu es sympathisant MoDem convaincu, tu es enflé comme un bébé crevette et tu rejettes le conglomérat LGBT sous prétexte que rien ne ressemble moins à un gay qu’une lesbienne (et ne parlons même pas des trans…). C’est dire si tu n’as rien en commun avec Pascal et si tu ne peux guère retenir son attention. Pourtant, un petit quelque chose avait démarré entre vous. Une amourette d’été tuée dans l’œuf. Vous n’aviez pas réussi à entretenir le feu. Next.

Il y a eu Romain, un psychopathe de tout premier ordre. Celui-là, il faudrait lui tatouer sur le front « attention, je suis un connard ». Comment un garçon aussi lisse et propre, ce portrait parfait de genre idéal peut-il être aussi diabolique ? Tu as passé quatre soirées avec lui, as échangé sur bien des choses (presque jusqu’au sens de la vie), il t’a présenté à ses amis, et puis… il a disparu. Plus de nouvelle. Rien. A 44 ans, tu ne peux pas lui trouver d’excuse du type « il a perdu mon numéro de téléphone / il a peut-être eu un accident qui l’a rendu amnésique / il a été enlevé par des extra-terrestres / il est mort ». Non, Romain est ce qu’on appelle une allumeuse, il t’a tourné autour et lorsque vous vous êtes embrassés, il a disparu.  Next.

Et puis il y a Jérôme.  Tu trouves qu’il ressemble à Clément ;  il ressemble en fait à tous les pédés du Marais : belle gueule, allure soignée, look BCBG, petite barbe courte, sourire d’ange et regard de démon. Jérôme est ce qu’il convient d’appeler un plan-cul-régulier. Il ne couche plus avec le mec avec qui il vit depuis cinq ans, ne sait pas s’il l’aime encore mais n’envisage absolument pas de le quitter. Il n’a pas été capable de t’expliquer pourquoi. Quand son mec commet l’imprudence de le laisser sans surveillance, Jérôme allume Grindr, regarde si l’un de ses PQR est connecté et en sollicite un. Vous vous êtes fait du bien 5 ou 6 fois et à chaque fois, avec lui, le sexe est parfait.

Le problème, c’est que l’avant-dernière fois que Jérôme t’a sollicité sur Grindr, il avait du temps : son mec était parti 3 jours en séminaire d’entreprise. Le vendredi soir, tu avais débarqué chez lui, lui avais mis la misère toute la nuit et tu étais resté dormir. Le samedi matin, il t’avait préparé un brunch, vous étiez allés à la piscine ensemble, puis fait du shopping et la sieste (jetons un voile pudique sur cette scène absolument pornographique). Le soir, il t’avait concocté un délicieux petit dîner et le dimanche, vous aviez fait une balade en forêt et aviez maté des DVD. Lorsque vous vous êtes quittés le dimanche soir, tu t’étais dit que tu adorerais avoir un petit ami comme Jérôme. Tu n’y avais pas repensé depuis mais la semaine dernière, il t’a abordé sur Grindr et t’a dit que « ce week-end [s]on mec part[ait] au ski avec leurs copains » et qu’il te kidnappait de jeudi soir à dimanche soir. Tu sais que c’est mal, mais tu as annulé tous tes projets du week-end. Tu as aussi pris ta journée de vendredi pour profiter du cul des bras de Jérôme trois jours complets. Le dimanche soir, Jérôme t’a dit « si je n’avais pas de petit ami, j’essaierais sans doute de faire quelque chose avec toi » mais la question ne se pose même pas. Next.

Cette année, quelques autres garçons t’ont permis de te sentir à peu près vivant. Des garçons dont tu n’as pas voulu.

Solal est le premier d’entre eux. Ce garçon était tendre, sensible et hyper sexy. Quand vos corps entraient en contact, il était évident qu’ils étaient faits l’un pour l’autre. Solal te collait des nuits entières, se lovait dans tes bras, se réveillait avec le sourire et vénérait ton corps. Solal était un éternel célibataire, solitaire et libre mais il est tombé amoureux de toi. Ca l’a fait flipper. Il est parti, revenu, avait besoin de toi. Mais il était drogué jusqu’à la moelle et à moitié SDF. On n’a pas le droit de s’attacher à ces gens-là. Il grandira peut-être un jour, mais avec un autre : tu n’as pas de temps à perdre. Next.

Il y a eu Nicolas, un boxeur au nez cassé, aux biceps ronds et aux pectoraux gros comme les seins de Samantha Fox. C’était ce qu’on appelle vulgairement un « plan cul direct » : il avait débarqué chez toi et s’était rué sur ton short. Comme tu n’es pas un eunuque mais une fille facile un homme normalement constitué, tu t’es laissé sucer. Nicolas a sans doute considéré ça comme un cadeau du ciel. Tu habites ton quartier depuis 4 ans et tu ne l’avais jamais croisé. Depuis, Nicolas passe sans arrêt « par hasard » dans ta rue, fait ses courses au Monop’ aux mêmes heures que toi (soit à 21h50 juste avant la fermeture, alors qu’il sort du bolulot à 16h15), hante « ton » Japonais (il a sans doute repéré le sac en papier dans ta poubelle quand il est passé chez toi) et te regarde avec le même regard que Droopy. Un jour, tu lui as dit (gentiment) qu’il fallait qu’il cesse de te tourner autour. Il est parti triste. Next.

Il y a eu Eloi. Un garçon fragile, peu sûr de lui, un peu tremblant. Il te disait que tu irradiais, il était toujours disponible, avait toujours envie de te voir, disait que ta façon de le posséder « plein de douceur mais très directif » le rendait fou. Ce qui t’avait fait vraiment flipper, c’est qu’il te regardait dormir. Quand tu te réveillais au milieu de la nuit, Eloi avait le coude sur le matelas, le poing sous l’oreille et il te regardait en souriant aux anges. Une nuit, tu l’as entendu murmurer des mots d’amour alors qu’il croyait que tu dormais. Tu as fait semblant de dormir. Tu n’as plus répondu à ses appels. Tu es lâche. Next.

Il y a surtout Quentin. Quentin t’a cajolé, consolé, chouchouté ; il t’a simplement aimé. Il t’avait rencontré sur Grindr et il te désirait. Tu l’avais snobé parce qu’il avait 15 ans, 20 centimètres et 25 kilos de plus que ce avec quoi tu baises habituellement. Et puis, comme il t’avait bien chauffé, tu y étais allé « pour voir » si tu étais capable de niquer avec une brute épaisse… ce mec aux allures de rugbyman t’a permis  de comprendre que tu pouvais posséder un homme, un vrai, et pas seulement des minets. Quentin était un peu maso, tu faisais des trucs un peu trash avec lui mais « après », il te prenait dans ses bras puissants et te murmurait « dors, bonhomme ». Tu posais ta tête sur ses pectoraux, tu te sentais alors tout petit mais tu étais apaisé. Tu faisais des insomnies depuis des mois mais avec Quentin, tout était soudainement bien plus simple.

Quand tu as compris que Quentin était tombé amoureux de toi, tu avais tenté de l’en dissuader. Tu lui avais expliqué que tu avais le cœur brisé (par un autre). Cet idiot a essayé de le recoller. Et puis un jour, il a débarqué chez toi et tu étais en larmes. Il t’a demandé ce qui n’allait pas. Tu ne voulais pas lui expliquer, juste qu’il s’en aille et qu’il te laisse avec ta détresse. Il a insisté : il voulait comprendre.

Tu venais de recevoir un e-mail de Clément qui t’écrivait « je suis désolé que tu sois malade de moi. Il n’y a rien à espérer. Oublie-moi, passe à autre chose. Je te souhaite te guérir vite ». Tu venais de comprendre que tu avais perdu Clément à jamais et qu’il ne reviendrait pas. Tu as tout expliqué à Quentin. Il t’a accusé de lui avoir menti parce que tu n’avais pas le cœur brisé : ton cœur était pris par un autre et ça n’était pas pareil.

Quentin se sentait capable de recoller ton cœur mais pas d’usurper la place que tu avais gardée pour Clément. Tu as vu ce grand gaillard solide comme le roc, capable d’encaisser tous les coups, s’écrouler comme un château de cartes. Deux mois plus tard, il te rappelait, te proposait de déjeuner avec toi et tu trouvais que ça c’était bien passé même si tu culpabilisais de voir Quentin amaigri (même si ça ne lui faisait pas de mal) et sonné (sans doute l’effet des antidépresseurs qu’il t’a confié prendre). Le soir-même, il t’envoyait un SMS qui disait « je suis encore amoureux de toi ; te voir est une torture ». Quentin n’était pas assez maso pour supporter ça. Tu t’es dit que tu lui faisais vivre ce que Clément te faisait vivre mais ça n’a pas atténué ton chagrin. L’autre jour, tu l’as croisé par hasard. Il a blêmi. Tu as mauvaise conscience de l’avoir fait souffrir, surtout que ça ne t’aura servi, à toi, à rien.

La vie est mal faite. Tu ne retiens pas l’attention de ceux qui font battre ton cœur et ceux qui t’aiment ne te plaisent pas. Et quand le coup de cœur semble réciproque, le mec n’est pas libre.
Et toi d’ailleurs, l’es-tu (libre) ? Es-tu capable de retomber dans une histoire ? Tu ne le sais pas…

Retrouvez désormais mes bonnes et mauvaises humeurs en me suivant sur Facebook (n’insistez pas : je ne comprends toujours pas comment marche twitter)

 

Actu | Amour | Associatif | 05.12.2013 - 20 h 12 | 1 COMMENTAIRES
Tu te réjouis du mariage de tes copains pédés.

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Tu t’étais dit que le croiser par hasard à Bastille le soir de l’élection de François Hollande était le signe que tu te marierais avec Clément, tu as défilé 3 ou 4 fois l’hiver dernier dans les rues glaciales de Paris pour défendre la cause, tu as vécu l’été dernier une petite histoire avec Pascal, militant LGBT et activiste mariage-pour-tous pour qui la principale raison de vivre est la lutte pour l’égalité.

Pourtant, pour toi, le mariage gay était quelque chose de théorique, ce genre de chose qui « n’arrive[rait] qu’aux autres ».

Lorsque tu as signé un PaCS avec Sylvain en 2004, vos amis vous avaient demandé « si vous aviez pu vous marier, vous l’auriez fait ? ». Vous aviez répondu spontanément « oui » (toi) et « ça va pas, non ? le PaCS, c’est juste un bout de papier, pas un engagement » (lui).

Tu avais mis au fond d’un tiroir tes rêves de petite fille romantiques, tu avais fermé le tiroir à clé, jeté la clé au fond d’un puits sans même penser qu’un jour, tu aurais la possibilité d’épouser celui que tu aimerais.

Il faut dire que tu aurais imaginé que Sylvain te demanderait ta main d’aller avec lui au tribunal d’instance dans des circonstances et pour des raisons plus romantiques : un soir, tu étais rentré au domicile conjugal commun et Sylvain avait mis le salon à sac tellement il était énervé : il avait calculé que malgré ses statuts d’agrégé, de normalien et de docteur de l’université, l’éducation nationale ne lui accorderait pas assez de points pour enseigner dans un « bon lycée » et qu’il allait se retrouver dans un collège de banlieue sous prétexte que le simple fait d’être marié et/ou d’avoir des enfants donnait à beaucoup d’autres bien davantage de ces fameux « points ».

Après 20 minutes d’une démonstration toute scientifique, Sylvain avait terminé par « on n’a pas le choix : on doit se PaCSer ». Tu t’étais moqué :
– toi « mon chéri, c’est tellement romantique »
– lui « déconne pas. Tu veux vraiment que je moisisse dans un collège du 9-3 à enseigner à des prédélinquants analphabètes ? Si tu ne veux pas te PaCSer avec moi, je demanderai à une copine ». Alors comme d’habitude avec Sylvain, tu avais courbé l’échine et avais dit « oui ».

Lorsque vous étiez allés ensemble au tribunal d’instance pour prendre rendez-vous, l’agent d’accueil vous avait indiqué que « le prochain rendez-vous de la greffière est dans 50 minutes. Vous voulez signer maintenant ? ». 30 minutes après, tu n’étais plus vraiment célibataire et tu étais parti bosser en sautillant, un brin d’herbe le sourire à la bouche.

Sylvain avait son précieux sésame à 300 points dans la poche et au moment de te dire « à ce soir », il t’avait demandé comme un service intimé l’ordre de n’en parler à personne.  Alors comme d’habitude avec Sylvain, tu avais courbé l’échine et tu avais dit « OK ».

Malgré cette expérience assez gore de cette espèce de sous-mariage (la seule institution ouverte à l’époque aux gens de ton espèce), malgré le fait que tu n’épouseras  pas celui que tu aimes à en crever (puisqu’il ne veut pas de toi), tu t’es battu pour le mariage pour tous.

Tu as même fait preuve d’un véritable prosélytisme pour l’ouverture de ce droit aux couples de même sexe. Tu as entraîné dans les manif’ tes copains hétéros, mobilisé jusqu’à ta copine Marie (enceinte de 7 mois et des poussières) et profité du fait que ces jours-là, tu avais tous les droits pour embrasser ton ami Etienne (hétéro sursexy) sur la bouche.

Dans les débats, face à ceux qui opposaient le mariage à la stérilité, tu prenais toujours l’exemple de tes amis Valérie (52 ans) et Oscar (48 ans) qui n’allaient sans doute pas avoir d’enfant et qui se sont pourtant mariés l’été dernier sans provoquer l’ire des dames patronnesses.

Au moment du vote de la loi, comme tu es une adolescente de 14 ans romantique, l’engagement de Taubira t’a fait pleurer (comme celui de Roselyne Bachelot en son temps). La loi est passée et pour toi et pour tes proches, rien n’a vraiment changé.

Et puis, le mois dernier, tu as reçu ton premier faire-part : Maxime et Leo allaient se marier et ils te priaient de t’associer à leur union. Certes, ils ne sont pas tes amis les plus proches mais tu les aimes bien et tu t’es bien entendu réjoui.

Tu avais rencontré Maxime dans un cadre professionnel et tu avais passé pas mal de temps (professionnel) avec lui. Entre vous, le courant était immédiatement passé et tu ne t’es même pas posé la question de savoir s’il était gay ou hétéro (de toute façon, ton gaydare est assez moisi)

Un jour, Maxime t’a juste expliqué qu’il refusait une mutation parce que « tu comprends, ici, j’ai mon copain ». Et il te l’a présenté. Tu le ne savais pas encore, mais Leo était son premier véritable petit ami.

Cinq ans après, en ce pluvieux après-midi du 9 novembre, le maire d’un petit village de Picardie a célébré « son » premier mariage gay. Il était stressé par l’enjeu parce qu’il n’avait pas « le mode d’emploi ». Les familles, les amis les plus proches étaient tous là. Quand le maire a proposé aux invités qui le souhaitaient de prononcer quelques mots, tu as été le premier à rejoindre le pupitre.

Quand tu étais beaucoup plus jeune, tu as été animateur dans une radio FM et la première règle qu’on t’a apprise, c’est « on n’ouvre pas le micro si on ne sait pas ce qu’on va dire ». Au moment de faire face aux invités, tu ne savais absolument pas ce que tu allais dire et pourtant, tu as enchaîné 10 minutes de déclarations.

Des déclarations ouvertes à Max et Léo qui forment « le plus beau des couples », mais surtout des déclarations cachées :
– à Sylvain, que tu as tant aimé et dont tu aurais tellement aimé qu’il te dise il y a 9 ans « on ne peut pas se marier parce que la France est rétrograde, mais puisque nous ne pouvons pas faire plus, je veux me contenter d’un PaCS avec toi. Un PaCS qui aurait valeur de mariage parce que si je le pouvais, je te demanderais en mariage »,
– à Clément, parce que le 6 mai 2012, tu t’étais dit « si je le croise à la Bastille ce soir, ça veut dire qu’on va se marier », qu’au milieu des 300 000 personnes qui étaient là, tu l’as retrouvé (tu avais même failli lui offrir la rose rouge que tu venais d’acheter) et que 18 mois plus tard, tu as encore l’impression de crever chaque jour de ne pas vivre avec lui,
– à Pascal qui du fait de son engagement militant a peut-être déjà assisté à 36 mariages gay mais qui n’a pas été capable d’accepter l’espèce d’amour que tu lui portais,
– à tous les couples qui peuvent désormais se marier parce que vous êtes des centaines de milliers à avoir voté pour la promesse 31, à avoir défilé dans le froid de l’hiver dernier, à avoir tellement souffert des déclarations d’homophobie ordinaire qui fusent depuis 18 mois.

Tu étais là, dans cette petite mairie picarde à crier la fierté de ce combat qui avait (aussi) été le tien, ton amour pour Clément et tes félicitations aux nouveaux mariés. Tu te réjouissais de partager ce moment avec ceux qui comptent pour Maxime et Léo, et tu pleurais à la fois de joie (pour eux) et de la douleur (parce que tu aurais tant aimé à leur place, aux côtés de Clément).

Et là, tu as compris que parmi les 60 à 80 personnes qui assistaient à la cérémonie et qui écoutaient ton discours, tout le monde pleurait. Et pourtant, seuls Max, Leo et toi étiez gay. (comme quoi, la sensiblerie n’est pas l’apanage des fiottes).

Tous ces gens étaient au mariage de leur fils, leur frère, leur cousin, leur neveu, leur collègue, leur ami d’enfance, ils n’étaient pas à un « mariage gay » mais à un mariage-tout-court : la lutte pour l’égalité n’a donc pas été vaine.

Et puis, celle que Maxime avait choisie comme témoin à fait face au public à son tour. Son discours a commencé par « ceux qui connaissent mon histoire comprendront à quel point ce moment est difficile pour moi. Depuis dix ans, je rêve du mariage de Max. Mais dans mes rêves, je suis assise à ses côtés et j’ai une robe blanche. Pourtant, aujourd’hui, je suis heureuse… heureuse de son bonheur, heureuse qu’il aime quelqu’un qui l’aime tant »

Elle était heureuse que l’homme qu’elle aime depuis le lycée soit heureux. Pour toi, cette preuve d’amour était peut-être la plus belle. Alors, tu as séché tes larmes et cessé un instant de penser à Clément et son absence pour te concentrer sur le bonheur accompli de Maxime et Leo.

Soyez heureux les mecs !

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Actu | Amour | Perso | 21.11.2013 - 08 h 13 | 8 COMMENTAIRES
Désormais, plus personne ne se permettra de t’embêter

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Il y a quelques semaines, tu as rencontré Romain. Comme ça, il a l’air parfait. Gueule d’ange, sourire éclatant, Romain n’est sans doute pas ce genre de garçon à jurer ou à transpirer. Tu l’as rencontré par l’entremise de votre ami Baptiste, une relation commune. Bref, un jour, Baptiste a organisé un blind date déjeuner. Le courant était bien passé… tellement bien que vous ne vous souvenez ni l’un ni l’autre avoir parlé avec Baptiste qui se contentait de passer les plats et de contempler d’un air béat cette jolie rencontre.

S’en était suivie une promesse de dîner tous les deux la semaine suivante. Après quelques échanges de SMS, vous vous étiez mis d’accord sur une date pour ce dîner et c’est Romain qui avait choisi l’endroit. Un restaurant italien à son image : sobre, très joli, élégant et un peu snob. Quand Romain est arrivé, tu as été un peu ébloui. Tu ne l’avais vu qu’en tenue de week-end, en jeans et en baskets. Là, il sortait du bureau et portait un costard slim Boss, une chemise d’un blanc éclatant et une cravate fine. Ses chaussures étaient immaculées (alors qu’il pleuvait à verse) et son sourire toujours éclatant. Comme dirait Nathalie Kosciusko-Morizet, un véritable moment de grâce

Après trop de cocktails, des tapas délicieuses et trois desserts, Romain t’avait murmuré en te regardant dans les yeux « je n’ai pas du tout envie de rentrer chez moi ; on va prendre un verre ? » Vos pas vous avaient portés au Raid. Pour ceux qui ne connaissent pas le Raid, c’est un bar avec des  cabines de douche où des garçons surmusclés font des espèces de performances porno-scéniques sur des chorégraphies qui sont à la danse de ballet ce que Guillaume Musso est à la littérature.

Les clients regardaient Romain avec autant de bave aux lèvres que lorsqu’ils mataient les gogo boys. Romain réussissait l’exploit, du haut de son mètre 67, de regarder les gens de haut. Vous aviez commenté à haute voix nombre des disgrâces physiques des clients du Raid. Après une petite heure, Romain t’avait lancé un défi : « challenge : on parle à des moches ».

Vous aviez alors noué la conversation avec un Mexicain hideux (appelons-le Pepito) qui vous avait dit que vous étiez super mignons et demandé depuis combien de temps vous étiez en couple. Vous aviez tous deux ri à l’unisson :
(Pepito) « why are you laughing ? Don’t you like him ? »
(Romain) « I really like him, but we are not a couple. Not yet. I am sure it will be serious and I don’t want to go to fast with him »
(Pepito) « And what about you ? How could you resist to kiss him ? »
(toi) « Hombre, no besarle por la primera vez en un lugar tan sucio y vulgar : imagínate el discurso de nuestro matrimonio « nuestro primer beso fue en el « Raid ». Joder, la primera vez con él debe ser totalmente perfecta. ¿Crees que somos una pareja ? Te digo : este tío va a ser mi marido »

Romain t’avait dit qu’il ne comprenait pas l’espagnol et que ça n’était pas du jeu. Vous aviez continué à vous renifler le cul danser en vous frôlant et en vous regardant dans les yeux en souriant bêtement et vous êtes rentrés chacun de votre côté ivres-morts.

Trois jours plus tard, vous vous êtes retrouvés, avez déjeuné ensemble, beaucoup échangé, prolongé le déjeuner par une petite balade sur les quais et au moment de te dire « au revoir », Romain t’avait serré très fort dans ses bras. Il t’avait dit qu’il passait la semaine à Toulouse pour le boulot et qu’il espérait te voir le week-end suivant.

Samedi, il te proposait de le rejoindre chez des amis. « Viens pour le dessert, je pense qu’on ira danser ensuite ».

Tu as débarqué vers 23h chez des fiottes venimeuses gens que tu ne connaissais pas (ils étaient 7) et tu as dû répondre à un questionnaire nourri. Quand tu avais annoncé partir le lendemain pour 10 jours en Asie, l’un d’eux t’a rétorqué que « tu [allais] devoir annuler : Romain ne va pas pouvoir se passer de toi aussi longtemps ». Romain et toi aviez rougi comme deux collégiennes prises en faute. Tu as ensuite appris que tous ses copains appelaient Romain « slutty » (n’est-ce pas charmant ?) et vous êtes partis danser à la Docteur Love.

A peine arrivés, Romain t’avait entraîné au bar pour commander quelque chose à boire. Comble de malchance : il avait trouvé une petite place à côté de Clément, l’amour de ta vie. A chaque fois que tu sors dans un lieu gay, tu tombes sur Clément.
«  Romain, s’il te plait, pas là
– pourquoi ?
– le mec en turquoise, derrière. C’est mon ex et ça s’est pas très bien passé à la fin
– t’inquiète, je vais lui défoncer la gueule, il ne te posera plus de problème
– euh… on va plutôt se calmer et aller à l’autre bout du bar ».
Il avait accepté, non sans lancer un regard chargé d’électricité et de haine à Clément.

Pendant deux heures, vous aviez dansé les yeux dans les yeux. Le Club Haussmann était noir de monde et par deux ou trois fois, des garçons avaient bousculé Romain. Il a réagi violemment à chaque fois et hurlé « mec, tu me touches encore une fois et je te démonte ».  L’un de ses copains t’a alors expliqué que « Romain aime bien la castagne ».

Au bout d’une heure ou deux, vous aviez (enfin) échangé votre premier baiser. La postérité retiendra que c’était sur « That Power » de Justin Bieber et Will I am (l’espace d’un instant, tu as considéré ce titre comme la plus belle chanson du monde mais depuis, tu as dessoûlé).      

Une espèce d’éphèbe qui ne se rendait pas compte à qui il parlait a crânement demandé à Romain « tu ne trouves pas qu’il un peu trop vieux pour toi, ton mec ? ». Il a à peine eu le temps de terminer sa phrase que Romain le plaquait contre un poteau et lui mettait trois gnons dans la tête. Le minet était sonné. Tu t’es mis entre les deux :
(toi) « C’est bon Romain, arrête, il a compris »
(Romain) « non c’est pas fini. Je vais lui faire la peau »
(le minet) « putain, j’ai rien fait. T’es trop beau, je suis jaloux, c’est tout »
(Romain, les yeux injectés de sang) « dégage avant que je m’énerve, je vais te buter, petit con »
Un mec de la sécurité est arrivé, t’a demandé des explications. Tu as calmé le jeu et le minet s’est fait virer. Tu as demandé à Romain de se calmer et il t’a répondu « il t’a insulté. J’en ai rien à foutre de ton âge. Tu me plais. Je suis là désormais et plus jamais personne ne te fera de mal ». La soirée a continué.

Tu as alors recroisé Clément. Tu l’as prévenu que « [t]on mec [voulait lui] casser la gueule mais que [tu] ne le laisserai[s] pas faire. Mais s’il te plait, essaie de l’éviter, c’est pas un tendre »   

En tout cas, ce soir-là, tu t’es dit 1) que tu pensais avoir un mec, 2) qu’il n’était pas si parfait que ça parce que sous des allures lisses, se cache un vrai psychopathe genre Dexter Morgan. 3) que du haut de on mètre 67 et avec son tempérament hargneux, c’était plutôt une espèce de Joe Dalton. 4) que tu avais intérêt à ne pas lui faire de mal. Ça se retournerait contre toi…

Mais en fait, Romain n’a plus jamais été disponible. Ce mec, c’était juste ce qu’il convient d’appeler une allumeuse.

JOE

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Amour | Perso | sexe | 05.11.2013 - 00 h 38 | 3 COMMENTAIRES
Barbe is beautiful

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Le truc bien avec la mode,  c’est qu’elle évolue.

En 1986 (l’année de naissance de la majorité de tes amants d’aujourd’hui), quand un garçon de 24 ans te draguait, tu le méprisais parce qu’il était (très) vieux. Pendant des années, on t’a répété « à 30 ans, on est périmé sur le marché du cul » et ça te faisait (grave) flipper.

Et puis tu as eu 31 ans et tu as rencontré Sylvain. Tu es resté avec lui pendant 8 ans et tu étais fidèle (du moins pendant les 7 premières années…). Autant dire que tu n’as pas vu évoluer le marché, l’offre et la demande en terme de physique dans le marécage pédé-parisien.

Et à 39 ans et demi, soit à l’automne de ta vie, tu t’es fait plaquer par Sylvain. Tu disais alors « je ne vaux plus rien sur le marché du cul. Je me taperai une pute de temps en temps mais j’ai fait mon deuil de toute relation »

Ton ami Georges t’avait promis le contraire : il avait témoigné : « quand j’ai eu 40 ans, à chaque fois que je rentrais dans un lampadaire, y’en avait 4 qui tombaient ».

Georges est ton plus vieil ami. Quand tu l’as rencontré, tu avais 18 ans et il en avait 41. Ses cheveux étaient déjà tout blancs. Toi, tu en avais encore plein (des cheveux). Les cheveux de Georges n’ont pas changé depuis. Les tiens ont été portés disparus. Pour Grégoire (ton amoureux de l’époque, vous aviez le même âge) et toi, Georges était une espèce de deuxième père. (On ne va pas aborder ici le chapitre « pères absents, mères abusives », on n’a pas la place ni le temps)

Revenons à nos moutons : on en était à ta rupture avec Sylvain : tu avais 39 ans et demi, tu étais célibataire pour la première fois depuis bien longtemps et tu te disais que « maintenant, au niveau cul, ça va être très calme ».

C’était sans compter qu’il y a plein de minets qui ne rêvent que de matous. Pourquoi plais-tu aux mecs de 20 ans et des poussières ? Tu as engagé une petite enquête de terrain.
Tu passes sur tout ce qui est rapport au père (pas besoin d’avoir étudié Lacan deux ans pour comprendre).

Visiblement, tout ça est une histoire de marketing. Les mecs sont catégorisés.

Tu es loin d’être bear (il te manque 25 kilos dont 1 de poils) ;
Tu ne peux pas être défini comme sugar daddy (tu souhaites avoir l’illusion d’une relation à peu près équilibrée avec un mec, même si il a 20 ans 15 ans de moins que toi) ;
Tu n’es pas un athlète (faire 2 heures par semaine de longueurs à la piscine Paul Valeyre ne suffira pas à changer ton corps) ;
et certainement pas un hipster. Certes, tu passes inaperçu au Bonne Nouvelle, parce que tu as le même look que les autres (en moins grave), mais tu ne comptes pas aller au bureau en short à fleurs et chemises à carreaux, parce que 1) tu te respectes, 2) tu as un vrai métier (tu ne considères pas qu’être h-mup designer ou web-marketeur est un sot métier mais bon, en gros, tes clients ne comprendraient pas que le boss de leur boite de consulting en marketing soit déguisé).

En fait, ce que te disent les mecs avec qui tu couches, c’est que ce qu’ils aiment chez toi, c’est que tu ressembles simplement à un mec : tu n’as pas de sac à main, tu n’es pas une fashion victim, tu as une voix d’homme, tu travailles en jeans et en baskets (normales, pas des trucs de créateur) ou en costard cintré avec des chaussures bien cirées. Et tu mets des chemises. Sobres et ajustées. Unies. Le plus souvent noires ou blanches. Parfois bleues parce que ça fait ressortir tes yeux. En plus, tu laisses négligemment systématiquement un bouton de trop ouvert sur ton torse. Sur lequel chacun peut loucher sur tes poils.

Parce que oui, tu as des poils. Tu ne t’épiles pas les sourcils, tu as une petite moquette sur le torse et surtout, depuis avril 2012, tu portes la barbe. Dingue à quel point la barbe transforme un mec quelconque comme toi en un mec qui pue le sexe.

Ta barbe n’est pas une petite barbichette dégueu ; pas non plus une barbounette de 3 jours moisie ; encore moins une espèce de barbe de hisper touffue, nid à petits rongeurs (poke à Max Donzel, à qui tu as emprunté cette jolie expression).  

Tu as juste une barbe normale, courte et fournie, dont tu confies l’entretien à un coiffeur-barbier paki près de ton bureau (pour 8 €, il te coupe t’égalise aussi le demi-centimètre que tu as sur le crâne).  

Désormais, quand tu embrasses un mec barbu, on dirait la pub du scotch-brit et du hérisson. Quand tu embrasses un mec aux joues glabres, tu caresses toujours sa joue de tes poils. Quand tu es allongé au-dessus d’eux, tu laisses toujours courir ta barbe sur leur dos et leur nuque. Pour eux, frisson garanti.

herisson

 

 

 

 

 

Si tu portes la barbe depuis 18 mois, c’est parce que ton ami Aurélien t’avait dit que Clément, l’amour de ta vie, aimait les hommes barbus. Tu voulais lui plaire et ça a marché : quand tu l’as rencontré, tu avais les joues lisses. Quinze jours après, il avait dit à Aurélien « il est canon avec sa barbe ; il va falloir que je me retienne de faire des bêtises ». Tu ne sais pas si ça aurait été une bêtise, mais il a su se retenir de t’aimer.

Clément t’a brisé le cœur, t’a fait vieillir de 10 ans, mais grâce à lui, tu plais désormais aux hommes. Tu vas encore pleurer en écrivant ces mots mais si tu lui envoyais aujourd’hui, un message, tu lui dirais… « merci Clément, je voulais plaire à un seul homme (toi) mais grâce à toi, nombre d’hommes qui ne me remarquaient pas me désirent désormais ».

Parce que désormais, tu es sexy. Parce que la barbe, c’est beautiful. 

copyright photo : ton amie Manuela, cougar dont le très jeune amant futur mari est barbu (well… autant qu’un adolescent puisse l’être)

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BARB IS BEAUFIFUL

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