6890 Non classé | 40etdespoussieres

La bannière doit faire 1005 x 239 pixels

40etdespoussieres
Les errements d'un quadra' célib'
Non classé | 03.01.2015 - 16 h 59 | 4 COMMENTAIRES
L’heure du choix

Étiquettes : , , ,

Quand tu as eu 40 ans, tu as su que c’était fini : tu n’avais plus aucune chance d’être en couple. Ta quête était vaine depuis tant d’années et à ton âge, quand on a laissé passer la date limite de fraîcheur, c’est définitivement trop tard. Sans doute les vilaines fées qui s’étaient penchées sur ton berceau avaient choisi de te programmer célibataire-à-vie. A réflexion, c’était peut-être mieux ainsi : tu profitais d’une totale liberté et tu laissais exprimer tes envies de sexe avec de nombreux amants !

Quand tu as rencontré Clément, ton grand amour, tu avais repris confiance en toi. Ne nous étendons pas sur ce sujet. Ton amour pour Clément est ton cancer, ce truc que tu as en toi et qui ne passera jamais même si à certaines périodes de ta vie, tu te sens en rémission.

Depuis 18 mois, tu vis une espèce de truc indéfinissable avec Solal. Mais le 11 octobre dernier, tu as rencontré l’homme idéal.

La vie est bizarrement faite : tu avais fini à accepter le fait que tu n’étais pas programmé pour être heureux à deux, épanoui en couple ou satisfait de ta condition. Tu savais que Clément t’a arraché le cœur, qu’il l’avait tordu, piétiné et broyé, que tu devais vivre sans cet organe que d’aucun croit vital.

On peut vivre sans amour. Tu avais fini par l’accepter.

Et puis tu as rencontré Fabrice. La vie est bizarre. Tu ne l’attendais plus. Le problème (il y a toujours un problème…), c’est que depuis quelques mois, tu t’étais laissé envahir par Solal. Solal vivait chez toi, partageait ton quotidien, tes soirées, tes nuits et une grande partie de ton temps libre.

Certes, Solal, trop jeune, trop fou, alcoolique et drogué ne pouvait pas être l’homme de ta vie. Il occupait quand même le terrain et tu devais bien reconnaître que sa présence ne te déplaisait pas.

Tu l’as quand même envoyé aller voir ailleurs si tu y étais quand tu as rencontré Fabrice. En vrai sultan, tu as géré ton emploi du temps pour honorer ton harem (ne sois pas trop prétentieux : ton harem n’était composé que de deux hommes ; certains ont un planning plus exigent)

Pendant un mois, tu as jonglé entre Fabrice et Solal comme tu le pouvais, tu changeais tes draps tous les deux jours pour qu’ils ne puissent pas sentir l’odeur de l’autre, et tu as fait beaucoup de lessives (elles contenaient une proportion démesurée de serviettes de toilettes).

Tu as réussi à faire croire à Solal que tu avais « rencontré quelqu’un qui te troublait » et que tu « dev[ais] être seul pour faire le point sur [t]es envies ». Tu es parvenu à convaincre Fabrice que Solal n’était qu’un intérimaire et que tu n’étais pas plus engagé que cela avec lui (la preuve : Fabrice passait bien des nuits chez toi et si tu n’étais pas toujours disponible, c’est que ton job t’accaparait vraiment).

Tu avais quelque mauvaise conscience à tromper les deux mais tu n’allais pas lâcher la proie pour l’ombre (pas folle, la guêpe) : il fallait que tu testes tes sentiments, tes envies, et que tu fasses davantage connaissance avec Fabrice.

Et puis, un samedi, le drame a bien failli se passer.

Il était convenu que Solal sorte ce soir-là avec son amie Mathilde. Ils iraient voir un concert post-punk ensemble, il dormirait chez elle et tous deux te rejoindraient chez toi pour bruncher le dimanche vers 11 heures. Tu avais passé la journée avec Fabrice et il était convenu qu’il dormirait chez toi « à condition de partir à 8h du mat’ ». Tu avais prétexté une obligation familiale à Versailles en hommage à ton défunt grand-père (c’était le week-end de la Toussaint, et c’était très crédible ; en tout cas, Fabrice avait tout gobé). Le laps de temps entre 8 et 11 était largement suffisant pour aérer, changer les draps, faire une lessive, et gommer tout signe d’adultère.

La journée avec Fabrice avait été parfaite entre brunch gourmand, sieste crapouilleuse, balade romantique et dîner fin. Sans doute avais-tu trop mangé car au dessert, tu avais souffert de maux de ventre (tu les avais affrontés avec dignité et courage).

En rentrant chez toi vers minuit, en proie à des douleurs vives, tu t’étais tout de même ému auprès de Fabrice de tes souffrances :
«  je ne sais pas ce que j’ai mais je ne me sens pas bien.
– je ne te l’avais pas dit mais depuis le dessert, je te trouve bien pâle. Qu’est-ce qui t’arrive ?
– des sueurs froides, j’ai mal au bide et là, je n’arrive presque plus à marcher ».
Tu avais peur de passer une mauvaise nuit. Vous aviez convenu qu’il était plus raisonnable (comme tu vieillis pour employer ces mots…) que Fabrice rentre chez lui et que vous ne passiez pas la nuit ensemble.

Tu étais rentré chez toi, avais vomi (non, tu n’es pas toujours le garçon glamour que tout le monde connait), pris un bain brûlant, et t’étais couché en jogging avec des grosses chaussettes (la quintessence de la sexy-attitude).

A 5 heures tu matin, on tambourinait à la porte : Solal avait fait une crise d’angoisse (ou une mauvaise descente de MDMA, l’histoire ne le dit pas), s’était réveillé en tremblant et pris de panique, avait sauté sur un Vélib pour se lover dans tes bras.

Tu as remercié le destin de t’avoir infligé des troubles intestinaux. Si tu ne t’étais pas senti mal à minuit, tu n’aurais pas prié Fabrice de rentrer chez lui et la confrontation entre Solal et Fabrice au petit jour aurait été bien cruelle. Comme dans un cauchemar, tu imaginais Solal te demander si vraiment, c’était pour passer du temps seul à réfléchir que tu l’avais éconduit… et Fabrice s’étonner du fait que cet intérimaire sur-réagissait de façon très disproportionnée puisque ton espèce de relation avec lui était si légère.

Bref, tu as frôlé la catastrophe.

Tu t’es donc donné 10 jours pour prendre une décision. Tu as retourné ton cerveau en tous sens. Et puis tu as choisi : il a fallu que tu rencontres Fabrice, l’homme parfait pour te rendre compte que finalement, tu étais heureux avec Solal, qui était si imparfait.

Penaud, tu as demandé audience à Fabrice et as commencé à lui expliquer que…
« tu sais, après mon histoire avec Clément il y a deux ans et demi, je croyais que je ne rencontrerais  jamais quelqu’un avec qui je pouvais envisager de former un couple.
– et… ?
– et je t’ai rencontré
– et… ?
– je t’ai dit que je n’étais pas complètement prêt, que Clément m’entêtait, que j’avais mon intérimaire, mais tu n’es pas loin de représenter pour moi l’homme idéal.
– mais ? »

Fabrice avait tout compris : il y avait un « mais ». Tu ne savais pas comment aborder le sujet mais Fabrice t’avait mis sur la voie : Fabrice était parfait mais Solal était dingue de toi et tu ne voulais pas le faire souffrir ; Solal avait de gros défauts mais tu avais des sentiments pour lui ; Solal était trop jeune, alcoolique et drogué mais adorable. Tu étais conscient de ces embûches mais tu ne te sentais pas capable de laisser Solal sur le bord de la route. Fabrice était un mec bien (et même très bien) mais vous alliez cesser de vous fréquenter.

Fabrice a eu le souffle coupé mais il a accepté la défaite. Vous avez discuté encore une petite heure. Ses yeux s’étaient mouillés mais au moment de repartir chacun de votre côté, il t’avait souhaité bonne chance « avec Solal ou sans lui » pour ton avenir.

Fabrice était décidemment un mec bien. Tu savais que tu risquais de le regretter mais tu avais fait un choix. Et il n’était pas question de revenir dessus. Alors voilà : tu as accepté d’être en couple avec Solal et de ne plus risquer de te brûler à jouer avec le feu.

Fabrice était une victime collatérale de ce choix. Désormais, tu es vraiment en couple avec Solal. Tu as décidé de l’accepter.

Non classé | 11.04.2014 - 21 h 38 | 2 COMMENTAIRES
Acheter un appartement, c’est se mettre à poil.

Étiquettes : , , , , , ,

Rappel : tu peux cliquer sur les photos pour les agrandir.

Dans la vie d’un adulte, il y a des étapes à peu près incontournables. Tu les as toutes à peu près vécues, souvent un peu en avance (tu as toujours été précoce).

Première clope à 11 ans, première boum et premier baiser « avec la langue » à 12, Premier vrai amour à 13 (elle s’appelait Lucie et tu voulais lui faire un enfant pour vos 15 ans).
15 ans et quelques heures, première fois que tu fais l’amour. Avec Lucie.
15 ans et 3 mois, première fois que tu es tombé amoureux d’un mec. Il s’appelait François et il était dans « l’autre 1ère B ». Les deux classes de 1ère B se mélangeaient en sport (un groupe de mecs, un groupe de filles) et en LV2 (pas bonheur, vous faisiez de l’espagnol tous les deux). Tu n’as plus séché le sport et tu es devenu une bête en espagnol pour l’impressionner. Il ne l’a jamais su.
16 ans, première fois que tu couches avec un mec. Il s’appelait Christophe et il était dégueulasse.
17 ans, première fiche de paye, première sortie en boite gay.
17 ans ½, premier baiser avec Guillaume, que tu as tant aimé.
19 ans, premier job à temps complet, premier appart sans ta mère, première voiture.
23 ans, premier rail de coke et premier plan cul au bureau (à l’époque, tu bossais à quelques encablures du Queen. Ensuite, tu as bossé à deux pas du Palace ta boite a déménagé dans le même bloc que le Bonne Nouvelle, mais tout ça n’est qu’une succession de hasards)

Tu as monté ta boite à 30 ans, tu as signé un PaCS à 35 ans, l’as rompu à 41… tu as tout goûté et n’as rien regretté. Tu as cependant un petit problème avec l’engagement à long terme. Ainsi, toi, « le pédé de classe A » (cette expression a été employée pour te définir par un blogueur qui fait une revue de blogs et tu en parles dans ton blog, ce qui est une illustration amusante de ce que peut être une mise en abyme), toi, le pédé de classe A (on en était là), tu te voyais plutôt bien locataire toute ta vie.

C’était sans compter l’intervention de ton ami d’enfance (qui est un peu ton Jiminy Cricket) qui t’a fait remarquer « qu’un mec de ton âge et de ton statut » ne pouvait pas continuer à louer un petit deux-pièces dans un quartier un peu crade. Sans doute en a-t-il marre de squatter ton lit lorsqu’il passe 2 ou 3 jours à Paris et que tu lui accordes bien volontiers l’hospitalité. (dormir ensemble et papoter toute la nuit vous rappelle votre adolescence).

Tu t’es donc mis en chasse d’un appartement. Tu bosses dans la comm’ alors tu sais faire un brief : tu as donc expliqué aux agents immobiliers que tu as rencontrés que tu cherchais un appart’ à moins de 10 minutes à pied du Rex (ça leur donne un repère plus précis que «  à moins de 10 minutes du Bonne Nouvelle »), lumineux, calme (tu dors la fenêtre ouverte), avec un grand salon et (dans l’idéal), deux petites chambres. (une pour toi et une pour Jiminy Cricket qui vit à Barcelone mais vient souvent à Paris), mais « bon… la deuxième chambre n’est pas complètement indispensable ». Le tout pour un maximum de 450 000 €.

tw-carte-prix-appartements-anciens-parisLà, les lecteurs qui vivent en région s’étranglent : « 450 000 € ? ». Ben oui, ami d’outre-boulevard circulaire, vivre à Paris coûte un bras, un rein et la quasi-certitude d’être endetté au-delà de la soixantaine. Que fait Sylvia Pinel, notre nouvelle ministre du logement ? (Réponse : « rien. Pinel est une quiche et sa nomination au gouvernement est une vaste blague » mais on s’égare)          

Forcément, avec un brief pareil, l’agent immobilier te demande « pourquoi la deuxième chambre n’est-elle pas indispensable ». (traduction : « es-tu vraiment prêt à lâcher 50 K€ de plus pour une chambre dont tu ne sembles pas avoir vraiment l’utilité ? »)

C’est juste que tu aimerais bien avoir cette petite pièce en plus pour en faire un bureau/une chambre d’ami(s)/une chambre d’appoint à louer sur air b&b/héberger de jeunes Danois et/ou te faire un peu de thune pour ne pas être obligé de te priver pour payer une mensualité à prix d’or.

Les bases essentielles étant posées, tu dois répondre à un interrogatoire nourri :
– non, tu n’as pas besoin de revendre un autre bien pour acheter celui que tu cherches,
– oui, tu es le seul décideur de cet achat (traduction : tu es célibataire, mais si le jeune et joli Stéphane de l’agence Connexion te fait une proposition indécente, tu veux bien envisager un petit quelque chose avec lui),
– non, tu n’envisages pas de casser des murs / dératiser : tu cherches un appart’ et pas un taudis : tu n’es pas très bricoleur (là, l’agent immobilier devrait peut-être comprendre et écrire « fiotte » dans le logiciel de recherche)
– non, tu n’as pas vraiment besoin d’une vraie cuisine : un bout de planche pour poser ton micro-ondes suffira (poke Picard).

Les agents immobiliers essaient de cerner ta personnalité, tes goûts. Ils te proposent alors de visiter des trucs. C’est ainsi que
– tu te rends compte qu’aux alentours immédiats de la rue Montorgueil (que tu targettais carrément), tu ne peux même pas acheter 40 m², même en rallongeant ton budget jusqu’aux limites du raisonnable,
– tu as un grand moment de solitude en entrant dans un appartement que tu reconnais (et visiblement, le propriétaire-vendeur te reconnaît aussi alors que la première fois que tu as « visité » son appartement, il t’attendait chez lui de dos et préalablement lubrifié). Tu envisages alors de passer ton annonce « recherche appartement » sur Grindr. C’est pratique la géolocalisation : tu peux ainsi informer les vendeurs potentiels à moins d’1,2 km de ton bureau et ça t’économiserait les frais d’agence,
– tu te rends compte que ta recherche est la recherche typique de ce que lâche un « jeune couple » : la plupart des appart’ que tu visites sont des espèces de petits lofts avec une chambre casée dans un coin et un lit-bébé : « on part parce qu’on cherche un peu plus grand » t ‘expliquent l’œil épuisé nombre de jeunes mamans.
– tu te demandes si tous les appart’ à vendre ont un défaut rédhibitoire : tu as vu des trucs dégueulasses et après 20 visites, les 3 appart’ qui ont à peu près retenu ton attention ont tous un truc qui te fait tiquer :
Le premier fait 2m15 sous plafond (tu mesures 1m72 et tu ne baises qu’avec des elfes mais quand même, tes mains touchent le plafond quand tu lèves le bras).
Le deuxième est au-dessus d’un kebab « mais je vous assure, on n’entend pas les clients » (tu repasses un mardi de novembre à 23h30 et 20 personnes font la queue sur le trottoir en papotant)
Le troisième est en duplex aux sixième et septième étages sans ascenseur. Bien entendu, toi, tu es athlétique et sain mais si à chaque fois que tu lèves un mec fumeur, il faut le passer au défibrillateur avant de lui mettre la misère, c’est tout de même gênant, non ?  

Un jour, tu trouves l’appartement de tes rêves. Il est à 7 minutes de ton bureau, donne sur cour (donc hyper calme), au deuxième étage d’un immeuble de 3 étages, il est baigné de lumière (à force de passer ton temps sur seloger.com, tu parles comme une annonce immobilière), est équipé d’une grande chambre avec dressing (tu n’as plus d’argent pour aller au Printemps de l’Homme mais c’est un détail), une petite chambre de 5 m² (il faudra que tes locataires Danois ne soient pas trop costauds), un grand salon avec une cuisine planquée derrière un bar.

Tu fais une offre, elle est acceptée. Une autre épreuve commence : tu dois trouver 300 000 € pour financer cette petite plaisanterie.

Tu n’as jamais vu la banquière qui est sensée « suivre ton compte ». De temps en temps, elle t’appelle pour « faire un point » et depuis des années, tu l’envoies balader. Tu n’as jamais d’incident, tu ne veux pas placer tes maigres économies, tu ne veux pas faire d’investissement.

Là, tu la sollicites : tu as « besoin de [la] voir pour contracter un emprunt ». Elle roucoule : elle est « raaaaavie de faire ta connaissance et de t’accompagner sur cette nouvelle étape de [ta] vie ».

Tu débarques un beau jour (à 8h45 de l’aube, c’est dire si tu es de bonne humeur) dans les bureaux feutrés de ta banque où tu n’as pas mis les pieds depuis au moins 10 ans. Tu demandes à ta chargée de clientèle (une morue à quelques mois de la retraite, choucroutée comme Patsy Stone et couverte de bijoux) de te prêter de la thune. Elle ne l’entend pas de cette oreille :  elle veut « cerner ton profil investisseur ».

Dingue comment tu es obligé de te mettre à poil dans ce genre de situation. Tu as juste envie de hurler « meuf, je veux pas investir : je veux juste 300 000 balles pour acheter un putain d’appart parce que Jiminy Cricket m’a mis la pression et que, c’est vrai, j’en ai un peu marre de claquer 15 000 € par an en loyer ».

Pourtant, tu réponds patiemment à ses questions :
– Oui, tu as 100 000 € d’économies dans une autre banque. Tu avoues, tu as pêché : tu as un compte dans une banque en ligne où on ne t’emmerde jamais et qui te rapporte presque 3% l’an.
– Oui, ton salaire est à la limite du ridicule, mais en mars/avril, tu touches des dividendes de ta boite et ça double ton salaire de misère référence
– Oui, tu empruntes seul. Là, elle glousse et croit être spirituelle en te demandant pourquoi « à [ton] âge, un beau garçon comme [toi], avec une belle situation, est encore célibataire ». Tu as envie de lui parler de Clément et de ton incapacité à aimer un autre homme mais tu te tais. Tu aurais dû parce que là, elle ajoute « c’est pas seulement 300 000 € que je dois vous trouver, mais aussi une femme… je suis sûre que dans ma clientèle, je pourrais trouver la perle. Oh la la, qu’est-ce que je raconte comme bêtises… ». Quand elle t’a demandé tes déclarations d’impôt des trois dernières années et qu’elle a vu qu’en 2010, tu étais lié par un PaCS à un certain Sylvain, elle a dû en ravaler ses rangs de perle, la bourgeoise).

Le comble est le moment où tu as dû remplir un questionnaire médical de l’assurance du prêt et certifier que tu étais non-fumeur, sans cholestérol et… séronégatif. Tu sais bien que tu es séronégatif, tu le vérifies régulièrement.

Mais voilà. Ça t’a choqué de devoir l’écrire et le signer.

Pour acheter un appart’ d’une taille décente dans un quartier pas trop pourri de la capitale, il faut (au moins) être de classe A. Il faut aussi se foutre presque à poil devant l’agent immobilier (poke Stéphane, tu as mon numéro de mobile, c’est quand tu veux), donner 500 pages de diverses paperasseries à un(e) banquier(e), ne pas fumer et être séronégatif. Et le prouver.

A de nombreux moments, tu t’es senti découragé. Mais après 6 mois de recherches, frustrations, tractations, démarches en tous genres et doutes, tu as fini par voir un jour un camion de déménagement se garer devant chez toi. Jiminy Cricket avait raison : tu mérites cet appartement. Et lui aussi. D’ailleurs, la chambre d’amis a été décorée et le futon installé. Jiminy pourra venir quand bon lui semble.

Photo de couverture (c) http://golem13.fr/

Non classé | 26.01.2014 - 10 h 40 | 2 COMMENTAIRES
Tu n’as pas toujours été célibataire

Comme dans tous les articles de ce blog, les prénoms ont été modifiés.

Tu dois reconnaître que tu n’as pas toujours été un handicapé de l’amour. Tu as même été plutôt heureux en couple pendant quelques années. Tu as fait ce constat l’autre jour en parlant à ton ami Xavier. Il se lamentait que l’un de ses ex (avec qui il n’avait vécu qu’une liaison de quelques semaines) venait de lui offrir un livre avec une dédicace adorable qu’il avait dévorés et adorés (le livre, comme le mec et la dédicace), alors que celui avec qui il vit depuis 3 ou 4 ans n’a jamais été capable de lui dire « je t’aime » sans avoir l’air de penser à autre chose. Il est vrai que Xavier vit avec un connard homme pudique et compliqué qui ne sait pas exprimer ses sentiments. Mais là n’est pas le propos (on pourra évoquer le sujet un autre jour…)

Tu avais regardé Xavier, tourné sept fois ta langue dans ta bouche (parce que tu as souvent des déclarations désastreuses) mais ne t’étais pas retenu. Tu lui as juste répondu que « [v]otre problème (à Xavier et toi), c’était que [v]ous n’éti[ez] pas capables d’aimer les bonnes personnes ».

Xavier est encore plus bitch que toi et t’a répondu « c’est sans doute vrai, mais moi, au moins, j’essaie de me soigner ». Tu as baissé les yeux et n’a pas répondu car tu savais que tu n’étais pas capable de te défendre : Xavier a raison : il te connaît bien et aurait cité (en vrac) combien tu avais espéré conquérir Gaëtan qui ne t’a jamais regardé autrement que comme un pote (même si sa tendresse pour toi a quelques fois dégénéré en quelque chose de charnel), à quel point tu avais désespérément attendu Clément ou tenté d’attraper dans ta toile ce bâtard de Benoît (qui t’a juste considéré comme un gode ambulant)

Il avait ensuite filé la métaphore du saut à la perche et t’avait expliqué : « tu vois, t’es un mec bien, t’es capable de sauter des barres à 2 mètres, 2m50. Pourtant tu ne t’attaques qu’à des barres de moins d’un mètre (ça s’appelle la solution de facilité) ou des barres à 6 mètres, un peu comme Jean Galfione, alors que tu n’en as pas la capacité ».

Pour l’évocation de Jean Galfione, respect. Il avait touché ta corde sensible. Enfin, l’une de tes nombreuses cordes sensibles…

Tu t’es alors dit que Xavier n’avait pas tort. Pourtant, il y a 13 ans, en 2001 (OK, c’était presque au siècle dernier), tu t’es lancé dans une histoire qui n’a pas été un échec total.

La première fois que tu as croisé Sylvain, tu t’es dit « la bombasse, là, il fait des sourires à quelqu’un qui est planqué derrière moi ? ». Eh bien non. Tu t’es retourné et il n’y avait qu’un mur. C’était bien toi que Sylvain tentait de charmer.

Tu sortais de deux histoires insipides avec deux éphèbes de 18 et 21 ans façonnés dans le même moule à minets efflanqués. Deux petits blonds identiques que tu dominais et que tu méprisais. Sylvain était plus grand que toi, plutôt baraqué et n’avait que 4 ans de moins que toi. Autant dire que pour une fois, tu avais rencontré un homme, un vrai.

Tu l’avais attrapé dans tes filets, l’avais embarqué chez toi et vous aviez passé la nuit ensemble.

Sylvain avait réussi à te cacher qu’il était tombé amoureux de toi au premier coup d’œil mais tu avais rapidement vu clair dans son jeu. Il était beau mec, n’avait pas l’air trop taré, semblait quand même fragile… tu n’avais en fait rien à lui reprocher.

Vous aviez passé 4 ou 5 soirées et autant de nuits ensemble, vous vous étiez quittés à chaque fois par un « salut, à bientôt » et puis un soir, vers minuit, alors que tu rentrais tard du bureau, tu l’as aperçu sur le quai de métro d’en face. Il avait fait demi-tour et t’avait retrouvé à la sortie.

Tu avais été d’une amabilité délicieuse :
«  Qu’est-ce que tu fous là ?
– j’ai dîné chez des amis près de chez toi et j’ai tenté de t’appeler mais tu étais sur répondeur
(à l’époque, le portable ne passait pas dans le métro)
– ben ouai, j’étais dans le métro. Qu’est-ce que tu me voulais ?
– j’allais te proposer qu’on passe la nuit ensemble
– ben si tu veux
– ça n’a pas l’air de t’enchanter
– excuse-moi ; j’efface ce que je viens de te dire. Ça me ferait plaisir qu’on passe la nuit ensemble »

Alors Sylvain avait souri et vous étiez monté chez toi. Cette nuit-là n’a pas été vraiment comme les autres et vous aviez fait l’amour avec davantage de passion que de coutume. Le lendemain matin (c’était un jour férié), pendant que tu préparais une salade de fruits, Sylvain surveillait la cuisson des œufs à la coque en te préparant des mouillettes. Ce petit geste anodin t’avait ému et soudainement, tu t’étais dit que tu voulais qu’il fasse tes mouillettes bien d’autres fois.

Ça s’était enchaîné doucement mais surement. Six mois après, Sylvain partait à Montpellier pour son stage de fin d’études et c’est toi qui avais conduit le camion de déménagement. A son retour, il avait emménagé squatté chez toi quelques mois (tu ne lui avais pas laissé beaucoup de place) puis fini par trouver un appart’.

Guillaume (ton meilleur ami) et lui ne s’entendaient guère mais un jour, Sylvain l’avait coincé contre un mur et lui avait dit en substance « on ne s’aime pas mais on aime tous les deux Frédéric. Alors il va falloir qu’on fasse tous les deux des efforts ». Guillaume avait accepté le deal et ils avaient alors entretenu des relations de bon voisinage.

Sylvain et toi étiez tous les deux très différents mais vous vous êtes rapprochés. Tu as abandonné FG et Sylvain a renoncé à France Cul ; vous vous réveilliez désormais avec France Inter. Sylvain baillait dès 22 heures alors que tu ne te pensais pas capable de te coucher avant 2h du mat. Vous vous couchiez désormais vers minuit.

Et puis après six mois à vous découvrir, six mois d’allers retours entre Paris et Montpellier, six mois de squat, puis d’infinis allers retours entre le 20ème et le 18ème arrondissements pendant un an ou deux de plus, vous avez fini par signer un  bail à vos deux noms et emménager « ensemble ». Tu étais partagé entre l’enthousiasme et le flip total.

Deux ans après, quand Sylvain avait appris que son administration ne lui offrirait pas de poste à Paris et qu’il ne pouvait postuler que dans un petit nombre d’universités de Province, vous aviez analysé la liste ensemble : s’il avait été nommé à Rouen, Arras, Caen ou Orléans, il aurait pris un abonnement SNCF. Si ça avait été Mulhouse, tu serais mort. Tu lui avais promis que s’il était nommé à Bordeaux, Avignon, Marseille ou Toulon, tu étais d’accord pour « le suivre » et devenir provincial. C’est d’ailleurs ce qu’il s’est passé :

Pendant 4 ans, tu as passé 7 heures par semaine dans le TGV, a couru après le temps, t’es coupé en deux entre ton bureau (3 ou 4 jours par semaine) et ton amoureux (3 ou 4 jours par semaine aussi). Chacun des deux te trouvait trop absent, chacun te réclamait davantage mais tu as plutôt bien réussi à ménager la chèvre et le chou. Et puis, l’histoire s’est essoufflée puis terminée.

Mais pendant 8 ans, aux côtés de Sylvain, tu as grandi : tu as appris à vivre une relation adulte (c’était ta première véritable expérience de couple), tu as été plus que bienveillant, tu as été présent à ses côtés à chaque moment comme lui a été un soutien pour toi.

Pourtant, Sylvain n’était pas « ton genre ». Beau mec mais trop grand/costaud/vieux pour être l’objet de fantasmes. Complètement opposé à toi en terme d’opinions politiques (autant qu’on puisse être « opposé » à un centriste) mais tu as fini par basculer un peu à gauche (sans doute parce qu’il t’a ouvert les yeux). Incapables de comprendre les priorités professionnelles de l’autre (un fonctionnaire de la culture et de l’éducation et un entrepreneur en marketing peuvent-ils vraiment se mettre à la place l’un de l’autre ?).

Entre vous, rien n’a jamais été complètement flamboyant. Tu ne t’es jamais senti capable de déplacer les montagnes grâce à lui ou pour lui. Vous étiez souvent en conflit mais quoi ? Vous vous aimiez. Simplement. Vous avez signé un PaCS, adopté un chat faute d’enfant. Tu faisais partie de sa famille, tu as renoncé à la tienne parce qu’à un moment, ça a dû être elle ou lui. Et ça a été lui : tu n’envisageais pas de vieillir sans Sylvain.

Tu aurais considéré comme une réussite de le rendre heureux. Mais Sylvain est un vrai dépressif et même si tu as contribué à éclaircir son quotidien, le gris restait sa couleur dominante. Vous avez mis toute l’année 2008 à vous déchirer et vous séparer. En janvier 2009, le glas a sonné sur votre histoire.

Tu as l’habitude de dire que votre vie commune a été un échec (puisque votre histoire s’est terminée) et qu’il a réussi à te rendre malheureux alors que tu n’as jamais réussi à le rendre heureux. Vous avec peut-être raté votre vie commune mais vous avez réussi votre séparation :

Cinq ans après le terme de votre histoire, Sylvain t’est important comme tu lui es précieux. Chacun a les clefs de l’appartement de l’autre, vous vous partagez la garde alternée de votre chat, et même si tu as racheté les parts de Sylvain dans la maison que vous aviez achetée ensemble au bord de la mer et que tu l’as complètement transformée pour la rendre vraiment tienne, tu n’as pas changé la clause bénéficiaire de ton assurance-vie : si tu meurs demain, c’est à Sylvain que reviendra ta maison.

Si tu meurs demain, Sylvain sera aussi ton « dernier petit ami », le seul à être cité aux côtés de tes parents sur ta fiche individuelle d’état civil. Quand Sylvain t’a entendu dire un jour que tu voulais « être le numéro-un pour quelqu’un », il t’a serré très fort dans ses bras. Tu crois que même si depuis qu’il t’a quitté, il a été très amoureux de Sébastien, Raphaël, Thomas, Vincent et Felipe, c’est encore toi qui occupe la place de numéro-un dans son cœur. Ou au moins dans sa mémoire.

Cinq ans après votre séparation, Sylvain est encore ta famille. Tu sais que si demain, tu tombes dans le coma, il viendra chaque jour à ton chevet pour te lire Libé comme il te le lisait à haute voix sur les plages de Grèce ou de Provence où vous contempliez ensemble cette Méditerranée que vous aimez tant.

Sylvain et toi n’étiez pas faits l’un pour l’autre mais vous n’avez jamais renié les années où vous vous aimiez.    

 

Photo : la côte bleue, où vous aimiez vous balader, (c) Sylvain

Non classé | 11.01.2014 - 18 h 19 | 0 COMMENTAIRES
Etre le « numéro un » de quelqu’un.

Étiquettes : , , ,

Un jour que tu pleurais la fin de ton histoire avec Clément sur son épaule, Guillaume, ton meilleur ami, ce héros, te demandait pourquoi tu avais envie tellement envie d’avoir un mec. C’est vrai ça : tu as plein d’amis, un job en or, une santé de fer, assez d’argent pour ne pas avoir à compter, un physique pas trop repoussant… d’autres se contenteraient de ce que tu as et se passeraient volontiers d’un mec.

Tu dois avouer que tu as longuement évoqué cette question avec le Monsieur que tu payes 90 € la demi-heure chaque semaine pour évoquer avec lui tes névroses (alors que Guillaume fait ça très bien gratuitement). Si tu as envie d’amour, c’est parce que tu as besoin d’enchanter ta petite vie bien calme :

Comme tu es insomniaque, tu te réveilles tôt. Très tôt. Après ton petit déjeuner, tu fais l’ouverture de la piscine Paul Valeyre (à 7h) et tu enchaînes les longueurs. Du coup, tu as un peu d’épaules (pas grand-chose : il faut dire que tu n’as pas fait de sport les 42 premières années de ta vie). Tu rentres chez toi, te douches, enfiles une chemise moulante et un costard slim et enchaînes les rendez-vous dans la petite boite de marketing que tu diriges. Ça te mène à genre 20h, moment auquel tu vas rejoindre une petite grappe d’amis pédés et/ou tes copines fag hags cougars pour (selon l’humeur et le moment) un resto, un ciné ou un spectacle de qualité (la semaine dernière, tu as vu Bonjour Ivresse au théâtre Le Temple et le dernier one woman show d’Elisabeth Buffet à la Comédie Caumartin, c’est dire si tu participes au rayonnement de la culture française). 

Si ça ne se termine pas trop tard, tu vas
Option 1) demander à Benjamin de te préparer un seau de mojito au Bonne Nouvelle, le bar où tu vas finir par avoir une chaise à ton nom (il faut dire qu’en plus d’y traîner tous les deux soirs parce que c’est le bar le plus proche de chez toi et que Benjamin prépare les meilleures mojitos de Paris, le BN est ta cantine du midi). Tu titubes rentres ensuite jusqu’à ton appart’ où tu t’écrases comme une bouse sur ton lit et où tu vas (mal) dormir quelques heures jusqu’à repartir pour la piscine Paul Valeyre et la boucle est bouclée.
Option 2) après ta soirée, tu allumes Grindr, réussis en général à choper un minet à qui tu vas mettre la misère une heure ou deux jusqu’au moment où tu vas
* Option 2a) te débarrasser du corps,
* Option 2b) le prendre dans tes bras et le rouler dans ton lit pour lui faire des câlins toute la nuit. (dans ces cas-là, tu dors mieux et tu t’exemptes de piscine le lendemain matin). 

Ça, c’est la journée type de la semaine type. Il y a aussi quelques rendez-vous incontournables :
– la demi-heure rituelle (le mardi de 15h à 15h30) où tu t’allonges pour parler de Clément au Monsieur à 90 € la demi-heure. Il met systématiquement terme à tes gémissements par « on en parlera la semaine prochaine », ce qui te permet d’avoir la confirmation que tu n’es pas encore guéri,
– le massage du mardi à 19h (cette fille a le pouvoir magique de te permettre de décompresser),
– la réunion du mercredi matin avec tes chefs de marché
(tu te demandes parfois ce qu’ils font du mercredi 12h30 au mercredi suivant 11h pour avancer aussi lentement) et
– les aller-retours à Milan, Londres ou Barcelone pour aller voir tes principaux clients étrangers
(presque tous les jeudis).

Le week-end, tu dors, tu travailles tes épaules à la piscine, tu vas dépenser ton argent au Printemps de l’Homme, danses à la Docteur Love, le tout avec tes amis, qui sont vraiment ta deuxième famille.

En hiver, en gros une fois par mois, tu zappes le vendredi pour profiter d’un week-end en Europe dès le jeudi soir. Pendant 3 jours, tu visites un musée ou deux (alors que tu n’y vas jamais à Paris), manges des spécialités du cru (pasta en Italie, tapas en Espagne, fish and chips à Londres, crevettes à la crème et à l’aneth en Scandinavie, gras au sucre en Europe de l’Est), Le soir, tu écoutes la même eurobeat moisie qu’au Bonne Nouvelle dans des bars à fiottes de toute l’Europe en sirotant des Spritz (ou des mojitos, mais ils ne sont jamais aussi bons que ceux de Benjamin du Bonne Nouvelle).

Tu adaptes aussi ton profil Grindr à la langue du coin. Dans un espagnol assez fluide, un anglais d’acceptable facture ou un italien pitoyable d’une amusante fraîcheur, tu contribues au mythe du French lover prouves à l’indigène que le Français peut avoir des pratiques sexuelles assez odieuses. Et une fois tous les deux ou trois mois, tu prétextes une mission pro’ à Bangkok, Hong-Kong ou Nairobi pour t’offrir une semaine au soleil. C’est bon pour ton teint, ta santé et la qualité de ton sommeil.

L’été, tes week-ends commencent systématiquement le jeudi et se prolongent bien souvent jusqu’au lundi soir. D’avril à septembre, tu passes la moitié du temps dans ta petite maison au bord de la mer. Ces jours-là, tu vas à la plage, balade en campagne les enfants de tes copains (en région, tu n’as pas trop d’amis pédés), et accessoirement, tu bosses en short et torse-poil sur ta terrasse. (lors de conversations via skype, tes clients étrangers aperçoivent régulièrement un bout de peau nue, ce qui contribue au mythe des 35 heures à la française et les émoustille un poil)

Quand tu avais listé à ton ami d’enfance ces activités bien normales à tes yeux, il t’avait fait remarquer qu’il ne connaissait pas grand monde qui pouvait ainsi organiser son emploi du temps comme il le souhaite, voyager autant, sortir tous les soirs, choper sur Grindr aussi vite et être en pleine forme en dormant cinq heures par nuit. Et là, il t’avait lancé un défi : « prends ton ordiphone et dis-moi avec lequel de tes 300 ou 400 contacts, tu aimerais échanger ta vie ». En fait, personne.

La tête basse, tu avais expliqué entre deux reniflements que tu « voudrais tellement pouvoir partager tout ça avec un mec ».

Tu profites de tous ces moments de bonheur avec tes amis (Guillaume en priorité), tu es toujours disponible et prêt à sortir, tu entraînes ton groupe d’amis dans tous ces moments mais secrètement, tu es frustré : ton bonheur serait de te réveiller tous les matins avec le même mec dans tes bras, partir parfois « en amoureux » et pas toujours « en troupeau avec tous tes potes », partager des moments calmes, cesser le rythme infernal que tu ne tiens que pour combler tous les moments de vide de ton existence pour pouvoir simplement, après 10 à 12 heures de boulot par jour, retrouver un amoureux et juste le blottir dans tes bras.

Guillaume t’a fait remarquer que tes amis (et lui le premier) t’adoraient, que tu pouvais compter sur chacun d’entre eux, et qu’aucun mec ne pourrait de toute façon tenir ton rythme à plein temps (c’est vrai : pour sauvegarder leur capital-santé, tes potes ont bien compris qu’il était indispensable qu’ils se relaient dans l’accompagnement de tes délires).  

Certes, tu es hyper-actif, tu ne tiens pas en place, tu as toujours des gens à voir, des trucs à faire mais tu ne rêves que d’une chose : freiner d’un seul coup et prouver à un mec que même si tout s’écroule autour de toi, rien ne sera important pour toi s’il est à tes côtés.

Tu donnerais tout pour devenir le « numéro un » de quelqu’un.

Tu es dans le « top 5 » d’au moins 20 proches : parrain d’une tonne de nains, confident de plein d’amis (ils te consultent même pour que tu leur donnes des conseils sur leur vie amoureuse, alors la tienne est ultra-moisie), tu tiens aussi le rôle de consultant-RH, coach-business, organisateur de voyages et web-consultant… tu remontes même le moral de ceux qui ont un coup de mou, même quand (comme l’an dernier) tu étais au bord du suicide.

Tu es dans le « top 5 » de tant de gens mais tu n’es le « numéro 1 »  de personne. Tu n’étais pas le fils préféré de tes parents, (presque) tous tes copains sont maqués, tu passes Noël seul (ou pire, recueilli par des amis dans leur famille qui t’accueille à bras ouverts alors que tu es étranger, ce qui te donne l’impression [justifiée] d’être un imposteur). 

Tu es entouré de petites choses, d’illusion et de vide. Tous ces amis t’aiment et tu les aimes. Mais personne ne te donne ce que tu attends vraiment : le vrai amour.

Parce que pour devenir le numéro 1 de quelqu’un, tu es (presque) prêt à abandonner la place de numéro 2 que beaucoup t’accordent.

 

Retrouvez désormais mes bonnes et mauvaises humeurs en me suivant sur Facebook (n’insistez pas : je ne comprends toujours pas comment marche twitter).

 

Amour | Non classé | sexe | 17.12.2013 - 21 h 41 | 5 COMMENTAIRES
Ces garçons à qui tu as brisé le cœur

Étiquettes : , ,

Ce post a failli s’appeler « de la difficile inadéquation entre l’offre et la demande » mais tu trouvais que ça faisait trop petit traité d’économie.

Ta vie amoureuse, en fait, c’est essentiellement pleurer Clément, même si tu dois tout de même admettre (à ton corps défendant) que la perspective de vieillir vivre sans lui est quelque chose que tu commences enfin à accepter. (après 18 mois de larmes, il était quand même temps).

Bien heureusement, ta vie amoureuse en 2013 n’a pas été occupée que par Clément. Quand tu fais une espèce de bilan de l’année, ça n’est tout de même pas glorieux. Tu t’es vengé de Clément sur de pauvres victimes et tu as aussi ressenti cette année des petits sentiments amoureux pour de pauvres garçons qui n’avaient rien demandé.

Flash-back :

Tu regrettes de ne pas avoir réussi à obtenir de Benoît autre chose que son corps (tu as la désagréable sensation d’avoir attendu quelque chose d’un garçon qui ne te considérait que comme un gode ambulant). Mais voilà : pour que le cœur de Benoît puisse battre pour un homme, il faut que celui-ci lui fasse mal. Toi, tu ne lui voulais que du bien. Next.

Cet été, tu as eu cette petite histoire avec Pascal, un énarque brillant, beau penseur et beau parleur, romantique, écorché et surtout extrêmement tourmenté. Pascal n’est pas un mec pour toi. Il habite dans un appartement qui semble être resté dans les années folles, écoute des disques de charleston, a des lectures improbables, rêve de brutes épaisses poilues, milite au front de gauche et épouse toutes les causes LGBT.

Toi, tu n’as pas fait d’études, tu considères que tout ce qui a été créé avant 2007 est has been, tu n’écoutes que Britney, Kylie et assimilées, tu es sympathisant MoDem convaincu, tu es enflé comme un bébé crevette et tu rejettes le conglomérat LGBT sous prétexte que rien ne ressemble moins à un gay qu’une lesbienne (et ne parlons même pas des trans…). C’est dire si tu n’as rien en commun avec Pascal et si tu ne peux guère retenir son attention. Pourtant, un petit quelque chose avait démarré entre vous. Une amourette d’été tuée dans l’œuf. Vous n’aviez pas réussi à entretenir le feu. Next.

Il y a eu Romain, un psychopathe de tout premier ordre. Celui-là, il faudrait lui tatouer sur le front « attention, je suis un connard ». Comment un garçon aussi lisse et propre, ce portrait parfait de genre idéal peut-il être aussi diabolique ? Tu as passé quatre soirées avec lui, as échangé sur bien des choses (presque jusqu’au sens de la vie), il t’a présenté à ses amis, et puis… il a disparu. Plus de nouvelle. Rien. A 44 ans, tu ne peux pas lui trouver d’excuse du type « il a perdu mon numéro de téléphone / il a peut-être eu un accident qui l’a rendu amnésique / il a été enlevé par des extra-terrestres / il est mort ». Non, Romain est ce qu’on appelle une allumeuse, il t’a tourné autour et lorsque vous vous êtes embrassés, il a disparu.  Next.

Et puis il y a Jérôme.  Tu trouves qu’il ressemble à Clément ;  il ressemble en fait à tous les pédés du Marais : belle gueule, allure soignée, look BCBG, petite barbe courte, sourire d’ange et regard de démon. Jérôme est ce qu’il convient d’appeler un plan-cul-régulier. Il ne couche plus avec le mec avec qui il vit depuis cinq ans, ne sait pas s’il l’aime encore mais n’envisage absolument pas de le quitter. Il n’a pas été capable de t’expliquer pourquoi. Quand son mec commet l’imprudence de le laisser sans surveillance, Jérôme allume Grindr, regarde si l’un de ses PQR est connecté et en sollicite un. Vous vous êtes fait du bien 5 ou 6 fois et à chaque fois, avec lui, le sexe est parfait.

Le problème, c’est que l’avant-dernière fois que Jérôme t’a sollicité sur Grindr, il avait du temps : son mec était parti 3 jours en séminaire d’entreprise. Le vendredi soir, tu avais débarqué chez lui, lui avais mis la misère toute la nuit et tu étais resté dormir. Le samedi matin, il t’avait préparé un brunch, vous étiez allés à la piscine ensemble, puis fait du shopping et la sieste (jetons un voile pudique sur cette scène absolument pornographique). Le soir, il t’avait concocté un délicieux petit dîner et le dimanche, vous aviez fait une balade en forêt et aviez maté des DVD. Lorsque vous vous êtes quittés le dimanche soir, tu t’étais dit que tu adorerais avoir un petit ami comme Jérôme. Tu n’y avais pas repensé depuis mais la semaine dernière, il t’a abordé sur Grindr et t’a dit que « ce week-end [s]on mec part[ait] au ski avec leurs copains » et qu’il te kidnappait de jeudi soir à dimanche soir. Tu sais que c’est mal, mais tu as annulé tous tes projets du week-end. Tu as aussi pris ta journée de vendredi pour profiter du cul des bras de Jérôme trois jours complets. Le dimanche soir, Jérôme t’a dit « si je n’avais pas de petit ami, j’essaierais sans doute de faire quelque chose avec toi » mais la question ne se pose même pas. Next.

Cette année, quelques autres garçons t’ont permis de te sentir à peu près vivant. Des garçons dont tu n’as pas voulu.

Solal est le premier d’entre eux. Ce garçon était tendre, sensible et hyper sexy. Quand vos corps entraient en contact, il était évident qu’ils étaient faits l’un pour l’autre. Solal te collait des nuits entières, se lovait dans tes bras, se réveillait avec le sourire et vénérait ton corps. Solal était un éternel célibataire, solitaire et libre mais il est tombé amoureux de toi. Ca l’a fait flipper. Il est parti, revenu, avait besoin de toi. Mais il était drogué jusqu’à la moelle et à moitié SDF. On n’a pas le droit de s’attacher à ces gens-là. Il grandira peut-être un jour, mais avec un autre : tu n’as pas de temps à perdre. Next.

Il y a eu Nicolas, un boxeur au nez cassé, aux biceps ronds et aux pectoraux gros comme les seins de Samantha Fox. C’était ce qu’on appelle vulgairement un « plan cul direct » : il avait débarqué chez toi et s’était rué sur ton short. Comme tu n’es pas un eunuque mais une fille facile un homme normalement constitué, tu t’es laissé sucer. Nicolas a sans doute considéré ça comme un cadeau du ciel. Tu habites ton quartier depuis 4 ans et tu ne l’avais jamais croisé. Depuis, Nicolas passe sans arrêt « par hasard » dans ta rue, fait ses courses au Monop’ aux mêmes heures que toi (soit à 21h50 juste avant la fermeture, alors qu’il sort du bolulot à 16h15), hante « ton » Japonais (il a sans doute repéré le sac en papier dans ta poubelle quand il est passé chez toi) et te regarde avec le même regard que Droopy. Un jour, tu lui as dit (gentiment) qu’il fallait qu’il cesse de te tourner autour. Il est parti triste. Next.

Il y a eu Eloi. Un garçon fragile, peu sûr de lui, un peu tremblant. Il te disait que tu irradiais, il était toujours disponible, avait toujours envie de te voir, disait que ta façon de le posséder « plein de douceur mais très directif » le rendait fou. Ce qui t’avait fait vraiment flipper, c’est qu’il te regardait dormir. Quand tu te réveillais au milieu de la nuit, Eloi avait le coude sur le matelas, le poing sous l’oreille et il te regardait en souriant aux anges. Une nuit, tu l’as entendu murmurer des mots d’amour alors qu’il croyait que tu dormais. Tu as fait semblant de dormir. Tu n’as plus répondu à ses appels. Tu es lâche. Next.

Il y a surtout Quentin. Quentin t’a cajolé, consolé, chouchouté ; il t’a simplement aimé. Il t’avait rencontré sur Grindr et il te désirait. Tu l’avais snobé parce qu’il avait 15 ans, 20 centimètres et 25 kilos de plus que ce avec quoi tu baises habituellement. Et puis, comme il t’avait bien chauffé, tu y étais allé « pour voir » si tu étais capable de niquer avec une brute épaisse… ce mec aux allures de rugbyman t’a permis  de comprendre que tu pouvais posséder un homme, un vrai, et pas seulement des minets. Quentin était un peu maso, tu faisais des trucs un peu trash avec lui mais « après », il te prenait dans ses bras puissants et te murmurait « dors, bonhomme ». Tu posais ta tête sur ses pectoraux, tu te sentais alors tout petit mais tu étais apaisé. Tu faisais des insomnies depuis des mois mais avec Quentin, tout était soudainement bien plus simple.

Quand tu as compris que Quentin était tombé amoureux de toi, tu avais tenté de l’en dissuader. Tu lui avais expliqué que tu avais le cœur brisé (par un autre). Cet idiot a essayé de le recoller. Et puis un jour, il a débarqué chez toi et tu étais en larmes. Il t’a demandé ce qui n’allait pas. Tu ne voulais pas lui expliquer, juste qu’il s’en aille et qu’il te laisse avec ta détresse. Il a insisté : il voulait comprendre.

Tu venais de recevoir un e-mail de Clément qui t’écrivait « je suis désolé que tu sois malade de moi. Il n’y a rien à espérer. Oublie-moi, passe à autre chose. Je te souhaite te guérir vite ». Tu venais de comprendre que tu avais perdu Clément à jamais et qu’il ne reviendrait pas. Tu as tout expliqué à Quentin. Il t’a accusé de lui avoir menti parce que tu n’avais pas le cœur brisé : ton cœur était pris par un autre et ça n’était pas pareil.

Quentin se sentait capable de recoller ton cœur mais pas d’usurper la place que tu avais gardée pour Clément. Tu as vu ce grand gaillard solide comme le roc, capable d’encaisser tous les coups, s’écrouler comme un château de cartes. Deux mois plus tard, il te rappelait, te proposait de déjeuner avec toi et tu trouvais que ça c’était bien passé même si tu culpabilisais de voir Quentin amaigri (même si ça ne lui faisait pas de mal) et sonné (sans doute l’effet des antidépresseurs qu’il t’a confié prendre). Le soir-même, il t’envoyait un SMS qui disait « je suis encore amoureux de toi ; te voir est une torture ». Quentin n’était pas assez maso pour supporter ça. Tu t’es dit que tu lui faisais vivre ce que Clément te faisait vivre mais ça n’a pas atténué ton chagrin. L’autre jour, tu l’as croisé par hasard. Il a blêmi. Tu as mauvaise conscience de l’avoir fait souffrir, surtout que ça ne t’aura servi, à toi, à rien.

La vie est mal faite. Tu ne retiens pas l’attention de ceux qui font battre ton cœur et ceux qui t’aiment ne te plaisent pas. Et quand le coup de cœur semble réciproque, le mec n’est pas libre.
Et toi d’ailleurs, l’es-tu (libre) ? Es-tu capable de retomber dans une histoire ? Tu ne le sais pas…

Retrouvez désormais mes bonnes et mauvaises humeurs en me suivant sur Facebook (n’insistez pas : je ne comprends toujours pas comment marche twitter)

 

Non classé | 26.10.2013 - 23 h 20 | 5 COMMENTAIRES
Les mecs qui nagent à la ligne d’eau n°2

Étiquettes : , , , , ,

(c) photo : nageurs.com

La piscine Paul Valeyre, où tu vas faire une petite heure de brasse deux ou trois fois par semaine, est une représentation fidèle de la société : les gens y sont classés.  

Les lignes d’eau n°4 et 5 sont réservées à ceux qui prennent des cours. Ceux qui décident d’apprendre à nager alors qu’ils sont adultes forcent ton admiration. On ne peut pas les soupçonner d’embrasser  ce destin (apprendre à nager) pour le régal des yeux : les maîtres-nageurs de Paul Valeyre ne sont pas sexy.

A la ligne d’eau n°1, il y a les cachalots. C’est la ligne pour ceux qui nagent mal et/ou lentement, voire maladroitement. Un jour, en observant ce qui se passait à la ligne n°1, tu t’es aperçu que certains font même semblant d’y nager : ils marchent dans l’eau. Si tu étais capable d’un peu de compassion, tu aurais pitié d’eux. Mais voilà : tu n’es pas du genre à t’apitoyer sur ton prochain.

La ligne d’eau n°3 est réservée aux nageurs rapides. S’y succèdent des mâles testostéronés à mort, ce genre de gars au corps parfait, aux muscles soulignés par des tatouages agressifs et au maillot trop petit pour eux. Certains nagent avec des espèces de gants lestés de poids : l’effort leur garantit le corps d’athlète que tu n’auras jamais. Dans les vestiaires, tu les observes à la dérobée et tu bandes salives.

Toi, tu nages à la ligne d’eau n°2, celle des moyens. En natation, tu es moyen. D’ailleurs, de façon générale, tu es juste moyen : tu es un gentil garçon mais tu n’as pas de réel talent. Tu aimerais être canon, nager deux fois plus vite, pratiquer le papillon et irradier la piscine Paul Valeyre de ton aura. Mais non, tu nages à la ligne d’eau n°2 avec les gens de ton espèce : ceux qu’on ne voit pas.

Ce soir, malgré ton job en or et tes amis sincères, tu trouves ta vie pauvre et médiocre. Et tu te sens bien seul :

Solal n’est pas avec toi : il est avec des gens comme lui au festival europunk. Ce truc improbable festival a commencé le week-end dernier à la Cité de la Musique et va durer trois mois. Tu as expliqué à Solal que tu ne voulais pas le voir quand il était sous drogue et tu te dis que si ce festival dure aussi longtemps, 1) tu risques de ne pas le voir avant janvier, 2) il va mourir d’une OD.  

Manuela est partie chez ses parents en région fêter ses 40 ans avec son très jeune amoureux.
Tu avais proposé à Barbara de passer la soirée avec elle mais elle sort avec Samantha et Marika, ses copines lesbiennes.
Pierre et Franck sont au mariage d’un couple d’amis.
D’après son wall Facebook, Pascal sera ce soir à la Java. Tu sais que Sylvain, ton ex-mari, y est aussi.
Ton compagnon d’alcoolisme mondain pote Seb passe le week-end chez ses parents dans le sud-ouest.

Alors tu partages ta soirée avec ton chat. Il est sur tes genoux depuis des heures et il ronronne son bonheur d’être contre toi.

Plus que ton chat, tu préférerais que ce soit un minet de 27 ans homme qui ronronne contre toi. Tu aimerais aussi que ça soit avec toi que Manuela enterre sa trentaine ou que Barbara glousse toute la nuit. Tu préférerais que Franck, Pierre et tous les autres se réjouissent de ton mariage plutôt que d’un autre, que Pascal soit dans tes bras plutôt qu’à la Java, que Sylvain ne t’ait pas remplacé (comme ça, tu te dirais que tu es irremplaçable) ou que Seb prenne des bières avec toi.

Dans la vie de tous les jours, c’est pareil : tu connais des petits succès, tu plais plutôt aux mecs, tu n’es pas un mauvais coup au pieu, nombreux sont ceux qui t’aiment bien et que tu fais rire. Tu voudrais être une bombe sexuelle, un amuseur public, le meilleur ami de tous et le meilleur amant du monde.

Si tu meurs demain, tu ne lasseras pas de trace. C’est l’une des raisons (avec l’absence de courage) pour lesquelles tu ne t’es pas supprimé l’an dernier, alors que tu étais le mec le plus malheureux du monde. Qu’on te retrouve pendu au bout d’une corde avec une lettre brillante qui aurait expliqué que sans Clément, la vie ne valait pas la peine d’être vécue, ça n’aurait sans doute pas manqué de panache.

Mais ceux qui nagent à la ligne d’eau n°2 n’ont pas de panache. Ils courbent l’échine et s’efforcent d’oublier Clément et d’avancer dans la vie, en espérant un jour trouver l’amour.

Retrouvez désormais mes bonnes et mauvaises humeurs sur Facebook

Non classé | 07.09.2013 - 17 h 33 | 0 COMMENTAIRES
Où habiter à Paris ?

Tu ne t’es jamais vraiment posé la question :
Tu sais qu’on n’habite pas rive gauche. La rive gauche n’existe pas vraiment : c’est juste une rumeur.
On n’habite pas les quartiers chiants où il n’y a que des familles de droite. Interdit.
On n’habite pas le XVIII° ou le XIX°. Trop de risques d’agressions homophobes.
Il reste quoi ?
– le XI°, mais Clément y habite. Tu ne peux pas prendre pas le risque de le croiser trop souvent à la boulangerie ou à la piscine.
– le XX°,  mais c’est un peu loin de tout. (OK, c’est pas loin de Bagnolet, mais on ne va pas à Bagnolet).
Reste le IX° ou le X°. Bizarrement, tu habites le X°. C’est dire si tes choix sont bons.

Selon Alfred (qui est un peu ton meilleur pote), le X° est classé 4° en « jeunes » et en « célibataires » (dans ton coefficient de pondération perso, ça doit jouer peut-être un peu…), 3° en « bons resto » et en « prix en mètres carrés » (important aussi), et bizarrement, 19° en « femmes » (on s’en fout) et 18° en « espaces verts » (comme si ça existait vraiment à Paris, et de toute façon, tu as une petite maison au bord de la mer).

Pour lire l’analyse complète d’Alfred, clique sur ce lien
Merci, Alfred !

 

Amour | Non classé | 16.08.2013 - 02 h 06 | 0 COMMENTAIRES
Summertime sadness

Étiquettes : , ,

Rappel : les photos et captures d’écran s’afficheront en plein écran si tu cliques dessus.  

Le Marais est vraiment petit. Ce dimanche 21 juillet, tu es tranquillement installé dans ta petite maison au bord de la mer lorsqu’un mec t’aborde sur un chat gay. (le lecteur se dit que si tu évoques sur ton blog le fait qu’un mec t’aborde sur un chat, c’est que ta vie est vraiment pauvre)

Le truc, c’est que sa tête te dit quelque chose… on est dimanche soir, tu as beaucoup trop bu la veille mais tu essaies de rebrancher tes neurones. D’où connais-tu ce garçon ? Tu regardes toutes les photos de son profil :

Gueule d’ange, petite mèche lisse, yeux noirs, barbe courte… bien entendu, il te rappelle Clément, l’amour de ta vie. La ressemblance entre les deux est vraiment flagrante. Il est vraiment joli et il te rappelle quelqu’un. Et pas seulement Clément. Tu te concentres… longtemps.

Tu es intrigué. Tu lui demandes s’il habite dans le coin ou s’il est de passage. La réponse ne se fait pas attendre : « j’habite à Paris, je suis ici en vacances pour quelques jours ». OK. C’est un indice. Tu sais donc qu’il habite Paris et qu’il s’appelle Pascal.

Et là, résonne dans ta tête la voix de ton ami Aurélien : un jour où tu te lamentais que Clément était l’homme de ta vie et que tu ne pourrais pas trouver un mec aussi bien tellement il était unique et exceptionnel, il t’avait dit « je pourrais te présenter mon ami Pascal : c’est le clone de Clément. Forcément, tu ne l’as pas remarqué à la soirée où tu es sorti avec Clément parce que tu n’étais pas capable de voir quelqu’un d’autre… Rencontrer Pascal te permettrait de voir que Clément n’est pas si exceptionnel, mais forcément… ça ne serait pas du tout une bonne idée… »

Ça serait tout de même un peu bizarre que ce soir, tu sois tombé sur ce mec.

Tu veux en avoir le cœur net. Tu es certain d’avoir déjà repéré ce Pascal. En fait, sa photo de profil, tu penses que tu l’as vu sur Facebook. Pascal a dû commenter des statuts d’Aurélien. Tu ne peux pas le vérifier : tu t’es désamifié avec Aurélien et tu as fait une manip’ dite de « blocage » pour ne plus jamais le voir. Ça faisait partie de la thérapie pour oublier Clément.

Tu te concentres. Tu es certain que c’est lui. Tu as une excellente mémoire. Tu lui expliques que tu crois le connaître et tu lui demandes la première et la dernière lettres de son nom de famille. Il te répond. Tes neurones reconnectés, tu essaies de se souvenir du nom de ce mec qui commentait souvent les statuts d’Aurélien. OK. Tu penses avoir retrouvé : tu le cherches dans Facebook. C’est bien lui… et accessoirement, tu apprends qu’il est ami avec Sylvain, le mec avec qui tu as vécu pendant 8 ans. Tu préfères ne même pas savoir comment ils se connaissent ces deux-là…

Tu dis au mec que vous vous êtes déjà croisés une fois. Tu ne te souviens absolument pas de Pascal mais tu sais qu’il était là. La discussion s’engage et vous décidez de prendre un verre ensemble le lendemain. Rendez-vous est pris pour 11 heures.

Tu y vas avec un peu d’appréhension. Il y a deux mois, quand tu as vu Clément, tu es tombé dans les pommes. Mais c’est du passé : depuis au moins 15 jours, tu n’as plus pleuré à cause de lui et la semaine dernière, tu l’as croisé au Bonne Nouvelle et ça ne t’a (presque) rien fait. Tu es guéri. Tu en es sûr. Et puis ça n’est pas avec Clément que tu as rendez-vous mais avec Pascal. Ça va bien se passer.  

Tu connais le proverbe ? Les amis de tes amis sont tes amis. Alors forcément, comme Pascal est un bon copain d’Aurélien (qui a été un de tes amis très proches) et qu’il connaît aussi ton ex, vous avez plein de points communs. Le rendez-vous est parfait : le verre de 11 heures se transforme en deuxième verre, puis en déjeuner, puis en petite balade… et au moment de le quitter, une bise, deux bises, il pose sa main sur tes hanches, une troisième bise, une quatrième. Tu lui souris :
« dans ton pays, on s’embrasse combien de fois ?
– jusqu’à ce qu’on n’en ait plus envie »

Vous vous regardez dans le blanc des yeux. Vous êtes dans les bras l’un de l’autre, vous vous roulez des pelles sur la place du village et le monde n’existe plus. Vous venez de passer 5 heures ensemble et il t’a complètement séduit. Tu es sur un nuage. Tu lui proposes d’aller jusqu’à la mer, ta voiture est garée à côté. Vous allez jusqu’au parking main dans la main. Il trouverait très romantique que tu rates ton train pour Paris ce soir puisqu’il est en vacances encore pour 4 jours mais tu es raisonnable : tu as des rendez-vous importants à Paris demain, tu dois rentrer.

YAGG 001

Pendant 8 jours, vous allez échanger des SMS et des coups de fil. Pascal est romantique, drôle et fin. Vous apprenez à vous connaître. Il te demande comme ami sur Facebook. Tu hésites par rapport à Aurélien.

Comme tu l’as bloqué, il ne pourra rien voir ni savoir. Reste Sylvain, ton ex. Depuis cinq ans, il essaie toujours d’en savoir un maximum sur tes histoires de cul et d’amour. Et puis merde, ce qui est important, c’est Pascal et toi, pas les autres. Tu acceptes. Tu traînes des heures un peu sur son profil. Tout ce qui s’y trouve te plait.

YAGG 002

Huit jours plus tard, les vacances de Pascal sont terminées et de retour à Paris, vous passez une soirée sur deux ensemble. De façon naturelle, vous dormez chez lui, puis chez toi. Après quelques nuits, vous avez chacun une brosse à dents chez l’autre. 15 jours plus tard, il laisse du liquide à lentilles chez toi. Ça s’accélère.

IMG_2630

 

 

 

 

 

Une nouvelle semaine se passe. C’est à ton tour de prendre quelques jours de vacances et tu quittes la ville. Pascal te manque cruellement.  Ses SMS sont de plus en plus espacés, moins tendres. Tu le sens distant. Vous n’avez toujours pas fait l’amour et tu n’arrives toujours pas à mettre des mots sur ce que tu ressens pour lui.

De toute façon, se poser la question ne te servira plus à rien : 24 jours après votre premier baiser, au lendemain de ton retour de vacances, Pascal t’explique que « ça ne peut pas marcher » : il ne te donne pas de raison. Mais bon, c‘est comme ça. Tu insistes un peu : vous connectez bien, tu te sens vraiment bien avec lui et tu as envie qu’il se passe quelque chose entre lui et toi.

On est le 15 août et tu t’es fait plaquer alors que Pascal et toi n’étiez pas officiellement « ensemble ».

Sur le papier, tout se présentait sous les meilleurs auspices : Physiquement, Pascal est l’archétype du mec qui t’attire. Il est brillant (ça te change des apprenties coiffeuses que tu ramasses habituellement), passionné, gentil, doux, altruiste, créatif, éclectique. Et puis il est pratique : il habite à 15 minutes à pied de chez toi et de ton bureau… 

Bref, sur ton CV, il aurait été très bien. Mais bon, voilà… Pascal est moisi jusqu’au bout des ongles par une dépression gluante. Depuis que tu le connais, tu es très attiré mais tu entends cette petite voix qui t’invite à te barrer en courant parce que ça sent le plan bien compliqué…

Ce 15 août, tu n’es pas malheureux. Tu es un peu triste de te dire que tu es « toujours célibataire ». Parce que vraiment, ce Pascal est un mec super. Dépressif, compliqué, torturé… mais comme tu n’aimes que ce genre de types, ça n’aurait pas été un obstacle. Tu aurais coulé des moments heureux avec lui, été fier de le présenter à tes amis, sans doute heureux de vous sentir « en couple » ensemble.

Quelle est la meilleure façon de rencontrer un mec ? Sans doute, commencer par un plan cul avec un inconnu et prendre le temps de le découvrir ensuite est la meilleure solution. Parce que tu as la preuve que rencontrer un ami d’ami qui connaît des gens qui… sont sur Facebook et dont tu peux vérifier les dates de connexion sur les chats de cul, c’est pas le plus simple à gérer. Et comme tu as lâché l’adresse de ton blog à Pascal, ça ne va pas s’arranger…

Le pire, c’est que tu aimerais bien qu’il change d’avis. Pas par fierté, tu n’es pas comme ça. C’est parce que tu sens que sous la couche de moisi, il y a un mec super qui sommeille. Tu es vraiment incorrigible : à ton âge, tu devrais savoir qu’on ne sauve pas les gens qui ne sont pas assez grands pour dire tous seuls « merde » à leur père.

 

Non classé | 12.08.2013 - 19 h 14 | 0 COMMENTAIRES
Cinquante nuances de bleu

Ta vie, ça n’est pas que de te lamenter de ne pas avoir d’amoureux. Ta vie, c’est aussi cette petite maison au bord de la mer que tu as achetée et décorée pour qu’elle soit ton nid de week-ends. Tu aurais bien voulu acheter un appartement à Paris mais tu es bien loin d’être assez riche pour ça. Alors ça a plutôt été une petite maison au coeur de Marseille… Si tu avais mis le même budget à Paris, tu aurais 25 m² dans un quartier moyen. Alors tu ne regrettes vraiment pas ton choix !

Et si tu veux la louer (ce qui te permettra aussi de faire ma connaissance), le lien airbnb, c’est par là !

Publicité