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Les errements d'un quadra' célib'
Actu | Amour | Perso | 09.04.2017 - 01 h 11 | 0 COMMENTAIRES
Le quinquennat des larmes

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Dans 15 jours, chaque électeur français qui voudra faire entendre sa voix se pressera dans une mairie, une école ou tout autre lieu public, prendra quelques bulletins sur une table, s’enfermera dans un isoloir et choisira celui (ou celle, même si ils sont moins nombreux), qui parmi les 10 autres impétrants, recueillera sa voix.

Toi, comme à chaque élection, tu seras entre 8h30 et 9h à l’école maternelle du coin de ta rue, tu auras un regard ému pour les dessins maladroits des enfants, et, avec solennité, tu prendras les bulletins des deux ou trois candidats que tu trouves acceptables (et, discrètement deux ou trois bulletins du candidat LR).

Au moment de glisser le bulletin de ton choix dans l’enveloppe, tu te diras que ce vote n’est pas très utile, mais juste symbolique… à quoi servira ton vote parmi ceux des 30 à 40 millions de citoyens qui s’exprimeront eux-aussi le même jour ?

Ce que tu trouveras utile, en revanche, c’est de jeter en évidence les bulletins de Fillon sur le dessus de la poubelle de « ton » isoloir. Comme ça, ceux qui passeront derrière toi auront sans doute un petit choc au cœur (dans ton bureau de vote, LR fait genre 70% des voix, et tu espères secrètement qu’un vieux réac’ fera une crise cardiaque en voyant tant de bulletins de son champion dans la poubelle).

Mais cette élection présidentielle ne sera pas pour toi comme les autres : elle aura un petit goût de page qui se tourne. Ce dimanche 23 avril 2017 marquera une étape importante de ton histoire personnelle. Et portant, tu ne sais pas encore pour qui tu vas voter.

Flash-back.

A la veille du premier tour de la dernière présidentielle, c’était le samedi 21 avril 2012, tu avais passé la soirée chez ton ami Aurélien et embrassé Clément pour la première fois.

La soirée terminée, Clément et toi aviez remonté main dans la main le boulevard Voltaire jusqu’à l’appartement qu’habitait Clément à l’époque, tout près du Bataclan. Vous étiez montés, aviez parlé jusqu’au petit jour et lorsqu’il n’avait plus répondu à tes questions, tu avais compris : il s’était endormi. Le sourire aux lèvres, tu l’avais regardé dormir quelques secondes, avais griffonné ton numéro de téléphone sur une enveloppe qui traînait sur la table de sa cuisine, avais doucement claqué la porte et là, aux premières lueurs de ce petit matin de printemps, tu savais que ta vie ne serait plus comme avant : tu étais amoureux.

Tu n’as appris que Clément était encarté au PS que le lendemain soir, en commentant avec lui les résultats du premier tour.

Quinze jours après, une rose rouge à la main, ivre de bonheur et de champagne, tu fêtais la défaite de Sarkozy place de la Bastille et tu étais tombé par hasard sur Clément. Par hasard ? Sans doute pas. Si tu l’avais croisé là, au milieu de cette foule compacte, au moment où tu voyais un drapeau arc-en-ciel barré du nombre « 31 » (le 31ème engagement de François Hollande, celui d’ouvrir le mariage aux couples de même sexe), ça ne pouvait pas être un hasard.

C’était un signe du destin :

Il était écrit quelque part que vous alliez vous retrouver ce soir-là et vous embrasser, place de la Bastille, au cœur des témoins de la victoire de « votre candidat » à tous les deux.

Tu as appris quelques mois après que ce que tu considérais comme un signe du destin a un nom : la synchronicité.

Selon wikipedia, dans la psychologie analytique développée par le psychiatre suisse Carl Gustav Jung, la synchronicité est l’occurrence simultanée d’au moins deux événements qui ne présentent pas de lien de causalité, mais dont l’association prend un sens pour la personne qui les perçoit.

Quelle était la probabilité pour que tu croises Clément à la Bastille ce soir-là dans une foule de 300 000 personnes ? Par quel mystère as-tu croisé Clément un soir de mai 2015 rue Thorel, cette rue que personne ne connait et où il ne se passe rien ? Pourquoi la seule fois où tu as pris la ligne 4 au-delà de Barbès, Clément est-il rentré dans le métro au moment où ta rame s’arrêtait à Marcadet-Poissonniers ?

Statistiquement, cela n’aurait jamais dû arriver. Pourtant, tu n’arrives pas à imaginer que cette occurrence d’événements est fortuite. Le destin (ou une force supérieure) a chaque fois choisi de vous faire rencontrer.

Et encore… tu ne considères pas que d’avoir croisé Clément au Bonne Nouvelle, au Freedj ou à la Docteur Love est un hasard car il passe le plus clair de son temps dans des bars-à-tarlouzes.

Reconnais tout de même que tu n’as jamais croisé Clément au Parc des Princes lors d’une rencontre PSG/Barça, alors que ni l’un ni l’autre ne manqueriez une occasion de voir l’un de vos clubs préférés mettre une raclée à celui que vous détestez tant.

Reconnais aussi que les deux fois où tu as été interviewé sur BFM, tu n’as pas vu Clément (qui travaille juste à côté) alors que tu as tremblé en passant devant son bureau.

Ton histoire avec Clément a été courte mais tu as pleuré pendant tout le quinquennat d’Hollande. (et tu ne fais ici aucune allusion à sa politique).

En 5 ans, tant de choses ont changé…

Aurélien, Clément et toi avez déménagé tous les trois.
Aurélien n’organisera plus de fête où Clément et toi vous embrasserez.
Le Bonne Nouvelle a été vendu.
Tu as supprimé le numéro de Clément de ton répertoire.
Tu n’as plus croisé Clément dans la rue depuis 18 mois.

Il y a 5 ans, tu avais de l’espoir. Celui d’avoir rencontré le grand amour. Désormais, tu n’as plus d’espoir, plus d’illusion, plus de rêve. Même pas celui de voter pour un président qui, par son action, ferait que la France serait plus belle.

Amour | Perso | 26.07.2013 - 18 h 05 | 3 COMMENTAIRES
Celui que tu as le plus aimé, c’est le pire de tous.

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Tu as besoin de t’exprimer… c’est pas que tu n’as personne à qui parler : tu as plein d’amis, un thérapeute trrrrrès à l’écoute (en général, il ne dit que « hum hum… » mais parfois il a une réplique aussi intéressante que « qu’entendez-vous par là ? », ce qui lui permet de te faire croire que votre conversation n’est pas un monologue…)

Tu as besoin de parler de tes errements amoureux et de Clément. *
Clément à cause de qui tu as failli mourir de chagrin. Ce blog fait partie de la thérapie. Il faut que tu parles de lui.

Le contexte :
Un beau matin, il y a 18 mois, Aurélien *, votre ami commun vous a convaincus que vous étiez faits l’un pour l’autre. Il a organisé une rencontre « surprise » puis un dîner. Vous avez passé quelques soirées ensemble et tu attendais qu’il comprenne qu’il t’aimait. Parce que forcément, toi, espèce de midinette, tu l’as aimé au premier coup d’œil… (parfois, tu te dis que tu es vraiment une connasse).

Le soir de votre premier baiser, Clément t‘a sans doute aimé une heure ou deux mais après une petite dizaine de rendez-vous, il t’a expliqué qu’il fallait que vous arrêtiez de vous voir parce que tout cela ne menait à rien, parce qu’il voulait vivre une « vie calme » sans être dépendant d’un homme.

Le temps de votre courte relation, vous aviez prévu de passer le week-end de Pentecôte chez Aurélien, qui habite en région. (un endroit toujours gris où l’on parle bizarre et l’on mange gras).  Bien entendu, une fois séparés, vous aviez trouvé un arrangement : Clément irait voir Aurélien à la Pentecôte et toi le week-end suivant. Mais quelques jours avant, Clément t’a renvoyé un SMS : « je me souviens de notre dernière conversation mais ça serait quand même vraiment chouette qu’on aille chez Aurélien ensemble. Tu pourrais changer d’avis ? »  Tu n’attendais que ça. Vous êtes partis ensemble. Comme tu savais que Clément aimait les barbus, tu t’étais laissé pousser la barbe. Clément avait adoré et dit à Aurélien « il est canon avec sa barbe : il va falloir que je me retienne de faire des bêtises »

Vous avez passé le week-end main dans la main, vous avez dormi ensemble, vous avez beaucoup discuté et puis… le lundi soir, au moment de partir, Clément t’a dit « il faut vraiment qu’on arrête de se voir » . Tu ne sauras jamais pourquoi.

Tu as toujours aimé ce type de garçons…  des types que tu dois sauver (parce que c’est bien connu : tu es le sauveur de l’humanité…) Pourquoi as-tu toujours aimé les garçons faibles et moisis ? Pour avoir sans effort du pouvoir sur eux ?

La dépression :
Tu pensais que tu oublierais Clément comme tu as oublié tous les autres. Mais ça ne t’est pas passé aussi vite que ce à quoi tu t’attendais. Tu errais comme une âme en peine. Tu as fait une dépression, perdu 10 kilos (ça ne t’a pas fait de mal), envisagé le suicide comme la seule solution possible et a mis l’intégralité de ton énergie au service de sa reconquête. Tu as arrêté de travailler, ton teint a viré au gris, tu es devenu ce qu’il convient d’appeler une loque, ton psy t’a mis sous camisole chimique (encore 4 kilos de moins), tu as coupé les ponts avec tous vos amis communs (en premier lieu, Aurélien et sa bande), tu as étudié mille itinéraires pour ne jamais passer dans sa rue (qui est stratégiquement placée entre chez toi, l’appart de ta fag hag, ton bureau et la cabinet de ton psy, c’est à dire les 4 endroits que tu fréquentes le plus), tu as essayé de penser à autre chose.

AOUT 2010 (434)

Le choc :
Et puis un soir, un peu plus d’an après votre fausse histoire, tu es allé dans au Bonne Nouvelle, ton QG avec ta fag hag. Il était là. Tu as fait un malaise. Ta fag hag t’a ramassé en miettes, a séché tes larmes, a fait preuve de toute la compassion qu’elle avait pour toi et une heure après, comme tu allais un peu mieux, tu as décidé de sortir en boite te changer les idées. Mauvaise idée : il était (aussi) là. C’en était trop : tu as perdu la raison et tu es allé l’embrasser. Il ne s’est même pas débattu. N’écoutant que ton envie, tu as pris ça pour un encouragement : si Clément ne t’a pas repoussé, c’est parce qu’il hésite. Tu n’as pas dormi de la nuit mais tu lui as envoyé des SMS pour lui dire que tu l’aimais et que tu avais besoin de lui. Pathétique… Il n’a pas répondu.

Le lendemain, Aurélien (avec qui tu avais coupé les ponts depuis des mois) t’a appelé.
« Fred, il faut que tu arrêtes. Je sais que tu ne vas pas bien, mais tu fais du mal à Clément.
– du mal ? pourquoi ?
(tu t’es dit « il n’arrive pas à m’oublier : il fait le maximum pour me fuir mais au fond de lui-même, il veut m’épouser »)
– tes réactions sont disproportionnées et tu lui fais peur : il a peur que tu t’en prennes à lui
(tu ne veux que du bien à Clément : c’est l’amour de ta vie. Pourquoi lui faire du mal ?). Tu ne sauras jamais ce qu’il s’est exactement passé entre vous, je ne suis pas sûr que Clément le sache lui-même, mais il faut que tu arrêtes, cette histoire n’existe pas, elle n’a aucun avenir. Et puis, tu sais, Clément est passé à autre chose.
– tu veux dire qu’il a un mec ?
– oui, ça fait quelques mois. Vraiment. Essaie de l’oublier. Fous-lui la paix ».

ça n’était pas la première fois que Clément te brisait le cœur. Jamais personne ne pourrait l’aimer plus que tu ne l’aimes toi, mais Clément ne s’en rend pas compte et s’est donné à un autre. Depuis un an que tu pleurais, tu n’avais plus de larme. Tu avais tellement maigri que tu ne pouvais plus perdre de poids. Ta dépression ne s’est donc pas empirée. Parler avec Aurélien ce jour-là t’a fait prendre conscience de ce que tu aurais dû comprendre depuis le début : Clément était un mirage. Du coup, le travail de deuil a pu commencer.

L’au-delà :
Ce jour-là, tu as décidé de te mettre dans le crâne que Clément ne serait pas l’homme de ta vie. C’était dur mais deux mois plus tard, tu t’es rendu compte que tu avais arrêté de pleurer. Tu as repris une activité presque normale.
Et puis un soir, tu étais dans « ton » bar (tu y traînes un soir sur deux) avec un pote et ta fag hag. Clément était là. Ton cœur n’a pas lâché, il a juste battu un poil plus fort.
Ta fag hag était inquiète :
«  tu as vu qui est là ?
– le nain barbu avec le polo rouge ? Comment veux-tu que je ne le vois pas ? C’est l’amour de ma vie… »

Tu es allé au bar, a commandé 3 mijotos pour Juan, Barbara et toi et tu l’as toisé. Barbara a passé le reste de la soirée à te surveiller du coin de l’œil, prête à t’accueillir dans ses bras si tu défaillais, mais rien : tu es resté imperturbable. Tu évitais quand même de regarder derrière toi.

Une heure plus tard, tu es retourné au bar reprendre une tournée de mojitos. Ses 3 potes étaient toujours là mais Clément avait disparu. Ses potes t’ont regardé d’un air mauvais. Tu as fait semblant de ne pas les remarquer. Tu es retourné en terrasse avec ta nouvelle tournée de mojitos, et là, ivre  tu as éclaté de rire et tu t’es mis à pleurer. De bonheur : tu étais enfin libre.

Tu es tombé dans les bras de Juan et Barbara et tu riais de toutes tes dents tout en pleurant toutes les larmes de ton corps : « il était là à 5 mètres de moi et je n’en avais rien à foutre. Je ne l’aime plus. Je suis enfin guéri.Vous avez compris ? Je suis libre ! C’est le plus beau jour de 2013 ».

Tu étais là, à la terrasse du Bonne Nouvelle, la chemise ouverte sur ton ventre (devenu plat grâce ou à cause de Clément), c’était le premier soir de l’été qui s’était tant fait attendre et tu étais beau. Tu as été une loque pendant 15 mois mais ça y est : tu as 44 ans, tu en fais 38 et demi et ta vie va pouvoir recommencer.
* comme dans tous les billets de ce blog, (presque tous) les prénoms ont été changés.

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