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Les errements d'un quadra' célib'
Actu | Amour | Associatif | 05.12.2013 - 20 h 12 | 1 COMMENTAIRES
Tu te réjouis du mariage de tes copains pédés.

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Tu t’étais dit que le croiser par hasard à Bastille le soir de l’élection de François Hollande était le signe que tu te marierais avec Clément, tu as défilé 3 ou 4 fois l’hiver dernier dans les rues glaciales de Paris pour défendre la cause, tu as vécu l’été dernier une petite histoire avec Pascal, militant LGBT et activiste mariage-pour-tous pour qui la principale raison de vivre est la lutte pour l’égalité.

Pourtant, pour toi, le mariage gay était quelque chose de théorique, ce genre de chose qui « n’arrive[rait] qu’aux autres ».

Lorsque tu as signé un PaCS avec Sylvain en 2004, vos amis vous avaient demandé « si vous aviez pu vous marier, vous l’auriez fait ? ». Vous aviez répondu spontanément « oui » (toi) et « ça va pas, non ? le PaCS, c’est juste un bout de papier, pas un engagement » (lui).

Tu avais mis au fond d’un tiroir tes rêves de petite fille romantiques, tu avais fermé le tiroir à clé, jeté la clé au fond d’un puits sans même penser qu’un jour, tu aurais la possibilité d’épouser celui que tu aimerais.

Il faut dire que tu aurais imaginé que Sylvain te demanderait ta main d’aller avec lui au tribunal d’instance dans des circonstances et pour des raisons plus romantiques : un soir, tu étais rentré au domicile conjugal commun et Sylvain avait mis le salon à sac tellement il était énervé : il avait calculé que malgré ses statuts d’agrégé, de normalien et de docteur de l’université, l’éducation nationale ne lui accorderait pas assez de points pour enseigner dans un « bon lycée » et qu’il allait se retrouver dans un collège de banlieue sous prétexte que le simple fait d’être marié et/ou d’avoir des enfants donnait à beaucoup d’autres bien davantage de ces fameux « points ».

Après 20 minutes d’une démonstration toute scientifique, Sylvain avait terminé par « on n’a pas le choix : on doit se PaCSer ». Tu t’étais moqué :
– toi « mon chéri, c’est tellement romantique »
– lui « déconne pas. Tu veux vraiment que je moisisse dans un collège du 9-3 à enseigner à des prédélinquants analphabètes ? Si tu ne veux pas te PaCSer avec moi, je demanderai à une copine ». Alors comme d’habitude avec Sylvain, tu avais courbé l’échine et avais dit « oui ».

Lorsque vous étiez allés ensemble au tribunal d’instance pour prendre rendez-vous, l’agent d’accueil vous avait indiqué que « le prochain rendez-vous de la greffière est dans 50 minutes. Vous voulez signer maintenant ? ». 30 minutes après, tu n’étais plus vraiment célibataire et tu étais parti bosser en sautillant, un brin d’herbe le sourire à la bouche.

Sylvain avait son précieux sésame à 300 points dans la poche et au moment de te dire « à ce soir », il t’avait demandé comme un service intimé l’ordre de n’en parler à personne.  Alors comme d’habitude avec Sylvain, tu avais courbé l’échine et tu avais dit « OK ».

Malgré cette expérience assez gore de cette espèce de sous-mariage (la seule institution ouverte à l’époque aux gens de ton espèce), malgré le fait que tu n’épouseras  pas celui que tu aimes à en crever (puisqu’il ne veut pas de toi), tu t’es battu pour le mariage pour tous.

Tu as même fait preuve d’un véritable prosélytisme pour l’ouverture de ce droit aux couples de même sexe. Tu as entraîné dans les manif’ tes copains hétéros, mobilisé jusqu’à ta copine Marie (enceinte de 7 mois et des poussières) et profité du fait que ces jours-là, tu avais tous les droits pour embrasser ton ami Etienne (hétéro sursexy) sur la bouche.

Dans les débats, face à ceux qui opposaient le mariage à la stérilité, tu prenais toujours l’exemple de tes amis Valérie (52 ans) et Oscar (48 ans) qui n’allaient sans doute pas avoir d’enfant et qui se sont pourtant mariés l’été dernier sans provoquer l’ire des dames patronnesses.

Au moment du vote de la loi, comme tu es une adolescente de 14 ans romantique, l’engagement de Taubira t’a fait pleurer (comme celui de Roselyne Bachelot en son temps). La loi est passée et pour toi et pour tes proches, rien n’a vraiment changé.

Et puis, le mois dernier, tu as reçu ton premier faire-part : Maxime et Leo allaient se marier et ils te priaient de t’associer à leur union. Certes, ils ne sont pas tes amis les plus proches mais tu les aimes bien et tu t’es bien entendu réjoui.

Tu avais rencontré Maxime dans un cadre professionnel et tu avais passé pas mal de temps (professionnel) avec lui. Entre vous, le courant était immédiatement passé et tu ne t’es même pas posé la question de savoir s’il était gay ou hétéro (de toute façon, ton gaydare est assez moisi)

Un jour, Maxime t’a juste expliqué qu’il refusait une mutation parce que « tu comprends, ici, j’ai mon copain ». Et il te l’a présenté. Tu le ne savais pas encore, mais Leo était son premier véritable petit ami.

Cinq ans après, en ce pluvieux après-midi du 9 novembre, le maire d’un petit village de Picardie a célébré « son » premier mariage gay. Il était stressé par l’enjeu parce qu’il n’avait pas « le mode d’emploi ». Les familles, les amis les plus proches étaient tous là. Quand le maire a proposé aux invités qui le souhaitaient de prononcer quelques mots, tu as été le premier à rejoindre le pupitre.

Quand tu étais beaucoup plus jeune, tu as été animateur dans une radio FM et la première règle qu’on t’a apprise, c’est « on n’ouvre pas le micro si on ne sait pas ce qu’on va dire ». Au moment de faire face aux invités, tu ne savais absolument pas ce que tu allais dire et pourtant, tu as enchaîné 10 minutes de déclarations.

Des déclarations ouvertes à Max et Léo qui forment « le plus beau des couples », mais surtout des déclarations cachées :
– à Sylvain, que tu as tant aimé et dont tu aurais tellement aimé qu’il te dise il y a 9 ans « on ne peut pas se marier parce que la France est rétrograde, mais puisque nous ne pouvons pas faire plus, je veux me contenter d’un PaCS avec toi. Un PaCS qui aurait valeur de mariage parce que si je le pouvais, je te demanderais en mariage »,
– à Clément, parce que le 6 mai 2012, tu t’étais dit « si je le croise à la Bastille ce soir, ça veut dire qu’on va se marier », qu’au milieu des 300 000 personnes qui étaient là, tu l’as retrouvé (tu avais même failli lui offrir la rose rouge que tu venais d’acheter) et que 18 mois plus tard, tu as encore l’impression de crever chaque jour de ne pas vivre avec lui,
– à Pascal qui du fait de son engagement militant a peut-être déjà assisté à 36 mariages gay mais qui n’a pas été capable d’accepter l’espèce d’amour que tu lui portais,
– à tous les couples qui peuvent désormais se marier parce que vous êtes des centaines de milliers à avoir voté pour la promesse 31, à avoir défilé dans le froid de l’hiver dernier, à avoir tellement souffert des déclarations d’homophobie ordinaire qui fusent depuis 18 mois.

Tu étais là, dans cette petite mairie picarde à crier la fierté de ce combat qui avait (aussi) été le tien, ton amour pour Clément et tes félicitations aux nouveaux mariés. Tu te réjouissais de partager ce moment avec ceux qui comptent pour Maxime et Léo, et tu pleurais à la fois de joie (pour eux) et de la douleur (parce que tu aurais tant aimé à leur place, aux côtés de Clément).

Et là, tu as compris que parmi les 60 à 80 personnes qui assistaient à la cérémonie et qui écoutaient ton discours, tout le monde pleurait. Et pourtant, seuls Max, Leo et toi étiez gay. (comme quoi, la sensiblerie n’est pas l’apanage des fiottes).

Tous ces gens étaient au mariage de leur fils, leur frère, leur cousin, leur neveu, leur collègue, leur ami d’enfance, ils n’étaient pas à un « mariage gay » mais à un mariage-tout-court : la lutte pour l’égalité n’a donc pas été vaine.

Et puis, celle que Maxime avait choisie comme témoin à fait face au public à son tour. Son discours a commencé par « ceux qui connaissent mon histoire comprendront à quel point ce moment est difficile pour moi. Depuis dix ans, je rêve du mariage de Max. Mais dans mes rêves, je suis assise à ses côtés et j’ai une robe blanche. Pourtant, aujourd’hui, je suis heureuse… heureuse de son bonheur, heureuse qu’il aime quelqu’un qui l’aime tant »

Elle était heureuse que l’homme qu’elle aime depuis le lycée soit heureux. Pour toi, cette preuve d’amour était peut-être la plus belle. Alors, tu as séché tes larmes et cessé un instant de penser à Clément et son absence pour te concentrer sur le bonheur accompli de Maxime et Leo.

Soyez heureux les mecs !

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