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Les errements d'un quadra' célib'
Amour | Perso | 03.03.2014 - 13 h 25 | 0 COMMENTAIRES
Le prince charmant n’habite pas au château indiqué

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Note : pour comprendre ce billet, il faut (re)lire le premier épisode de ton histoire avec Solal…  

Tu te souviens très bien ce que tu as répondu à la première question de celui qui allait devenir « ton psy » la première fois que tu t’es assis en face de lui. Il t’avait demandé « qu’est-ce qui vous amène ? ». Tu avais répondu : « 3 trucs : 1) ma mère est morte il y a 3 ans et je n’arrive pas à m’en remettre, 2) je n’aime pas mon père, 3) je viens de me rendre compte que le prince charmant n’existe pas ».

Le mec avait levé un sourcil et t’avait demandé « vous avez quel âge ?
– 37 ans
– normalement, les petites filles arrêtent de croire au prince charmant à genre 7 ou 8 ans…
– oui, voilà. Je suis une petite fille et j’ai genre 6 ans 1/2 ». 

Tu ne sais plus ce que le mec avait répondu à ça mais tu venais de signer sans t’en rendre compte un contrat de 20 ans. Depuis, chaque mardi à 15h30, tu craches 90 balles. Tu as pris les problèmes un par un. Pour digérer le décès de ta mère, 2 mois ont suffi (810 €). Pour assumer de ne pas aimer ton père, 6 mois. (un peu plus de 2000 €). Pour faire descendre Sylvain de son destrier, lui arracher sa cape et lui tondre sa mèche, genre 2 ans (et pas loin de 10 000 €).

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Les 3 problèmes pour lesquels tu avais commencé à consulter étaient réglés. Pourtant, tu as continué à saouler et enrichir ce mec qui sait poser les bonnes questions.

Pourtant, plus ou moins consciemment, tu as reproduit les mêmes erreurs avec tous les mecs que tu as rencontrés après Sylvain. En février 2012, tu avais eu un petit coup de cœur pour Gaétan, un minet de 25 ans aux yeux clairs, aux dents blanches et au corps gracile. Tu lui avais couru après, il t’avait mené par le bout du nez. Classique. Ce garçon te rendait malheureux.

Tu entends encore ton ami Aurélien te dire « laisse tomber cette tapette qui t’éblouit avec sa gueule parfaite. Vous ne vous apporterez jamais rien l’un à l’autre. Le mec idéal pour toi, il a déjà au moins 30 ans, il a déjà un peu roulé sa bosse avec les mecs et il a souffert, il n’a pas exactement le physique de rêve qu’a Gaétan (qui te donne juste des complexes), il est fragile et il aime les quadra pour ce qu’ils peuvent lui apporter : ta force et ta douceur et ton côté rassurant ».

Aurélien s’est brusquement tu, t’a regardé comme si il venait de découvrir par hasard la théorie de la relativité et a fébrilement dégainé son ordiphone en criant « merde, comment je n’y ai pas pensé avant ? »

« attends, il faut que je te montre mon pote Clément ». Facebook. Recherche de ses amis. Photos du profil de Clément. « Regarde ». Défilaient alors des photos d’un mec aux yeux noirs (dont l’un était un peu plus fermé que l’autre) et qui semblait avoir morflé toute sa vie : jamais un vrai sourire, toujours l’air apeuré. Une vraie gueule de chien battu. Le type de mec qui semblait avoir besoin de quelqu’un pour le consoler.

Tu étais troublé et tu avais demandé à Aurélien de te décrire la bête.

« Clément, 30 ans. On se connaît depuis nos 20 ans. 1m68/1m70 à tout casser, BCBG, IEP de Province. Il habite à Oberkampf, tombe toujours sur des quadra connards sans intérêt qui lui font morfler sa race. N’arrive pas à se résoudre à mettre un terme à une histoire moisie avec un type dégueulasse qui le manipule depuis 2 ans. Son type de mecs, c’est les quadra barbus un peu costauds genre DILF. Les mecs comme toi, quoi ».

Tu avais posé quelques questions supplémentaires, avais appris qu’il était imberbe et passif, et que ses névroses étaient dues (Aurélien n’était pas rentré dans les détails) à une histoire familiale assez dégueu : « je m’en veux de ne pas y avoir pensé avant. Vous êtes faits l’un pour l’autre ». Aurélien se voyait déjà témoin de ton mariage avec Clément.

La suite, on la connaît et c’est pas très joli. Diabolique, Aurélien a fait en sorte que Clément et toi vous croisiez « par hasard » (ça a duré 20 secondes mais c’était suffisant pour que tu sois certain qu’il te plaisait physiquement) et vous vous êtes retrouvés deux fois chez Aurélien pour une bouffe (Là, tu as appris que Clément avait enfin plaqué le gros connard qui lui en faisait baver) puis une boum où vous vous êtes enfin embrassés. C’est à ce moment que tu as décidé de te laisser pousser la barbe puisque Clément aimait les hommes barbus…

L’histoire n’a pas duré, tu as hurlé de douleur, perdu 14 kilos, voulu en finir et depuis près de deux ans, tu voudrais t’arracher le cœur et le jeter au feu pour ne plus souffrir. (parfois, tu es capable de résumer deux ans de ta vie en deux lignes alors que tu n’es pas d’habitude un garçon de peu de mots).

Tu as ensuite cloné Clément et tu as vécu des petits trucs avec ses (pâles) copies :

Avec Ben pour commencer : le même que Clément en un peu plus jeune, un peu plus grand et plus costaud. Tu le frappais pour le punir de ne pas être Clément.

Avec Jérôme ensuite. Même IEP que Clément (mais 3 promo avant), même gueule et même job moisi (un poste de gratte-papier inutile dans une administration qui pourrait disparaître) et un mec quadra qui le rend malheureux et dont il n’arrive pas à se débarrasser.

Avec Pascal après. Pascal est en quelque sorte la caricature (et le sosie presque parfait) de Clément mais en plus brillant. Clément a fait un petit IEP ? Pascal est énarque. Clément moisit dans un poste de catégorie B dans une administration inutile ? Pascal est hors catégorie et a une vraie mission d’envergure dans un ministère. Clément est un petit militant politique de base ? Pascal est tête de liste aux municipales de 2014. Pour le reste, Pascal est une copie conforme de Clément et pendant ta brève relation avec lui, tu ne voyais en Pascal que le reflet de celui que tu aimes.

Quand tu demandes de définir le mec idéal, tu es capable de faire un portrait-robot :
30/35 ans, BCBG et lisse, pas plus grand que toi ou à peine, un job qui fait marcher ses neurones, fragile voire écorché vif, sans trop d’attaches familiales, sain et sportif.

Quand au mois d’octobre, tu as rencontré Romain, tu t’étais dit qu’il ressemblait carrément à ce portrait-robot : 1m68, 31 ans, banquier, mince et sportif, visiblement fragile et désireux de nouer une vraie relation. Il était lisse mais avec ce petit grain de folie charmant qui t’intriguait. Le seul truc qui lui manquait pour être ta vraie cible, c’est que visiblement, il n’avait pas de névrose due à une histoire familiale moisie. Tu penses que si ça n’a pas marché avec Romain, c’est parce qu’il était trop fier (et toi aussi).

Ton ami Gilles a l’habitude de dire que pour que histoire entre deux hommes puisse démarrer, il faut se connaître un peu et que les deux soient détachés. Mais attention « il faut l’être vraiment et pas faire semblant d’être détaché parce que sinon, le mec en face le voit tout de suite et ça foire ».

Tu n’étais pas détaché de Ben, de Jérôme, de Pascal. Tu les attendais. En revanche, tu étais totalement détaché de Solal. Tu le considérais comme un toy-boy et tu le sautais depuis 3 mois. Tu n’envisageais rien de plus que ce qu’on appelle de façon délicieuse « un plan cul régulier ».

Physiquement, il entrait dans toutes les cases de la définition du mec parfait (pas plus grand que toi, mince, imberbe, avec une bouche pulpeuse et des grands yeux). Sexuellement, la fusion était totale. Socialement, cependant, tu n’étais pas prêt à assumer de « sortir » avec un punk cocaïnomane tatoué au look improbable de minet-rockeur-hipster, vendeur de fringues d’une marque vulgaire et à la limite SDF.

Et pourtant…

Sous la carapace du punk agressif se cachait une fragilité non-feinte qui te faisait craquer lorsque tu voyais Solal lové dans tes bras, quand son sourire éclatait quand il se réveillait près de toi le matin ou quand il était à la limite de te supplier de lui faire l’amour.

Tu étais tellement détaché que tu ne remarquais même pas que tu le voyais de plus en plus souvent et que vous ne passiez plus uniquement des nuits ensemble mais aussi des soirées. Solal a fini peu à peu à apporter à manger chez toi et préparer des petits plats que vous dégustiez ensemble (en vidant deux bouteilles de vin chaque soir). A partir de quand assumeras-tu qu’il s’est installé chez toi ? Reconnais qu’il ne dort plus dans sa coloc que les soirs où tu pars en déplacement pour le boulot.

Un jour, Solal t’a avoué les yeux mouillés que « ça [le] rend[ait] malade de le reconnaître, mais [qu’il était] un peu amoureux de toi ». Tu lui avais gentiment expliqué que tu n’étais pas le genre de garçon auquel il fallait s’attacher parce que tu n’étais plus capable de sentiment depuis qu’un mauvais garçon t’avait brisé le cœur. Solal ne s’est pas laissé décourager. Il est resté. Mieux, il s’est peu à peu impliqué dans ta vie sociale, a rencontré tes amis, t’a fait connaître les siens…

Ses amis t’adorent, se félicitent que « depuis qu’il t’a rencontré, Solal n’est plus le même ». Les tiens le considèrent comme charmant et voient bien qu’il est amoureux de toi. « il te fait du bien » t’a fait remarquer un jour ton amie Barbara. Elle a raison. Tellement raison que sans t’en rendre vraiment compte, tu as cessé de baiser avec d’autres mecs que Solal. Tu n’en as plus envie. Tu remarques aussi que ta relation avec lui a évolué. Bref, tu as fait fi de tes préjugés et as accepté les différences entre Solal et le prince charmant. Ca y est : tu as peut-être fini par accepter le fait que le prince charmant n’existait que dans l’imaginaire des petites filles.

Tu as 44 ans et 8 mois. Tu n’es plus une petite fille. Un mec dort dans tes bras et il est amoureux de toi. Et tu dois reconnaître que tu n’es pas complètement indifférent.

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